« Le charme discret de l’intestin »: ce que j’en retiendrai

Lorsqu’une amie m’a prêté ce livre au titre amusant, je ne savais pas encore qu’il s’était déjà vendu à plusieurs millions d’exemplaires. C’est ainsi que j’ai eu l’excellente surprise de découvrir un ouvrage très bien écrit par une jeune médecin et illustré par sa soeur, sur le thème de la digestion, avec autant de sérieux que d’humour. Ne commencez surtout pas à lire les premières lignes: vous risqueriez de l’engloutir cul sec. Je vous propose de partager avec vous les quelques notes que j’ai prises au cours de ces trois cents cinquante pages, reprenant mes passages préférés.

La salive aurait des propriétés anti-dépressives

La salive, c’est du sang filtré. Elle contient du calcium, des hormones, des anticorps, et… Des opiorphines. En effet, notre bouche a à la fois besoin d’une extrême sensibilité afin de pouvoir détecter le moindre grain de sable qui crisserait sous la dent, et d’une certaine résistance pour éviter que chaque signal ne nous fasse crouler sous la douleur. Elle est donc très bien innervée mais également protégée par ces substances, qui auraient des propriétés antalgiques et anti-dépressives. Cela explique pourquoi les maux de gorges ou petites plaies font moins mal après les repas. Il est possible que dans quelques années, un lien entre la salive et l’envie de manger pour se réconforter soit mis en évidence.

L’ablation des amygdales ou de l’appendice peuvent faire grossir

Le pharynx (incluant les tonsilles linguales et pharyginennes, les amygdales) et l’appendice sont constitués de tissu lymphoïde, intervenant dans le système immunitaire. Les amygdales ont un rôle dans l’apprentissage de l’immunité, c’est pourquoi il est déconseillé de les ôter avant l’âge de 7 ans. L’appendice, lui, est une sorte de réservoir de bonnes bactéries prêtes à recoloniser le tube digestif après un traitement médicamenteux ou une grosse colique, avant que des germes moins aimables ne s’y installent. Leur ablation est parfois nécessaire, par exemple en cas d’infection, mais il faut savoir que le système immunitaire, dont ils font partie, est impliqué dans la régulation du poids ou de la santé cardiaque. Il n’est pas rare de grossir après une ablation de l’appendice, même si des mécanismes de secours existent, par exemple de nombreuses cellules immunitaires dans le gros intestin, lequel se trouve juste après l’appendice.

Contre le Reflux Gastro-Oesophagien (R.G.O.), il est conseillé de se tenir droit et de boire des tisanes

Eh oui. L’oesophage est relié à la colonne vertébrale par des fibres nerveuses. Se tenir droit après un bon repas lui permet de s’étirer.

L’absorption d’un liquide permet de maintenir un sens de circulation « normal ». Avez-vous remarqué l’asymétrie de l’estomac? Il est plus court d’un côté que de l’autre. Cela lui permet de trier ce qui nécessite du travail de sa part, pour malaxer les aliments dans sa partie gauche, de ce qui doit couler directement dans l’intestin le long de la paroi droite.

Pourquoi il est utile de manger des fruits et légumes frais

Je cite: plus une pomme est croquée fraîche, plus le nombre de cellules intactes, donc utiles à notre organisme, arrivant dans l’intestin est important.

L’air est un aliment

L’auteure va même plus loin. Elle avance qu' »une partie non négligeable de notre poids est induite par des atomes inspirés plutôt que par le saucisson-beurre« . Pensez-y avant votre prochaine cigarette.

Pour commencer à éliminer des graisses, il faut faire au moins une heure de sport

Je suis sûre que la plupart de celles et ceux qui surveillent leur ligne le savent déjà, mais elle le confirme. L’excès de sucre est stocké soit dans le foie, sous forme de glycogène, soit dans le tissu adipeux. Il est vital de ne pas épuiser les réserves à la moindre occasion. C’est pourquoi, le corps ne puise dedans qu’après un certain temps d’effort. Ce moment est facile à repérer: c’est celui de la première baisse de performances.

