Qu’est-ce que « bien manger »? Vous pourriez avoir des surprises.

Voilà ce que c’est d’avoir un président jeune. Il utilise des méthodes de d’jeun’s.

L’Etat se lance dans un gigantesque exercice de démocratie participative. Il organise les Etats Généraux de l’Alimentation, sur le deuxième semestre 2017.

Il s’agit d’une démarche qui s’articule en deux temps:

  1. Du 20 juillet au 20 octobre, une série de consultations publiques
  2. Des ateliers thématiques d’août à novembre

Le tout sera synthétisé en fin d’année pour alimenter (admirez le jeu de mots) la feuille de route nationale relative à ce sujet pour les prochaines années.

C’est à peu près à ce moment-là que le jeu sera le plus périlleux. Vous vous rappelez des Etats Généraux de 1789? Ils avaient commencé exactement pareil. Toute la France s’était mobilisée avec application pour la rédaction de cahiers de doléances, destinés à être exploités lors des Etats Généraux à Versailles. S’ensuivit un vaste débat sur la représentativité du Tiers-Etats puis des réflexions plus globales à l’origine de la Révolution Française, sur fond de… Crise alimentaire.

Aujourd’hui, mêmes termes, autre contexte, autres enjeux… Nouvelles préoccupations. Les résultats pourraient déboucher sur des surprises intéressantes.

Il ne s’agit pas seulement de se demander ce qu’est une bonne alimentation au sens « personnel » du terme (à savoir, comment l’on voudrait manger). Il s’agit surtout d’envisager la question au niveau macro-économique, de se demander ce qu’est une BONNE alimentation, à savoir, bonne pour tous les acteurs de la filière de la fourche à la fourchette. En particulier:

  • Comment relancer la création de valeur et en assurer l’équitable répartition, 
  • Comment permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail par le paiement de prix justes,
  • Comment accompagner la transformation des modèles de production pour mieux répondre aux attentes des consommateurs,
  • Comment promouvoir des choix de consommation privilégiant une alimentation saine, sûre, et durable.

Ici, les Français sont mis devant leurs responsabilités. L’alimentation, l’agriculture, la transformation, la distribution et les bons choix de consommation des aliments? Tout le monde ou presque a un avis dessus, parfois assez tranché. Oserons-nous proposer des solutions? Tenir compte des propositions de nos concitoyens?

Cette démarche a vocation à la fois à affiner les diagnostics sur ce qu’il se passe, et à faire émerger des solutions à partir de l’intelligence collective. C’est une extraordinaire occasion d’exercer dans les règles de l’art son influence de citoyen. C’est aussi, peut-être, le début d’une nouvelle forme de démocratie.

Le résultat pourrait, en outre, refléter une évolution des attentes des Français envers leur alimentation et sa chaîne de production. Il pourrait délicieusement compléter un de mes précédents articles sur ce sujet, « Pourquoi l’alimentation d’hier n’était pas meilleure que celle d’aujourd’hui« , traitant de l’évolution des peurs alimentaires. Dans quelle mesure notre rapport à l’alimentation a-t-il changé? Nous le saurons bientôt.

Bref, s’intéresser à cet événement, c’est presque aussi important que de voter.

Sur quoi et comment peut-on donner son avis?

Un site officiel a été créé et je le trouve très bien fait: www.egalimentation.gouv.fr.

Ne ratez surtout pas la page dédiée aux consultations. Vous y trouverez tous les sujets sur lesquels il est possible de se prononcer, ainsi que le nombre de contributions et de votes déjà enregistrés. Non, je ne les citerai pas dans cet article, car je vous recommande vraiment d’y jeter un coup d’œil.

Tout le monde peut participer, du magnat de la grande distribution au militant altermondialiste, de l’artisan du coin au consommateur curieux: il suffit d’un pseudo, d’un courriel et d’un mot de passe.

Quand bien même vous n’auriez pas d’idée à proposer, il est toujours intéressant d’aller flâner sur les différentes propositions formulées. Cela pourrait vous donner des idées de contributions, ou simplement vous permettre d’avoir l’air d’être au courant des actualités si ce sujet atterrit sur la table lors d’un déjeuner entre collègues.

Tous concernés

Au moment où les Français consacrent 23% de leur budget à l’alimentation, où la filière alimentaire génère 3,4 millions d’emplois, soit 13 à 14% de l’emploi national, 15% de notre PIB et 10% de nos exportations, où 20% des productions agricoles européennes viennent chez nous, et ce, dans un contexte de demande internationale croissante co-existant avec des préoccupations nationales importantes (je vous invite ici à lire le résumé qu’en fait l’ANIA), ces débats devraient nous mobiliser en grand nombre. Même si des O.N.G. déplorent l’oubli de certaines thématiques comme « les liens entre alimentation et santé« , « la fiscalité agricole » ou « l’adaptation au changement climatique« , ceci n’en reste pas moins une belle et rare occasion de se poser les bonnes questions.

En quoi consistent les ateliers?

Ils se déroulent en parallèle des consultations publiques. Ils rassemblent, en réunions, des professionnels, leurs représentants, l’Etat… Ils vont servir à débattre sur 14 thèmes prédéfinis, en « petits » comités de quelques dizaines d’intervenants.

Après échanges, ils devront remettre à l’Etat le résultat de leurs débats: propositions et éventuelles divergences.

Ces ateliers porteront sur:

  • La création de valeur:
  1. Mieux répondre aux attentes des consommateurs en termes de qualités nutritionnelles et environnementales, d’ancrage territorial, de bien-être animal et d’innovations.

  2. Développer les initiatives locales et créer des synergies.

  3. Développer la bio-économie et l’économie circulaire.

  4. Conquérir de nouvelles parts de marchés sur les marchés européens et internationaux et faire rayonner l’excellence du modèle alimentaire et le patrimoine alimentaire français en France et à l’international.

  • La répartition de cette valeur:
  1. Rendre les prix d’achat des produits agricoles plus rémunérateurs pour les agriculteurs

  2. Adapter la production agricole aux besoins des différents marchés et aux besoins des transformateurs.

  3. Améliorer les relations commerciales et contractuelles entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs.

  • Une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous
  1. Assurer la sécurité sanitaire de l’alimentation française dans une économie agro-alimentaire mondialisée et dans un contexte de changement climatique tout en prévenant les contaminations chimiques.

  2. Faciliter l’adoption par tous d’une alimentation favorable à la santé.

  3. Lutter contre le gaspillage alimentaire.

  4. Réussir la transition écologique et solidaire de notre agriculture en promouvant une alimentation durable.

  5. Lutter contre l’insécurité alimentaire, s’assurer que chacun puisse avoir accès à une alimentation suffisante et de qualité en France et dans le monde.

  6. Renforcer l’attractivité des métiers de l’agriculture et des filières alimentaires et développer la formation.

Préparer l’avenir

  1. Quels investissements, quel accompagnement technique, quelle recherche pour une plus grande performance environnementale, sanitaire, sociale et économique?

Et après?

Il faudra guetter les conclusions diffusées en fin d’année, qui conditionneront les positions et projets de l’Etat sur ces thèmes. En particulier, les synthèses des consultations sont promises pour début novembre.

Les plus intuitifs d’entre nous en déduiront ce que sera l’alimentation du futur. Voire en feront un business…

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