« Le charme discret de l’intestin »: ce que j’en retiendrai

Lorsqu’une amie m’a prêté ce livre au titre amusant, je ne savais pas encore qu’il s’était déjà vendu à plusieurs millions d’exemplaires. C’est ainsi que j’ai eu l’excellente surprise de découvrir un ouvrage très bien écrit par une jeune médecin et illustré par sa soeur, sur le thème de la digestion, avec autant de sérieux que d’humour. Ne commencez surtout pas à lire les premières lignes: vous risqueriez de l’engloutir cul sec. Je vous propose de partager avec vous les quelques notes que j’ai prises au cours de ces trois cents cinquante pages, reprenant mes passages préférés.

La salive aurait des propriétés anti-dépressives

La salive, c’est du sang filtré. Elle contient du calcium, des hormones, des anticorps, et… Des opiorphines. En effet, notre bouche a à la fois besoin d’une extrême sensibilité afin de pouvoir détecter le moindre grain de sable qui crisserait sous la dent, et d’une certaine résistance pour éviter que chaque signal ne nous fasse crouler sous la douleur. Elle est donc très bien innervée mais également protégée par ces substances, qui auraient des propriétés antalgiques et anti-dépressives. Cela explique pourquoi les maux de gorges ou petites plaies font moins mal après les repas. Il est possible que dans quelques années, un lien entre la salive et l’envie de manger pour se réconforter soit mis en évidence.

L’ablation des amygdales ou de l’appendice peuvent faire grossir

Le pharynx (incluant les tonsilles linguales et pharyginennes, les amygdales) et l’appendice sont constitués de tissu lymphoïde, intervenant dans le système immunitaire. Les amygdales ont un rôle dans l’apprentissage de l’immunité, c’est pourquoi il est déconseillé de les ôter avant l’âge de 7 ans. L’appendice, lui, est une sorte de réservoir de bonnes bactéries prêtes à recoloniser le tube digestif après un traitement médicamenteux ou une grosse colique, avant que des germes moins aimables ne s’y installent. Leur ablation est parfois nécessaire, par exemple en cas d’infection, mais il faut savoir que le système immunitaire, dont ils font partie, est impliqué dans la régulation du poids ou de la santé cardiaque. Il n’est pas rare de grossir après une ablation de l’appendice, même si des mécanismes de secours existent, par exemple de nombreuses cellules immunitaires dans le gros intestin, lequel se trouve juste après l’appendice.

Contre le Reflux Gastro-Oesophagien (R.G.O.), il est conseillé de se tenir droit et de boire des tisanes

Eh oui. L’oesophage est relié à la colonne vertébrale par des fibres nerveuses. Se tenir droit après un bon repas lui permet de s’étirer.

L’absorption d’un liquide permet de maintenir un sens de circulation « normal ». Avez-vous remarqué l’asymétrie de l’estomac? Il est plus court d’un côté que de l’autre. Cela lui permet de trier ce qui nécessite du travail de sa part, pour malaxer les aliments dans sa partie gauche, de ce qui doit couler directement dans l’intestin le long de la paroi droite.

Pourquoi il est utile de manger des fruits et légumes frais

Je cite: plus une pomme est croquée fraîche, plus le nombre de cellules intactes, donc utiles à notre organisme, arrivant dans l’intestin est important.

L’air est un aliment

L’auteure va même plus loin. Elle avance qu' »une partie non négligeable de notre poids est induite par des atomes inspirés plutôt que par le saucisson-beurre« . Pensez-y avant votre prochaine cigarette.

Pour commencer à éliminer des graisses, il faut faire au moins une heure de sport

Je suis sûre que la plupart de celles et ceux qui surveillent leur ligne le savent déjà, mais elle le confirme. L’excès de sucre est stocké soit dans le foie, sous forme de glycogène, soit dans le tissu adipeux. Il est vital de ne pas épuiser les réserves à la moindre occasion. C’est pourquoi, le corps ne puise dedans qu’après un certain temps d’effort. Ce moment est facile à repérer: c’est celui de la première baisse de performances.

