Adam, Ève et le développement durable

Osons le parallèle entre le jardin d’Eden et notre jolie planète.

Si les Chrétiens, par exemple, reconnaîtront ici une bonne application de la Parabole des Cinq Talents, qui recommande d’utiliser ses talents (en l’occurrence, ici, mes neurones), les athées trouveront dans cet article une interprétation quelque peu originale et personnelle d’un écrit ancien.

Je propose de relire temporairement l’histoire d’Adam et Ève comme une mise en garde pour la préservation de nos écosystèmes et les excès de la consommation.

Pour résumer le document original, Adam et Ève vivent dans un endroit paradisiaque: le jardin d’Eden. Celui-ci leur est confié pour le cultiver et pour le garder, à condition de ne jamais manger les fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Comme on le sait tous, ils ont fini par se laisser tenter, sur les conseils d’un serpent. Il a fait consommer un fruit défendu de cet arbre -habituellement représenté chez nous par une pomme- à Ève, laquelle l’a fait goûter à Adam. Cela a provoqué la colère divine. Ils se sont vus chassés du paradis dans lequel ils vivaient jusque-là. La punition impacte leur descendance, qui n’y est pour rien mais qui devra en subir les conséquences (cf. le principe de péché originel). C’est à partir de ce moment que les humains sont obligés de travailler pour vivre, dans un environnement qui n’est plus un paradis. En résumé.

Et si c’était une métaphore?

Considérons un instant notre Terre comme un jardin d’Eden. Elle donne tout ce qu’il faut pour vivre, si on l’exploite correctement. Puis, remplaçons le mot « fruit » par n’importe quelle ressource de notre fantastique planète. Par exemple, une vraie pomme.

Les pommes, on en produit et on en mange presque tant qu’on veut, mais que se passerait-t-il si un jour, quelqu’un mangeait la DERNIÈRE pomme de la Terre? Et abattait les derniers pommiers? Cela nous ferait une ressource en moins. Il nous faudrait fournir davantage d’efforts pour subsister avec le reste.

Maintenant, remplaçons le mot « fruit » par « pétrole ». Nous dépendons encore fortement de cette ressource. Que se passera-t-il si nous en consommons trop, avant d’avoir suffisamment développé des sources d’énergie renouvelables? Il y aura des conflits (cela existe déjà), des injustices (des « riches » qui se permettront de le gaspiller tandis que d’autres en manqueront cruellement), et nous allons devoir recourir à d’autres ressources pourraient rendre notre vie moins agréable (pollution, risques industriels, augmentation du travail physique pour certains?). Et nos descendants, bien qu’innocents, devront en subir les conséquences. Ici, aujourd’hui, le pétrole est une sorte de fruit défendu. Et ce n’est certainement pas le seul. La biodiversité, selon le même raisonnement, en est un.

De la même façon, imaginons qu’Adam et Eve aient, non pas englouti la dernière pomme, mais étudié celle-ci en long, en large, et en travers, jusqu’à devenir capables de modifier ses gènes à partir des connaissances acquises. Cela vous rappelle quelque chose? Les O.G.M., bien sûr. De la même façon que précédemment, il existe un risque d’aller trop loin, de bouleverser l’écosystème définitivement et de devoir faire vivre nos descendants dans un milieu plus hostile que le nôtre.

Ce texte rappelle donc qu’un trésor nous est confié. Nous pouvons l’exploiter pour en vivre. Nous avons une grande liberté, et peu de garde-fous hormis notre intelligence humaine. Nous avons la responsabilité d’adopter un comportement approprié, sans quoi, nous et notre descendance devrons en payer les conséquences. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas croquer de pommes, ni rien consommer, ni éviter de développer des connaissances. Cela interpelle simplement notre éthique, en reliant notre liberté et le monde dans lequel nous vivons.

Pour les théologiens, bien sûr, cette interprétation est un petit jeu de l’esprit dans un sujet de réflexion éminemment plus vaste. Par exemple, on pourrait disserter longuement sur ce qu’est « l’arbre de la connaissance ». Et ils vous donneront des interprétations aussi variées que leurs convictions. Je compte sur vous, chers lecteurs, pour respecter celles de chacun dans vos éventuels commentaires.