Pourquoi il est important de bouger et de consommer les bonnes graisses

Les lipides sont insolubles dans l’eau et donc dans le sang. Ils ne sont donc pas transportés par les vaisseaux sanguins, mais par des vaisseaux lymphatiques, qui accompagnent ces derniers partout dans le corps. Contrairement aux vaisseaux sanguins, dont la circulation est impulsée par le cœur, les vaisseaux lymphatiques ne sont pas animés par muscles. Pour faire circuler la lymphe, il faut donc que le corps soit en mouvement. Ces vaisseaux convergent vers le conduit thoracique, qui mène la lymphe au cœur. Pour faire court: les protéines et glucides passent par le foie puis le cœur, tandis que les lipides passent par le cœur puis éventuellement par le foie.

C’est pourquoi, Giulia Enders fait une pub d’enfer pour l’huile d’olive vierge extra, pressée à froid. Elle estime que ce produit vaut l’investissement financier qu’il représente, pourvu qu’il soit consommé cru, protégé de l’air et conservé au frais. Quant à la cuisson des aliments, elle recommande quand-même des graisses solides telles que le beurre ou la graisse de coco, ou des huiles adaptées à la cuisson. De nombreuses études suggéreraient en effet un effet protecteur contre certains cancers, l’artériosclérose, la maladie d’Alzheimer, l’arthrite rhumatismale, la dégénérescence maculaire (maladie des yeux) voire… La graisse abdominale, par blocage d’une enzyme fabriquant de la graisse à partir des surplus de glucides.

Elle explique que les graisses animales contiennent plus d’acide arachidonique que les huiles végétales (pour un zoom sur ce qu’est un acide gras, voir mon article à ce propos). Celui-ci servirait à produire des messagers chimiques médiateurs de la douleur. Les huiles végétales, à l’instar de celles de colza, lin et chanvre, contiennent plus d’acide alpha-linolénique, anti-inflammatoire.

Vous découvrirez aussi dans ce livre pourquoi l’huile d’olive n’est pas si bonne en utilisation cosmétique, pour la peau ou les cheveux.

Au final, à moins d’être des géants et/ou des sportifs, nous ne devrions généralement pas consommer plus de 56g de lipides par jour.

Le blé n’a pas envie d’être mangé, alors il s’arrange pour déplaire à nos intestins

J’ai adoré la façon dont elle a présenté cette partie. Je vous la fais courte: le blé veut bien que l’on mange un peu des siens, mais pas trop, car son but, comme tout être vivant, c’est quand-même de se reproduire. Alors, quand on le fait pousser trop vite, qu’il n’a pas le temps de bien se développer, il est moins facile à digérer, de sorte qu’on le délaisse. Le gluten mal digéré peut s’immiscer entre les parois des cellules intestinales et desserrer leurs liens, allant jusqu’à abîmer fortement le tube digestif.

Elle a confirmé les propos du Dr Seignalet dans un ouvrage que j’ai résumé ici. La sensibilité, voire l’intolérance au gluten (maladie cœliaque), pourrait provenir d’une augmentation de la perméabilité de l’intestin, laquelle pourrait être favorisée par le stress, l’alcool ou les antibiotiques. Selon ses investigations, environ une personne sur cent serait intolérante au gluten, mais bien davantage seraient sensibles à cette substance. En cas de maux de ventre, de tête ou articulaires, elle recommande l’arrêt du gluten pendant quelques semaines pour déterminer s’il a pu causer ces symptômes.

Les grosses fringales et le grignotage continuel pourraient venir d’un syndrome de malabsorption du fructose

L’offre d’aliments riches en fructose (non seulement des fruits, mais aussi d’autres aliments sucrés) a explosé en une génération, alors qu’apparaît le syndrome de malabsorption du fructose: celui-ci s’accumule dans nos cellules et en gêne le fonctionnement, ou alors son transport est insuffisant et il est expédié vers le gros intestin, nourrissant la flore qui s’y trouve, s’ajoutant à ce qu’elle reçoit par une alimentation déjà riche. Le corps va donc s’en débarrasser dans les toilettes, évacuant du même coup le précieux tryptophane, ingrédient de la fabrication de la sérotonine… Hormone du bonheur et de la satiété.

Pour elle, ce syndrome serait dû à un excès de consommation de fructose au regard de la quantité d’enzymes que nous avons pour le traiter. Manger moins ou mieux pourrait ainsi améliorer l’humeur et diminuer l’addiction au grignotage.