Pourquoi il est important de bouger et de consommer les bonnes graisses

Les lipides sont insolubles dans l’eau et donc dans le sang. Ils ne sont donc pas transportés par les vaisseaux sanguins, mais par des vaisseaux lymphatiques, qui accompagnent ces derniers partout dans le corps. Contrairement aux vaisseaux sanguins, dont la circulation est impulsée par le cœur, les vaisseaux lymphatiques ne sont pas animés par muscles. Pour faire circuler la lymphe, il faut donc que le corps soit en mouvement. Ces vaisseaux convergent vers le conduit thoracique, qui mène la lymphe au cœur. Pour faire court: les protéines et glucides passent par le foie puis le cœur, tandis que les lipides passent par le cœur puis éventuellement par le foie.

C’est pourquoi, Giulia Enders fait une pub d’enfer pour l’huile d’olive vierge extra, pressée à froid. Elle estime que ce produit vaut l’investissement financier qu’il représente, pourvu qu’il soit consommé cru, protégé de l’air et conservé au frais. Quant à la cuisson des aliments, elle recommande quand-même des graisses solides telles que le beurre ou la graisse de coco, ou des huiles adaptées à la cuisson. De nombreuses études suggéreraient en effet un effet protecteur contre certains cancers, l’artériosclérose, la maladie d’Alzheimer, l’arthrite rhumatismale, la dégénérescence maculaire (maladie des yeux) voire… La graisse abdominale, par blocage d’une enzyme fabriquant de la graisse à partir des surplus de glucides.

Elle explique que les graisses animales contiennent plus d’acide arachidonique que les huiles végétales (pour un zoom sur ce qu’est un acide gras, voir mon article à ce propos). Celui-ci servirait à produire des messagers chimiques médiateurs de la douleur. Les huiles végétales, à l’instar de celles de colza, lin et chanvre, contiennent plus d’acide alpha-linolénique, anti-inflammatoire.

Vous découvrirez aussi dans ce livre pourquoi l’huile d’olive n’est pas si bonne en utilisation cosmétique, pour la peau ou les cheveux.

Au final, à moins d’être des géants et/ou des sportifs, nous ne devrions généralement pas consommer plus de 56g de lipides par jour.

Le blé n’a pas envie d’être mangé, alors il s’arrange pour déplaire à nos intestins

J’ai adoré la façon dont elle a présenté cette partie. Je vous la fais courte: le blé veut bien que l’on mange un peu des siens, mais pas trop, car son but, comme tout être vivant, c’est quand-même de se reproduire. Alors, quand on le fait pousser trop vite, qu’il n’a pas le temps de bien se développer, il est moins facile à digérer, de sorte qu’on le délaisse. Le gluten mal digéré peut s’immiscer entre les parois des cellules intestinales et desserrer leurs liens, allant jusqu’à abîmer fortement le tube digestif.

Elle a confirmé les propos du Dr Seignalet dans un ouvrage que j’ai résumé ici. La sensibilité, voire l’intolérance au gluten (maladie cœliaque), pourrait provenir d’une augmentation de la perméabilité de l’intestin, laquelle pourrait être favorisée par le stress, l’alcool ou les antibiotiques. Selon ses investigations, environ une personne sur cent serait intolérante au gluten, mais bien davantage seraient sensibles à cette substance. En cas de maux de ventre, de tête ou articulaires, elle recommande l’arrêt du gluten pendant quelques semaines pour déterminer s’il a pu causer ces symptômes.

Les grosses fringales et le grignotage continuel pourraient venir d’un syndrome de malabsorption du fructose

L’offre d’aliments riches en fructose (non seulement des fruits, mais aussi d’autres aliments sucrés) a explosé en une génération, alors qu’apparaît le syndrome de malabsorption du fructose: celui-ci s’accumule dans nos cellules et en gêne le fonctionnement, ou alors son transport est insuffisant et il est expédié vers le gros intestin, nourrissant la flore qui s’y trouve, s’ajoutant à ce qu’elle reçoit par une alimentation déjà riche. Le corps va donc s’en débarrasser dans les toilettes, évacuant du même coup le précieux tryptophane, ingrédient de la fabrication de la sérotonine… Hormone du bonheur et de la satiété.