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Faut-il arrêter de boire du thé et du café?

Que boire en journée lorsque l’on veut adopter une attitude responsable? La logique voudrait que je vous réponde: « de l’eau du robinet, pardi!« . L’eau, c’est la seule boisson indispensable à notre alimentation. Et en France, celle du robinet est a priori de meilleure qualité que dans de nombreux pays.

Oui mais. Pour ponctuer une journée de travail, des moments conviviaux, se réconforter après un effort, préparer sa nuit, et pour le plaisir, on a parfois envie d’autre chose. Il est d’usage courant, en France, de boire du thé ou du café. Consommer responsable peut devenir un vrai casse-tête.

Défrichons.

  • Le café

Vous allez vite comprendre pourquoi ce produit constitue un enjeu important.

Presque dix millions de tonnes par an de café sont produits chaque année, et ce volume continue à croître. Il vient principalement d’Amérique Latine (en particulier du Brésil), d’Asie (Viet Nam, Indonésie) et un peu d’Afrique (Ethiopie). Sa production fait vivre vingt-cinq millions de personnes, surtout des petits producteurs. Par contre, son importation, sa transformation, sa distribution alimentent plus de cent millions d’individus.

Si le café est produit dans les pays du « Sud », il est consommé pour plus des deux tiers dans les pays du « Nord », en particulier aux Etats-Unis et en Europe. Boire un café en France signifie consommer un produit d’importation. Les kilomètres parcourus représentent un impact écologique significatif.

Par ailleurs, ce produit fait l’objet d’un oligopole: près de la moitié de la production mondiale est achetée par Kraft, Sarah Lee, Nestlé, Procter & Gamble. De plus, les cultures sont difficiles à ajuster en fonction de l’offre et de la demande, ce qui prédispose le marché à des périodes de surproduction et de pénuries. De ce fait, les petits producteurs sont potentiellement menacés. En outre, la culture du café autorise de moins en moins de biodiversité et peut exposer ses ouvriers à des traitements chimiques dangereux.

  • Le thé

Notre petite planète bleue en produit plus de cinq millions de tonnes par an. Cette production est encore en augmentation. Actuellement, il vient principalement de Chine, d’Inde, du Kenya, du Sri Lanka, de Turquie qui fournissent les trois-quarts de la production mondiale. Comme pour le café, il n’est généralement pas consommé là où il est produit: en Europe, au Japon, aux Etats-Unis. La Russie, le Pakistan en importent massivement. Pour la petite histoire, le Maroc est le premier importateur de thé vert chinois. Bref, c’est une culture qui voyage.

On reproche à cette filière d’exploiter ses travailleurs dans des conditions peu enviables, de les exposer aux pesticides tels que le D.D.T. ou au plomb. Ces éléments indésirables pourraient d’ailleurs se retrouver dans le produit fini. Les pratiques agricoles seraient de plus en plus dirigées vers les monocultures, entraînant une érosion des sols, altérant la biodiversité locale, remplaçant progressivement la forêt tropicale par des plantations. Et comme pour le café, le marché est détenu par un faible nombre de multinationales. Les étapes de production sont réservées aux lieux de culture, tandis que les étapes plus lucratives que sont le mélange, l’emballage, la distribution et la publicité sont plutôt l’apanage des pays consommateurs, représentant entre un tiers et la moitié du prix du produit au détail.

Faut-il pour autant se priver de ces produits? Pas forcément.

En effet, une réduction massive de ces consommations pourrait fragiliser les économies locales et les écosystèmes des lieux de production primaire. En revanche, vous pouvez vous poser des questions responsables, dont les réponses vous appartiennent:

  • Le café ou le thé que vous vous apprêtez à prendre est-il indispensable? Est-ce un plaisir ou juste une routine? Quels sont les consommations dont vous avez vraiment besoin?
  • A partir de quelle eau allez-vous le préparer? Ici et aujourd’hui, est-il nécessaire d’utiliser de l’eau en bouteille?
  • Avez-vous la liberté de choisir un achat volumineux ou des portions individuelles (dosettes, sachets)? Si oui, pensez-vous à la première de ces deux options?
  • Pouvez-vous choisir un produit issu d’une filière responsable? En effet, il est possible de se tourner vers le Commerce Equitable. Ce dernier prévoit un préfinancement des récoltes, garantit l’achat du café à prix constant sur plusieurs années quels que soient les cours mondiaux, et un financement de programmes alimentaires, de santé ou d’éducation dans les pays producteurs. Vous pouvez aussi choisir des produits BIO, méthode de production plus responsable. Notez qu’il existe des produits à la fois bio et équitable. De grandes entreprises telles que Lipton (Unilever) se tournent vers les récoltes issues de plantations certifiées par l’ONG Rainforest Alliance, qui impose des exigences sociales et environnementales. La position de force des multinationales est certes parfois inquiétante, mais peut aussi s’avérer utile. Lorsqu’elles se mettent à exiger des conditions, elles ont un réel poids pour les faire respecter. Elles ont une immense responsabilité en matière de développement durable. De même, des pays comme l’Inde ont développé des programmes responsables à l’instar de Trustea.
  • Allez-vous consommer votre boisson avec du sucre, du lait, un creamer (portion individuelle de crème)? Est-ce bien nécessaire? Si cela représente un réel besoin pour vous, comment allez-vous choisir ces produits d’accompagnement: en dosettes individuelles ou en plus gros volumes?
  • Pouvez-vous réduire les consommables de type touillettes ou gobelets en plastique, par exemple en utilisant votre propre vaisselle?
  • Vos déchets peuvent-ils être recyclés? Respectez-vous les consignes éventuelles de tri sélectif?

Enfin, il existe des alternatives:

  • Vous pouvez par exemple opter pour la chicorée, succédané du café. Elle est produite notamment dans le nord de la France: vous soutenez ainsi un approvisionnement local. Son goût reste cependant bien différent de celui du café: vous ne pourrez en servir qu’aux palais qui l’apprécient. Elle a entre autres pour avantage d’être dépourvue de caféine.
  • Des infusions peuvent remplacer la consommation de thé. Elles sont issues de plantes traditionnellement produites plus près de chez nous, auxquelles on prête souvent de nombreuses vertus.

D’ailleurs, chers internautes, aimeriez-vous compléter cet article avec quelques bons conseils de consommation responsable?

Rédigé à partir notamment de « Un régime pour la planète » (M. Balmain et E. Laville)

Pâte à tartiner: passez au niveau supérieur

Qu’est-ce que j’appelle une pâte à tartiner de niveau supérieur ? Celle qui déchire. Celle qui préservera la Terre, vos artères, vos fesses et qui régalera vos papilles. Impossible, me direz-vous?

Pour la petite anecdote, il y a quelques années, lors d’une réunion d’Ingénieurs Sans Frontières, je me rappelle avoir totalement fondu. Sur un comptoir, était proposé un large choix de produits responsables, locaux, alternatifs, etc. Fervente amatrice de Nutella, j’ai naturellement tartiné mon pain avec ce qui y ressemblait le plus. Sans réfléchir, sans y prêter attention, en parlant d’autre chose. Et là, je suis tombée raide.

Le Nutella est délicieux. Il a un goût inoubliable. Il est financièrement accessible pour la plupart des français. Mais il est très addictif: quand on commence, on a du mal à s’arrêter. On en veut toujours une tartine de plus. Alors que la pâte à tartiner que je venais de goûter, elle était carrément envoûtante. Son goût vous imprégnait immédiatement et entièrement. Une cuiller suffisait pour satisfaire l’envie. Je ne sais pas exactement quelles molécules sont allées se mettre sur quelles synapses, mais c’était les bonnes. Il m’a fallu assez longtemps ensuite pour retrouver en supermarché un produit similaire à celui que j’avais goûté. Ne cherchez pas, je ne vous en dirai pas la marque. En effet, plusieurs concurrents se disputent le marché. De plus, j’ai remarqués que certains de mes lecteurs consultaient ce site depuis l’étranger, dont je ne connais pas exactement l’offre alimentaire. Par contre, je vais vous expliquer comment choisir une BONNE pâte à tartiner.