Giulia Enders met également en garde contre les réactions excessives. Vous découvrirez dans ce livre que pour elle, la plupart des intolérances sont « incomplètes »: une fois la phase aiguë traitée, des aliments peuvent être progressivement réintroduits dans le régime alimentaire quotidien. Un bel espoir pour les personnes concernées…

Il est conseillé de laisser passer 5 heures entre chaque repas

Les aliments que nous ingérons passent environ 24h dans notre tube digestif.

Environ une heure après la digestion, un phénomène appelé Complexe Moteur Migrant -C.M.M.- évacue le contenu de l’estomac dans l’intestin grêle, faisant à cette occasion un « gargouillis » que nous pouvons parfois entendre. Il ne signifie pas que nous avons faim, mais que l’estomac profite d’un moment calme pour vider ce qu’il lui reste. Ce phénomène ne peut pas avoir lieu en cas de grignotage intempestif, car il risquerait d’évacuer des nutriments fraîchement avalés au risque de ne pas pouvoir les assimiler.

En cas de nausées, consommez du gingembre

Je croyais que c’était un remède de grand-mère, il est confirmé dans ce livre. Un jour, il faudra que je cherche comment fonctionne ce phénomène.

L’intestin communique avec certaines zones du cerveau, mais pas toutes

L’intestin envoie des signaux aux zones du cerveau correspondant à la perception du « moi », à la gestion des sentiments, à la moralité, à la peur, à la mémoire et à la motivation. Les messages sont reçus par des sphères n’appartenant pas toujours au domaine du conscient. D’ailleurs, l’auteure raconte comment des scanners cérébraux ont permis de relier les inconforts digestifs avec des déprimes.

Le corps humain est ainsi conçu que le cerveau peut imposer des « pauses » au système digestif afin d’utiliser son énergie pour un problème plus grave et plus urgent. Cela ne fonctionne bien sûr que pendant un temps limité, au-delà duquel c’est le système digestif qui va se plaindre au cerveau de ne pouvoir travailler correctement. C’est alors qu’apparaissent fatigue, manque d’appétit, mal-être ou coliques. Il peut aussi nous faire ressentir de façon différée les effets d’une crise.

Des scientifiques vont jusqu’à pressentir que notre ventre, et en particulier notre flore intestinale, pourrait dicter nos comportements.

Giulia Enders s’étend ici sur les liens entre le « cerveau de la tête » et le « cerveau de l’intestin » (l’expression est de moi). Je vous recommande de lire directement ses exemples (notamment sur la complémentarité entre la psychothérapie et les soins médicamenteux) et arguments, car c’est très intéressant et je ne l’expliquerai pas mieux ici.

L’étude de nos microbiotes est très prometteuse

Nos tubes digestifs contiennent chacun leur propre population de microbes. Cela constitue presque une carte d’identité, alors que pour l’instant, nous en sommes juste à distinguer trois entérotypes différents chez nos congénères: ceux dont la famille bactérienne régnante s’appelle les bactéroïdes (spécialistes de l’assimilation des glucides et de la construction d’enzymes capables d’assimiler autre chose, aimant la viande, les acides gras saturés et stocker de l’énergie donc des graisses), ceux qui obéissent à la famille des Prevotella (plutôt végétariens, mais pas exclusivement, et dont le travail fournit des composés souffrés odorants, si vous voyez ce que je veux dire), et enfin ceux qui contiennent principalement des bactéries de la famille Ruminococcus (friands de parois cellulaires des végétaux – pour la petite histoire, l’auteure vous expliquera dans le livre, page 230, pourquoi un personnage semblable à Dracula a certainement existé).

Ces microbes étant vivants, ils ont un matériel génétique dont la somme est appelée le microbiome, constitué d’environ cent cinquante fois plus de gènes qu’un être humain! Vous risquez de voir ce terme dans différents articles médiatiques à l’avenir.

Cette flore intestinale peut conditionner notre sensibilité à certains germes pathogènes ou médicaments, notre capacité à profiter de l’effet bénéfique d’une substance, voire faire grossir.

Comment la flore intestinale peut-elle faire grossir?