Pour elle, ce syndrome serait dû à un excès de consommation de fructose au regard de la quantité d’enzymes que nous avons pour le traiter. Manger moins ou mieux pourrait ainsi améliorer l’humeur et diminuer l’addiction au grignotage.

Giulia Enders met également en garde contre les réactions excessives. Vous découvrirez dans ce livre que pour elle, la plupart des intolérances sont « incomplètes »: une fois la phase aiguë traitée, des aliments peuvent être progressivement réintroduits dans le régime alimentaire quotidien. Un bel espoir pour les personnes concernées…

Il est conseillé de laisser passer 5 heures entre chaque repas

Les aliments que nous ingérons passent environ 24h dans notre tube digestif.

Environ une heure après la digestion, un phénomène appelé Complexe Moteur Migrant -C.M.M.- évacue le contenu de l’estomac dans l’intestin grêle, faisant à cette occasion un « gargouillis » que nous pouvons parfois entendre. Il ne signifie pas que nous avons faim, mais que l’estomac profite d’un moment calme pour vider ce qu’il lui reste. Ce phénomène ne peut pas avoir lieu en cas de grignotage intempestif, car il risquerait d’évacuer des nutriments fraîchement avalés au risque de ne pas pouvoir les assimiler.

En cas de nausées, consommez du gingembre

Je croyais que c’était un remède de grand-mère, il est confirmé dans ce livre. Un jour, il faudra que je cherche comment fonctionne ce phénomène.

L’intestin communique avec certaines zones du cerveau, mais pas toutes

L’intestin envoie des signaux aux zones du cerveau correspondant à la perception du « moi », à la gestion des sentiments, à la moralité, à la peur, à la mémoire et à la motivation. Les messages sont reçus par des sphères n’appartenant pas toujours au domaine du conscient. D’ailleurs, l’auteure raconte comment des scanners cérébraux ont permis de relier les inconforts digestifs avec des déprimes.

Le corps humain est ainsi conçu que le cerveau peut imposer des « pauses » au système digestif afin d’utiliser son énergie pour un problème plus grave et plus urgent. Cela ne fonctionne bien sûr que pendant un temps limité, au-delà duquel c’est le système digestif qui va se plaindre au cerveau de ne pouvoir travailler correctement. C’est alors qu’apparaissent fatigue, manque d’appétit, mal-être ou coliques. Il peut aussi nous faire ressentir de façon différée les effets d’une crise.

Des scientifiques vont jusqu’à pressentir que notre ventre, et en particulier notre flore intestinale, pourrait dicter nos comportements.

Giulia Enders s’étend ici sur les liens entre le « cerveau de la tête » et le « cerveau de l’intestin » (l’expression est de moi). Je vous recommande de lire directement ses exemples (notamment sur la complémentarité entre la psychothérapie et les soins médicamenteux) et arguments, car c’est très intéressant et je ne l’expliquerai pas mieux ici.

L’étude de nos microbiotes est très prometteuse

Nos tubes digestifs contiennent chacun leur propre population de microbes. Cela constitue presque une carte d’identité, alors que pour l’instant, nous en sommes juste à distinguer trois entérotypes différents chez nos congénères: ceux dont la famille bactérienne régnante s’appelle les bactéroïdes (spécialistes de l’assimilation des glucides et de la construction d’enzymes capables d’assimiler autre chose, aimant la viande, les acides gras saturés et stocker de l’énergie donc des graisses), ceux qui obéissent à la famille des Prevotella (plutôt végétariens, mais pas exclusivement, et dont le travail fournit des composés souffrés odorants, si vous voyez ce que je veux dire), et enfin ceux qui contiennent principalement des bactéries de la famille Ruminococcus (friands de parois cellulaires des végétaux – pour la petite histoire, l’auteure vous expliquera dans le livre, page 230, pourquoi un personnage semblable à Dracula a certainement existé).