Jusqu’ici, je classais le Nutella comme un « produit plaisir », dans la catégorie: « oui mais pas tous les jours« . C’est toujours mon avis. En revanche, la pâte à tartiner que je recommande, on peut en consommer un peu chaque jour.

Commençons par la liste des ingrédients. Celle du Nutella: sucre, huile de palme, noisettes 13%, cacao maigre 7,4%, lait écrémé en poudre 6,6%, lactosérum en poudre, émulsifiants : lécithines [SOJA], vanilline. Celle de ma pâte à tartiner: sucre de canne brut bio, huile de tournesol bio, poudre de cacao maigre bio 30%, lécithines (soja), extrait de vanille Bourbon bio.

Le sucre, indiqué en premier dans les deux cas, est donc l’ingrédient majoritaire. Dans le premier cas, il s’agit de sucre raffiné, qui perd donc certaines de ses propriétés nutritionnelles (minéraux et vitamines). FERRERO, le fabriquant de Nutella, dit utiliser du sucre proche du lieu de production, ce qui représenterait 75% de sucre de betterave et 25% de sucre de canne raffiné. D’un point de vue développement durable, il est intéressant de recourir une matière première de proximité. De plus, le sucre de canne, est acheté à des filières de production responsables (Bonsucro). En revanche, ma pâte à tartiner utilise un sucre de canne brut. C’est un produit moins transformé, qui a donc un peu mieux préservé ses propriétés nutritionnelles, et qui n’a été que légèrement chauffé, ce qui limite le développement de composés suspectés d’être cancérigènes (acrylamide).

L’huile de palme est un ingrédient actuellement très décrié, pour ses impacts négatifs en termes de développement durable et de santé. Concernant le développement durable: la culture du palmier à huile est accusée d’être responsable, notamment, de la destruction des plus vieilles forêts du monde et de la biodiversité correspondante. Cependant, FERRERO a engagé un effort significatif, recourant à une filière de production responsable certifiée RSPO. Concernant la santé: cela reste un ingrédient riche en acides gras saturés, donc susceptible de favoriser les problèmes cardio-vasculaires. A l’inverse, ma pâte à tartiner est confectionnée à base d’huile de tournesol bio.

Le cacao ne représente que 7,4% dans le Nutella, contre 30% dans son équivalent du rayon diététique. Cela peut-il expliquer en partie son goût si développé? Enfin, les ingrédients de ma pâte à tartiner sont indiqués comme BIO.

Enfin, de nombreux consommateurs actuels essaient de s’alimenter sans lait et sans produits laitiers. Pour eux, cela exclut le Nutella tandis que l’autre pâte à tartiner est consommable.

A propos des valeurs nutritionnelles, Nutella indique 546 KCal pour 100g, contre 554 pour mon produit. Ceci se décompose en 31,6% d’acides gras dont 11 d’acides gras saturés (contre respectivement 38 et 6% dans l’autre pâte à tartiner), 57,6% de glucides dont 56,8 de sucres rapides (contre respectivement 41,4 et 35,7), puis 6 g de protéines (contre 7g chez le concurrent). Mon produit vente en outre 9,4 g de fibres tandis que Nutella ne communique pas sur ce point. En résumé, la pâte à tartiner que j’aime représente une valeur calorique et un taux de protéines à peu près équivalents au Nutella, un peu plus de graisses mais plus d’acides gras insaturés, meilleurs pour la santé, et moins de glucides en particulier pour les sucres rapides.

Ensuite, il y a un phénomène intéressant que je citais plus haut: impossible de faire une descente sur la pâte à tartiner que j’aime. Une cuiller me rassasie, tandis que le Nutella ne me fait pas DU TOUT le même effet. Cela compense la différence de coût: au moment où j’écris, elle est de 3,68€/Kg entre les deux produits en France métropolitaine, le Nutella étant le moins cher. Enfin, étrangement, je trouve que le goût de ma pâte à tartiner est plutôt bien mis en valeur sur des tartines au sarrasin. Ceci relève bien sûr de préférences personnelles.