L’auteure propose trois hypothèses:

  1. La trop forte proportion de bactéries favorisant le stockage de l’énergie.
  2. Une inflammation subclinique (c’est-à-dire à peine détectable) due à une alimentation trop riche ou à la présence de certaines bactéries, déclenchant des messages chimiques pro-inflammatoires et donc un stockage de la graisse, par exemple dans le foie ou les tissus adipeux, en prévision d’éventuels temps difficiles. Je cite: « Contrairement à une « vraie » infection qui affaiblit le corps et lui ordonne une cure amaigrissante, l’inflammation subclinique fait grossir. Et il n’y a pas que les bactéries qui soient capables de déclencher des inflammations subcliniques: parmi les causes observées, citons encore les déséquilibres hormonaux, un excès d’oestrogènes, une carence en vitamine D ou une alimentation riche en gluten« .
  3. Une influence des bactéries intestinales sur l’appétit de leur hôte. Ces petites âmes microscopiques seraient capables de nous « récompenser » lorsque nous leur donnons ce qu’elles recherchent! Ce chapitre est absolument vertigineux.

La différence entre prébiotiques et probiotiques

Après avoir lu cela, vous ne les confondrez plus jamais.

Nos plats traditionnels contiennent « naturellement » un certains nombre de microbes locaux, par exemple lorsqu’il y a eu fermentation. Si ces probiotiques arrivent vivants dans l’intestin, ils peuvent influencer la composition de notre flore intestinale et exercer un effet protecteur sur notre santé. Attention, toutes les bactéries ne résistent pas au processus de digestion, et l’efficacité des produits actuellement proposés par le commerce n’est pas encore démontrée.

La recherche sur les probiotiques s’oriente actuellement vers les traitements de la diarrhée, des maladies de l’intestin, du système immunitaire, voire d’autres troubles digestifs, du surpoids, de troubles articulaires inflammatoires, ou du diabète.

Les prébiotiques, eux, sont des aliments qui vont favoriser le développement de certaines bactéries par rapport à d’autres. Quelques aliments bien connus sont des prébiotiques: artichauts, asperges, endives, topinambours, ail, oignons, panais, salsifis, blé complet, seigle, avoine, poireau. Il paraît d’ailleurs que plus on en mange, plus on a envie d’en manger souvent.

Ma conclusion personnelle

En lisant cela, j’ai commencé à me demander si une nouvelle spécialité médicale n’apparaîtrait pas prochainement: jardinier de flore intestinale. J’imagine qu’un terme plus scientifique apparaîtra, mais que l’évolution des recherches permettra le développement d’une véritable discipline à part entière.

 

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Savez-vous vraiment ce qu’est un OMEGA 3?

Un OMEGA 3 est un acide gras bien particulier. On l’écrit aussi: w3. Les acides gras sont des lipides. On trouve des acides gras dans de nombreux aliments, en proportion différente selon le type d’aliment. Ce qui compte pour votre santé, c’est à la fois la quantité d’acides gras consommée, et leur nature.

Faites le test: demandez autour de vous quelle est l’huile la moins calorique. Certains vous répondront: « l’huile d’olive, bien sûr! ». Or, ce n’est pas vrai. Les huiles sont toutes composées de lipides, presque à cent pour cent, à environ 9 KCal/g. Si l’on dit que certaines sont meilleures pour la santé, c’est parce que leur composition en acides gras varie d’une huile à l’autre. C’est aussi le cas pour d’autres familles d’aliments, tels que les poissons évoqués plus haut. Certains produits sont meilleurs pour la santé, en raison des acides gras qui les constituent.

Prenons l’exemple de l’acide stéarique, qui est un acide gras. On le représente habituellement ainsi:

COOH-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH3

C’est une molécule de 18 atomes de carbone (C), auxquels sont accrochés des atomes d’hydrogène (H) et, à un bout de la chaîne, un groupement carboxyle (COOH), c’est-à-dire un atome de carbone auquel sont accrochés un atome d’hydrogène et deux d’oxygène (O). Un acide gras, en résumé, c’est ça: une chaîne plus ou moins longue d’atomes de carbone avec un groupement carboxyle au bout. On numérote les atomes de carbones à partir de celui qui forme le « COOH ». C’est toujours l’atome de carbone N°1. Le dernier, qui forme le « CH3 » ou « groupement méthyle », est ici l’atome de carbone N°18. Vous allez voir plus loin que cela a son importance.

Maintenant, compliquons la réflexion.