Ces microbes étant vivants, ils ont un matériel génétique dont la somme est appelée le microbiome, constitué d’environ cent cinquante fois plus de gènes qu’un être humain! Vous risquez de voir ce terme dans différents articles médiatiques à l’avenir.

Cette flore intestinale peut conditionner notre sensibilité à certains germes pathogènes ou médicaments, notre capacité à profiter de l’effet bénéfique d’une substance, voire faire grossir.

Comment la flore intestinale peut-elle faire grossir?

L’auteure propose trois hypothèses:

  1. La trop forte proportion de bactéries favorisant le stockage de l’énergie.
  2. Une inflammation subclinique (c’est-à-dire à peine détectable) due à une alimentation trop riche ou à la présence de certaines bactéries, déclenchant des messages chimiques pro-inflammatoires et donc un stockage de la graisse, par exemple dans le foie ou les tissus adipeux, en prévision d’éventuels temps difficiles. Je cite: « Contrairement à une « vraie » infection qui affaiblit le corps et lui ordonne une cure amaigrissante, l’inflammation subclinique fait grossir. Et il n’y a pas que les bactéries qui soient capables de déclencher des inflammations subcliniques: parmi les causes observées, citons encore les déséquilibres hormonaux, un excès d’oestrogènes, une carence en vitamine D ou une alimentation riche en gluten« .
  3. Une influence des bactéries intestinales sur l’appétit de leur hôte. Ces petites âmes microscopiques seraient capables de nous « récompenser » lorsque nous leur donnons ce qu’elles recherchent! Ce chapitre est absolument vertigineux.

La différence entre prébiotiques et probiotiques

Après avoir lu cela, vous ne les confondrez plus jamais.

Nos plats traditionnels contiennent « naturellement » un certains nombre de microbes locaux, par exemple lorsqu’il y a eu fermentation. Si ces probiotiques arrivent vivants dans l’intestin, ils peuvent influencer la composition de notre flore intestinale et exercer un effet protecteur sur notre santé. Attention, toutes les bactéries ne résistent pas au processus de digestion, et l’efficacité des produits actuellement proposés par le commerce n’est pas encore démontrée.

La recherche sur les probiotiques s’oriente actuellement vers les traitements de la diarrhée, des maladies de l’intestin, du système immunitaire, voire d’autres troubles digestifs, du surpoids, de troubles articulaires inflammatoires, ou du diabète.

Les prébiotiques, eux, sont des aliments qui vont favoriser le développement de certaines bactéries par rapport à d’autres. Quelques aliments bien connus sont des prébiotiques: artichauts, asperges, endives, topinambours, ail, oignons, panais, salsifis, blé complet, seigle, avoine, poireau. Il paraît d’ailleurs que plus on en mange, plus on a envie d’en manger souvent.

Ma conclusion personnelle

En lisant cela, j’ai commencé à me demander si une nouvelle spécialité médicale n’apparaîtrait pas prochainement: jardinier de flore intestinale. J’imagine qu’un terme plus scientifique apparaîtra, mais que l’évolution des recherches permettra le développement d’une véritable discipline à part entière.

 

Publicités

« Plus on est gros, plus on est bête. »

Vous croyez avoir mal lu? Non. C’est mot pour mot une phrase extraite d’une conversation de jeunes gens, diplômés d’une école prestigieuse (pas en rapport avec l’alimentation ni la médecine, heureusement). Quelqu’un a même ajouté: « surtout les femmes » (!). Comme quoi, on peut être sélectionné pour ses capacités tout en restant ignare sur certains sujets. On peut se moquer de cette réflexion, mais elle me semble suffisamment dangereuse pour mériter d’en parler. Voici donc quelques « quick wins » pour étayer les éventuels débats sur ce sujet.