Bref, bien que je salue avec enthousiasme les efforts de FERRERO pour produire du Nutella plus responsable, je suis devenue adepte de l’autre produit: sans lait, sans huile de palme, avec du sucre brut et davantage de cacao.

Et vous?

30 repères pour manger responsable

Manger responsable, est-ce possible? OUI, répondent Elisabeth Laville et Marie Balmain. Celles-ci ont co-écrit un livre à ce propos, intitulé Un régime pour la planète. Je précise que ceci n’est pas un article sponsorisé et qu’il ne contient pas de lien sponsorisé. J’ai aimé cet ouvrage, alors je le recommande.

Alors même que l’alimentation représenterait plus d’un tiers de notre impact écologique, il est parfois difficile de savoir par où commencer pour consommer plus responsable. Ce livre a vocation à vous permettre d’entamer la démarche, en présentant 30 pistes d’actions. La notion de « responsable » est ici abordée correctement, englobant à la fois le développement social, environnemental et économique.

Vous découvrirez ici comment mieux choisir vos aliments tels que le sucre, les œufs, le poisson, certains fruits et légumes, les viandes, les crevettes, etc. Un chapitre entier est également dédié au choix des boissons: bière, vins, jus de fruits, eaux, café, … Au-delà du zoom par type de produit, sont abordées des thématiques transversales: impact des transports, des modes de production, de certains labels à l’instar de ceux du Commerce Equitable. L’ouvrage donne des pistes pour encourager notamment la préservation de la biodiversité. Enfin, il préconise des habitudes responsables: préparer les justes quantités pour limiter le gaspillage, optimiser ses courses…

J’ai particulièrement aimé: le ton positif du discours, et sa ponctuation fréquente par des données chiffrées. Les chapitres sont tous conçus sur le même modèle: une introduction, puis des paragraphes intitulés: « Le saviez-vous?« , « Bonnes nouvelles! » et « Ce que vous pouvez faire« . Il relie en quelques pages l’abstrait au concret. D’ailleurs, l’ensemble de l’ouvrage ne dépasse pas les 250 pages, ce qui permet de le lire rapidement. La structure des chapitres permet de le lire dans le désordre, en commençant par les sujets qui nous attirent le plus. Inutile d’être un grand spécialiste pour le lire: il est accessible au grand public. Et motivant! Cerise sur le gâteau: le livre est imprimé sur papier FSC mais pour un usage encore plus responsable, n’hésitez pas à demander à votre bibliothèque municipale si elle peut se le procurer.

Ce qu’il manque aujourd’hui, à mon sens, c’est une actualisation et un étoffage de ce travail. Il a été publié en 2007, donc les données chiffrées pourraient aujourd’hui être mises à jour. J’aimerais que les aliments abordés soient beaucoup plus nombreux et plus détaillés, de même que leur mode d’achat, de préparation et de consommation. Par exemple, le chapitre dédié à l’huile de palme fait état de son triste impact en matière de développement durable. Il recommande d’en consommer le moins possible, mais aussi, je cite, d' »utiliser votre pouvoir de consommateur pour encourager la transition vers des systèmes de production d’huile de palme minimisant les impacts négatifs sur l’environnement et les personnes« . Or, WWF a récemment initié un système de certification d’une huile de palme responsable, nommé RSPO. Il fut accompagné de fondateurs tels que l’entreprise Unilever. Depuis 2014, l’Indonésie a également créé sa propre certification: ISPO. Enfin, il existe aussi des modes de production bio pour ce produit. Des entreprises comme Carrefour ou Nestlé se sont engagées à utiliser de l’huile de palme responsable. Lorsque de si grands groupes s’y mettent, ils ont un impact significatif sur la filière. Qu’en penseraient E. Laville et M. Balmain si elles devaient à nouveau écrire sur ce sujet? Cette réflexion pourrait être menée pour de nombreux autres produits et thèmes transversaux en rapport avec l’alimentation.