Il arrive que certains atomes de carbone soient reliés par une double-liaison, au lieu d’une liaison simple. Concrètement, cela veut dire qu’ils ont moins d’atomes d’oxygène autour d’eux. Au lieu d’avoir une chaîne qui ressemble à ceci: « …-CH2-CH2-… », elle ressemble à ceci: « …-CH=CH-… ». Cela change les propriétés de la molécule d’acide gras, et même son nom. Par exemple, un acide stéarique avec une double liaison au 9ème atome de carbone s’appelle l’acide oléique. On le représente ainsi:

COOH-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH=CH-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH3

Lorsqu’il y a au moins une double-liaison, on dit que l’acide gras est insaturé. Il y a les mono-insaturés, comme celui ci-dessus, avec une seule double-liaison, et les poly-insaturés, lorsqu’il y en a plusieurs. Ceci, par opposition aux acides gras saturés, qui n’ont aucune double-liaison.

Par exemple, l’acide linoléique est un acide gras à 18 atomes de carbone comme l’acide stéarique (saturé) ou l’acide oléique (mono-insaturé), mais en version poly-insaturée. En effet, il y a des double-liaisons au niveau des carbones N°9 et 12:

COOH-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH=CH-CH2-CH=CH-CH2-CH2-CH2-CH2-CH3

On s’amuse encore un peu? Il existe aussi l’acide linolénique, qui a des insaturations aux carbones 9, 12 et 15:

COOH-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH=CH-CH2-CH=CH-CH2-CH=CH-CH2-CH3

Ce petit jeu existe bien évidemment pour des acides gras aux chaînes de carbone plus ou moins longues. Je vous passe pour l’instant les détails de la notion de molécules « cis » et « trans », cela fera l’objet d’un autre article.

Il est intéressant de savoir que les double-liaisons apportent de la souplesse aux molécules, et diminuent leur point de fusion. Par exemple, l’acide stéarique a un point de fusion de 69,6°C, contre 10,5°C pour l’acide oléique, et même -11°C pour l’acide linolénique, alors que ces trois-là ont le même nombre d’atomes de carbone. Concrètement, pensez aux saumons et poissons provenant des mers froides: ils sont riches en acides gras poly-insaturés. Pourquoi? Parce que les acides gras insaturés restent « souples » à des températures plus basses que les acides gras « saturés ». Composés d’acides gras saturés, ils seraient vite paralysés! (Vue de l’esprit bien évidemment)

Vous vous rappelez que je vous ai expliqué plus haut que l’on comptait les atomes de carbone à partir du groupement carboxyle (COOH)? Eh bien, on peut aussi les compter dans l’autre sens, à partir du CH3 que l’on appelle « omega ». Dans le cas des acides gras insaturés, on peut les nommer « omega-[+ un numéro] ». Ce numéro correspond au premier atome de carbone en partant du méthyle, qui comprend une insaturation. C’est facile à retenir: « omega » est la dernière lettre de l’alphabet grec, et représente ici le dernier atome de carbone de la chaîne (le CH3 au lieu du COOH). Par exemple, « omega 3 » signifie que la molécule d’acide gras est insaturée, et que la première double-liaison se trouve au niveau du 3ème carbone à partir de la fin (c’est-à-dire à partir du CH3). L’acide linolénique est un omega 3. En suivant le même raisonnement, vous avez déjà deviné que l’acide linoléique est un omega 6.

Il se trouve que notre organisme a besoin d’acides gras pour fonctionner, mais qu’il ne sait pas fabriquer en quantité suffisante certains d’entre eux. C’est pourquoi, ceux qu’il lui manque sont appelés essentiels, car ils doivent être apportés par l’alimentation. Les w-3 et w-6 en font partie. Ils sont apportés par des aliments différents. Vous trouverez des listes plus précises sur de nombreux supports de communication de santé publique, ou sur Wikipedia.

Et ce n’est pas tout!

Les scientifiques ont découvert, il y a déjà longtemps, qu’il ne suffisait pas de consommer des w-3 et des w-6 pour être en bonne santé: encore faut-il consommer cinq fois plus d’w-3 que d’w-6. La proportion de l’un par rapport à l’autre est importante.

Nous pourrions approfondir davantage, mais vous en savez déjà assez pour frimer en société lors de votre prochaine dégustation de sushis 😉

Si vous souhaitez d’autres articles sur ce sujet, n’hésitez pas à me le faire savoir (ici).

 

 

Ingénieur agro, un bon plan à long terme?