La corpulence a tendance à refléter le niveau social

D’après l’INSEE (voir ici et résumé ici): « La corpulence augmente avec l’âge et diminue avec le niveau d’études, et les variations sont beaucoup plus importantes pour les femmes. Elle diminue avec le revenu pour les femmes, mais augmente pour les hommes. Le sous-poids est essentiellement féminin tandis que le surpoids est une situation plutôt masculine. Enfin, les femmes sont dans l’ensemble moins corpulentes que les hommes, mais elles sont plus nombreuses dans les cas d’obésité les plus sévères. »

Ce serait valable aussi chez les enfants où « Le risque de surpoids, mais surtout d’obésité, est d’autant plus fort que le niveau d’études des parents est faible« .

Les raisons? Nous en parlerons certainement dans un autre article.

Le niveau social reflète-t-il l’intelligence?

Je vais citer ici un blog intéressant, Les tribulations d’un petit zèbre: « Il y a statistiquement les mêmes proportions d’enfants (T)HQI [N.D.L.R.: « (T)HQI » = (Très) Haut Quotient Intellectuel] dans tous les milieux, dans toutes les ethnies, dans toutes les cultures, tous les pays, à savoir un peu plus de 2%. Idem pour le ratio filles / garçons qui est identique !
Il est par contre plus facile de détecter un EIP [N.D.L.R.: « EIP » = Enfant Intellectuellement Précoce] dans une famille qui sera attentive au bien-être de l’enfant &/ou qui aura les moyens financiers de faire pratiquer un bilan (de même que dans les pays les plus pauvres, on peut comprendre que la priorité des familles ne soit pas à l’identification des enfants HPI) » [N.D.L.R.: « HPI » = Haut Potentiel Intellectuel].

Donc, il y aurait autant d’enfants particulièrement intelligents chez les « riches » que chez les « pauvres » mais plus de « gros » chez les « pauvres » (je mets des guillemets car la notion de richesse ou de pauvreté est ici un raccourci grossier). Puis, en grandissant, cela se complique. Aujourd’hui, on estime que la réussite scolaire est plus difficile pour les enfants de parents peu diplômés que pour les autres. Or, l’ascenseur social en dépend fortement. Par exemple, si vous êtes un enfant surdoué dans un milieu modeste, vous avez davantage de risques de quitter le système scolaire prématurément que si vous vivez dans un milieu plus confortable, comme le résume si bien l’article de Mme Adda ici. Ajoutons que si vous êtes un enfant surdoué issu d’un milieu peu aisé, vous risquez d’être un jour en surpoids (pour une femme) ou en sous-poids (pour un homme) et donc exposé aux discriminations entravant l’ascension sociale. Il ne s’agirait que d’un risque, pas d’un déterminisme.

S’il faut de réelles capacités pour faire de bonnes études, l’inverse n’est pas toujours vrai. Une personne (sur)douée peut n’avoir pas pu faire d’études et en particulier dans les filières valorisantes, pour de multiples raisons: difficulté à envisager, choisir et se faire sélectionner par les bonnes filières, nécessité de stopper prématurément les études au profit d’un travail immédiat, etc. Ainsi, elle a plus de chances d’appartenir à une catégorie socio-professionnelle plus « basse », et donc à en adopter les caractéristiques, le mode de vie et… L’apparence.

Le surpoids et l’obésité sont multifactoriels

Les préjugés et les sur-simplifications sont encore monnaie courante.

On croit encore trop souvent qu’une personne est en surpoids ou obèse seulement « parce qu’elle mange trop ». Parfois, c’est le cas, parfois, non. Et lorsque ça l’est, on oublie de se demander pourquoi l’individu mange trop. Est-ce uniquement par manque de connaissances diététiques, ou de volonté? Quant aux individus trop maigres, on croit parfois qu’il leur suffit de « faire un effort pour manger plus » pour grossir, alors que ce n’est pas toujours si facile.

On sait aujourd’hui que le manque de sommeil augmente les risques d’obésité (voir ici), à la fois parce qu’il perturbe le métabolisme et parce qu’il pousse à manger, trop et mal. Même combat avec le stress et toutes sortes de causes psychologiques (voir notamment ici et ici).