A propos des auteurs, ces deux personnes ont fondé ensemble Utopies et Graines de changement, qui fournissent du conseil en développement durable (R.S.E. ou R.S.O.) à l’attention des entreprises -telles que le Groupe Accor– aussi bien que de l’ensemble de nos concitoyens, par exemple à travers le très intéressant site mescoursespourlaplanete.com. Vous constaterez sur Amazon qu’elles ont co-signé plusieurs ouvrages. Elles ont des liens avec de grandes entreprises: par exemple, Marie Balmain est à ce jour Directrice R.S.E. (Responsabilité Sociétale des Entreprises) pour Pierre et Vacances, et Elisabeth Laville siège notamment au conseil d’administration de Nature et Découvertes. Vous pouvez découvrir ici un de ses discours.

Et vous, quelles sont les principales questions que vous vous posez sur les liens entre l’alimentation et le développement durable?

Grande distribution: une idée écolo que vos clients adoreraient

Ca y est. Nous sommes passés au niveau 2 de la consommation. Depuis les naissances de nos enfants, mon mari et moi sommes convertis aux courses en ligne pour nos consommations courantes.

Les stratégies marketing ont bien fonctionné

Lors de ma première grossesse, nous avons découvert que les livraisons étaient gratuites pour les femmes enceintes. Puis, elles le sont restées parce que nous avons exploité les offres permettant d’économiser ce coût. Aujourd’hui, on ne peut plus s’en passer. La présentation sur le site internet permet d’identifier plus facilement les produits les moins chers que dans un rayon physique. On ne se déplace plus pour acheter. Exit les achats d’impulsion. Bonjour les économies. Adieu la foule du samedi, la queue en caisse. Bonjour la liberté gagnée. On peut même sauvegarder ses listes de courses pour ne pas avoir à rechercher à nouveau les produits à chaque commande. C’est génial.

Les avantages de ce système en matière de développement durable

  • Le coût écologique du déplacement est amélioré. Comparez: vingt clients qui se déplacent individuellement en voiture pour faire leurs courses plus ou moins loin de chez eux, et sans remplir complètement leur coffre, versus un camion rempli à ras bord qui fait une tournée optimisant le kilométrage, cela économise un sacré carburant ou une bonne dose d’électricité, en cas de véhicule électrique. Bon, j’avoue, cet argument n’est pas valable pour ceux qui se rendent au supermarché à pied ou en transport en commun.
  • Il y a moyen de grouper les commandes alimentaires et non alimentaires pour constituer un volume significatif qui justifie la livraison. J’avoue tout de même que je serais parfois preneuse d’une offre en ligne encore plus variée. Ce que l’on trouve en hypermarché est actuellement plus diversifié que ce qui est proposé en ligne.
  • Même pour certains petits volumes de commande, la livraison peut être écologique. Par exemple, lorsqu’on livre le même jour dix célibataires d’une même rue ou le couple isolé à proximité d’une famille nombreuse. Il y a peut-être un marketing spécifique à développer pour les « petits » foyers à proximité des « gros ».
  • La livraison à domicile squizze TOUTE l’étape du supermarché. Pas d’effort de présentation de produits sur des rayons. Pas de supports physiques de publicité. Pas de caisses. Pas de personnel nombreux se déplaçant chaque jour pour entretenir correctement l’exploitation. Pas de rayons réfrigérés par petits volumes, dont on ouvre les portes constamment. Tout est stocké dans des entrepôts, si besoin réfrigérés, et sera livré directement chez le consommateur. La communication se limite à internet. Alors bien sûr, cela a un impact social pour lequel il faudra trouver des solutions: si les supermarchés physiques perdent du chiffre d’affaire par rapport aux livraisons, alors ce sont autant d’emplois qui sont supprimés ou modifiés, et un paysage géographique ou économique local qui peut changer. C’est ici que l’on voit à quel point les trois composantes du développement durable -sociale, environnementale et écologique- sont imbriquées. Cependant, je continue à croire que ce système est prometteur y compris en matière de responsabilité sociétale.

Ce qu’il manque actuellement…

Il y a un avantage de ce système que je ne trouve aujourd’hui qu’en magasin: la gestion des emballages et conditionnements. Depuis quelques années, la grande distribution « responsable » type Biocoop s’est tournée vers l’offre de produits en vrac. Elle a été suivie par les plus grandes enseignes. Le principe, c’est que le consommateur peut acheter exactement la quantité dont il a besoin, qu’il verse dans un contenant standard et neutre, souvent plus écologique (sans publicité, sans effort marketing, recyclable, rechargeable, …). CETTE OFFRE N’EXISTE PAS POUR LA LIVRAISON A DOMICILE.