Tous les ans depuis 27 ans, la Société des Ingénieurs et Scientifiques de France publie les résultats d’une enquête nationale sur la situation des ingénieurs en France. Réalisée en mars-avril, celle de cette année a collecté 55000 réponses, traitées en collaboration avec l’INSEE. C’est, à ce jour, l’enquête la plus sérieuse que je connaisse sur ce sujet.

Vous pouvez vous la procurer ici pour 10€, soit le prix d’un à trois magazines grand public. Je précise que ce blog n’est pas monétisé: pas d’article sponsorisé, ni de lien sponsorisé.

Elle récapitule en 41 pages des informations précieuses. Elle peut aider des étudiants à bien choisir leur formation, préparer les ingénieurs en poste à leur évolution de carrière, leur donner des arguments solides pour négocier leurs salaires sur la base de données chiffrées. Elle pourrait aussi être utile aux R.H. qui souhaitent recruter ou garder leurs ingénieurs.

Les données 2016 confirment des préjugés courants sur les ingénieurs: peu de chômage (hormis au-delà de 50 ans), des jeunes diplômés rapidement insérés dans la vie active en France comme à l’étranger, de bonnes rémunérations et un fort taux de satisfaction professionnelle en général.

Elles dévoilent aussi des tendances nouvelles: les ingénieurs sont de plus en plus nombreux, se tournent de plus en plus vers l’entrepreneuriat, les activités non salariées, le conseil. Leur profession se féminise. Leur sensibilité à l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle, ainsi qu’aux grands sujets de société (sociaux, environnementaux, engagements associatifs ou politiques) se développe.

Concernant les salairesla médiane du salaire brut est à 56K€ (contre 29K€ chez l’ensemble de nos concitoyens). Cette médiane cache 11K€ de disparités en fonction du sexe. Il y a 3,1% de chômage parmi les ingénieurs, contre 10,1% dans la population générale. Dans l’industrie agroalimentaire, le salaire médian est à 55K€. Il dépend de plusieurs facteurs, tels que l’âge ou le lieu d’exercice. Dans ce secteur, un ingénieur gagne en moyenne 35K€ avant 30 ans, 50K€ entre 30 et 39 ans, 80K€ entre 40 et 49 ans, puis 109K€ entre 60 et 64 ans. S’il travaille en Ile de France, il percevra plus de 63K€ en moyenne brute annuelle, contre 52K€ en province. Vous pourrez approfondir ce sujet dans l’étude, qui présente par exemple, pour l’agronomie et l’agroalimentaire, un graphique indiquant le taux de chômage des ingénieurs ayant déjà travaillé en fonction de leurs salaires bruts médians en France. Elle montre par ailleurs, que les ingénieurs agro ont plus de chances de réussir à quitter la région parisienne pour la province, que leurs pairs spécialisés dans d’autres activités.

Les informations sont données de façon factuelle, sous forme de résultats statistiques. L’ouvrage ne propose pas d’hypothèses explicatives, mais sa lecture donne envie de spéculer. De nombreux thèmes sont abordés, et c’est bien présenté. Par exemple, la page 4 présente une pyramide des âges des ingénieurs très instructive, complétée par les salaires, en distinguant hommes et femmes. J’ai aussi trouvé intéressante l’évolution de la profession vers les métiers de conseil, distinguant d’ailleurs le conseil technique du conseil stratégique. Cette activité est ici bien détaillée.

L’étude est plutôt rassurante sur l’évolution de notre métier, et montre que les ingénieurs sont particulièrement prédisposés aux évolutions positives. Cela me fait penser aux interventions de Philippe Van den Bulke, relatives à la conduite du changement. Il incite à penser à l’avenir, à s’y préparer plutôt qu’à le subir. C’est très motivant. Nous devons considérer que notre métier pourrait s’exercer différemment à la fin de notre carrière.

Cette étude s’intéresse encore à de nombreux autres sujets: la notion de double diplôme, la répartition géographique des ingénieurs, leur mobilité, les raisons qui poussent à l’expatriation ou qui la freinent, les facteurs de réussite. Elle approfondit les chiffres de l’entrepreneuriat: qui sont les « non salariés »? Vous découvrirez à quel point cette catégorie regroupe des profils variés. Enfin, ce document présente la façon dont les ingénieurs partent à la retraite.

Bref, A LIRE ABSOLUMENT.