La science, depuis quelques années, met en évidence et suspecte encore de nombreuses autres causes de surpoids ou d’obésité: l’environnement -dont les perturbateurs endocriniens-, les médicaments, l’hérédité, différentes maladies, … Parmi ces causes, certaines peuvent être traitées et d’autres sont plus difficiles à gérer.

Bref, sortez une personne de sa vie habituelle et plongez-la durablement dans un milieu plus/moins difficile, plus/moins stressant, plus/moins valorisant, où l’on manque/ne manque plus de sommeil, où l’offre alimentaire ou celle des conseils et des soins est différente, soumettez-la à certains médicaments ou libérez-la de ceux-ci et… Sa silhouette risque fort de changer.

Soyons clairs: on peut mener une vie tout à fait épanouissante, équilibrée, saine et valorisante sans appartenir aux catégories sociales les plus élevées ou être mince, de même que l’on peut être un cadre haut placé et très exposé au stress, au manque de sommeil (pensez par exemple au décalage horaire pour les gens qui voyagent beaucoup), aux maladies et médicaments, aux problèmes psychologiques, etc. C’est certainement une question à la fois de chance, d’approche personnelle et de « bonne gestion de vie« . Je rappelle aussi qu’il n’existe pas deux, mais une multitude de catégories sociales.

Avant de passer au paragraphe suivant, puis-je me permettre un peu d’ironie? Je vous ai déniché ici une photo d’anciens élèves de Harvard. Regardez bien: vous les trouvez tous minces?

L’expression de l’intelligence est soumise à de nombreux facteurs

En mars 2014, l’article de Pour la Science intitulé Le handicap des enfants abandonnés décrivait le drame vécu à l’époque de Ceausescu en Roumanie. La politique et l’économie de l’époque ont généré de nombreux orphelins, accueillis dans des établissements démunis et lugubres. Cet article montrait que dans ces conditions, le développement intellectuel des enfants était littéralement étouffé. Lorsqu’ils étaient adoptés avant l’âge de deux ans, leur retard était rattrapé et leur intelligence était similaire à celle du reste de la population. Après cet âge, faute d’un environnement propice, les facultés mentales étaient définitivement altérées.

Ainsi, le développement de l’intelligence se ferait d’autant mieux que l’individu se positionne haut dans la pyramide de Maslow. Ensuite, vous avez certainement remarqué qu’elle s’épanouit plus volontiers dans un contexte qui lui est propice, plutôt que dans un climat d’insécurité, de violence, de faim, etc.

Que disent les statistiques?

Difficile de trouver des chiffres. J’ai déniché cette étude (ici) qui relève que les surdoués seraient un peu plus enrobés que la moyenne. Il en existe d’autres qui soulèvent que les surdoués seraient davantage exposés au stress, à l’anxiété, aux problèmes relationnels, à l’exclusion sociale (encore du stress). Or, comme dit plus haut, ces facteurs pourraient être à l’origine d’une variation de poids. Je n’ai donc pas trouvé d’étude sérieuse qui relie strictement la corpulence et l’intelligence.

Chers lecteurs, n’hésitez pas à en citer dans les commentaires. Je suis personnellement en train de lire Sociologie de l’Obésité, de J.-P. Poulain. C’est fort intéressant, je vous en ferai un résumé prochainement. Je recommande également le site de l’Observatoire des Inégalités, très parlant.

Conclusion

Vous pouvez avoir l’impression de voir davantage de personnes minces chez celles qui vous semblent intelligentes, parce qu’un Q.I. élevé prédispose à de bonnes études (encore que… Un Q.I. particulièrement élevé peut aussi handicaper les études) et donc à l’appartenance à un milieu aisé, lequel favorise la minceur chez les femmes… Mais la prise de poids des hommes. Ce phénomène masculin pourrait d’ailleurs être en train de changer.

Cette impression est donc à considérer avec BEAUCOUP de précautions. Il semble exister suffisamment de cas particuliers pour qu’il soit dangereux d’en faire une généralité.

Bref, on dirait bien que le petit prince de Saint-Exupéry avait raison: « l’essentiel est invisible pour les yeux« …