Pourtant, les livreurs remplissent leurs camions et les ramènent vides aux entrepôts. La moitié (retour) du trajet pourrait donc être utilisée. Ce que j’aimerais, c’est pouvoir acheter les quantités de mon choix pour toutes sortes de matières premières qui s’y prêtent, et rendre au livreur les emballages vides. Au fournisseur ensuite de les récupérer, les traiter si besoin, et les réutiliser. Accessoirement, je préfèrerais qu’on me fasse payer seulement ce traitement plutôt que la conception et la fabrication de nouveaux conditionnements et emballages pour tous les produits. De plus, ce traitement serait nécessairement à faire dans notre pays, voire à proximité des lieux de livraison les plus importants. On encouragerait ici une économie locale et on réduirait les coûts écologiques du transport d’emballages, par rapport à une fabrication industrielle importée. Par exemple, celui qui consomme 30g de Corn Flakes chaque matin, soit 22 boîtes de 500g à l’année, consomme actuellement 5Kg de carton par an. Une belle marge d’action, non?

Ce serait une bonne initiative en rapport avec les stratégies développement durable de différents groupes.

Professionnels de la grande distribution, qu’en pensez-vous? Travaillez-vous déjà sur ce sujet?

Le mystérieux avenir de notre Méditerranée

J’attire aujourd’hui votre attention sur la synthèse européenne Croissance bleue: la Méditerranée face au défi du bon état écologique, publiée par WWF et relative à l’année 2015 (document disponible intégralement et gratuit).

Le contexte:

En 2007, la Commission Européenne a mis en place un Livre Bleu ayant pour but de proposer une Politique Maritime Intégrée (P.M.I.) à l’échelle européenne. Elle dispose d’une Directive-Cadre Stratégie pour le Milieu Marin (D.C.S.M.M.) depuis 2008, fixant pour but un Bon Etat Ecologique dans toutes les eaux marines européennes pour 2020. Cinq secteurs sont particulièrement visés pour soutenir une croissance durable: aquaculture, tourisme côtier (dont croisière et plaisance), biotechnologies marines, énergie marine et exploitation minière des fonds marins.

En résumé

Nous assistons de nos jours à un fort développement économique de la zone: plus d’échanges commerciaux, augmentation de la classe moyenne et donc du tourisme méditerranéen, de plus en plus de contrats hydrocarbures offshore, … Vraisemblablement, tous ces secteurs, hormis la pêche professionnelle, se développeront encore ces quinze prochaines années. On craint notamment des conflits d’utilisation de l’espace, et une pression de différents secteurs sur l’écosystème marin, au risque d’altérer les stocks halieutiques et les écosystèmes correspondants. On estime, je cite, que « les conditions pour atteindre le Bon Etat Ecologique en mer d’ici 2020 ne seront pas réunies pour 7 des 11 descripteurs de la D.C.S.M.M. ». Ce rapport insiste fortement sur la nécessité de prévention ou la réduction des impacts environnementaux et la mise en oeuvre d’un usage durable de l’environnement marin. Il soulève aussi qu’il manque « des lignes directrices sur ce qu’est une croissance bleue durable dans la pratique ».

Prochains évènements

On attend pour le 18 septembre 2016 au plus tard que tous les Etats Membres aient transposé une directive du 23/07/2014 établissant un cadre pour la planification de l’espace maritime. Les acteurs doivent en effet se mettre d’accord sur de nombreux sujets, tels que les objectifs que l’on se donne en Europe pour mettre en place une économie circulaire, la transition vers les énergies renouvelables, le soutien à la pêche responsable et durable, l’application du principe de précaution, les conditions à réunir avant tout développement d’activité offshore, ou encore la conciliation entre le trafic maritime et les autres parties prenantes. Autant de thèmes cruciaux pour l’avenir de notre Méditerranée.

Affaire à suivre…