« Plus on est gros, plus on est bête. »

Vous croyez avoir mal lu? Non. C’est mot pour mot une phrase extraite d’une conversation de jeunes gens, diplômés d’une école prestigieuse (pas en rapport avec l’alimentation ni la médecine, heureusement). Quelqu’un a même ajouté: « surtout les femmes » (!). Comme quoi, on peut être sélectionné pour ses capacités tout en restant ignare sur certains sujets. On peut se moquer de cette réflexion, mais elle me semble suffisamment dangereuse pour mériter d’en parler. Voici donc quelques « quick wins » pour étayer les éventuels débats sur ce sujet.

La corpulence a tendance à refléter le niveau social

D’après l’INSEE (voir ici et résumé ici): « La corpulence augmente avec l’âge et diminue avec le niveau d’études, et les variations sont beaucoup plus importantes pour les femmes. Elle diminue avec le revenu pour les femmes, mais augmente pour les hommes. Le sous-poids est essentiellement féminin tandis que le surpoids est une situation plutôt masculine. Enfin, les femmes sont dans l’ensemble moins corpulentes que les hommes, mais elles sont plus nombreuses dans les cas d’obésité les plus sévères. »

Ce serait valable aussi chez les enfants où « Le risque de surpoids, mais surtout d’obésité, est d’autant plus fort que le niveau d’études des parents est faible« .

Les raisons? Nous en parlerons certainement dans un autre article.

Le niveau social reflète-t-il l’intelligence?

Je vais citer ici un blog intéressant, Les tribulations d’un petit zèbre: « Il y a statistiquement les mêmes proportions d’enfants (T)HQI [N.D.L.R.: « (T)HQI » = (Très) Haut Quotient Intellectuel] dans tous les milieux, dans toutes les ethnies, dans toutes les cultures, tous les pays, à savoir un peu plus de 2%. Idem pour le ratio filles / garçons qui est identique !
Il est par contre plus facile de détecter un EIP [N.D.L.R.: « EIP » = Enfant Intellectuellement Précoce] dans une famille qui sera attentive au bien-être de l’enfant &/ou qui aura les moyens financiers de faire pratiquer un bilan (de même que dans les pays les plus pauvres, on peut comprendre que la priorité des familles ne soit pas à l’identification des enfants HPI) » [N.D.L.R.: « HPI » = Haut Potentiel Intellectuel].

Donc, il y aurait autant d’enfants particulièrement intelligents chez les « riches » que chez les « pauvres » mais plus de « gros » chez les « pauvres » (je mets des guillemets car la notion de richesse ou de pauvreté est ici un raccourci grossier). Puis, en grandissant, cela se complique. Aujourd’hui, on estime que la réussite scolaire est plus difficile pour les enfants de parents peu diplômés que pour les autres. Or, l’ascenseur social en dépend fortement. Par exemple, si vous êtes un enfant surdoué dans un milieu modeste, vous avez davantage de risques de quitter le système scolaire prématurément que si vous vivez dans un milieu plus confortable, comme le résume si bien l’article de Mme Adda ici. Ajoutons que si vous êtes un enfant surdoué issu d’un milieu peu aisé, vous risquez d’être un jour en surpoids (pour une femme) ou en sous-poids (pour un homme) et donc exposé aux discriminations entravant l’ascension sociale. Il ne s’agirait que d’un risque, pas d’un déterminisme.

S’il faut de réelles capacités pour faire de bonnes études, l’inverse n’est pas toujours vrai. Une personne (sur)douée peut n’avoir pas pu faire d’études et en particulier dans les filières valorisantes, pour de multiples raisons: difficulté à envisager, choisir et se faire sélectionner par les bonnes filières, nécessité de stopper prématurément les études au profit d’un travail immédiat, etc. Ainsi, elle a plus de chances d’appartenir à une catégorie socio-professionnelle plus « basse », et donc à en adopter les caractéristiques, le mode de vie et… L’apparence.

Le surpoids et l’obésité sont multifactoriels

Les préjugés et les sur-simplifications sont encore monnaie courante.

On croit encore trop souvent qu’une personne est en surpoids ou obèse seulement « parce qu’elle mange trop ». Parfois, c’est le cas, parfois, non. Et lorsque ça l’est, on oublie de se demander pourquoi l’individu mange trop. Est-ce uniquement par manque de connaissances diététiques, ou de volonté? Quant aux individus trop maigres, on croit parfois qu’il leur suffit de « faire un effort pour manger plus » pour grossir, alors que ce n’est pas toujours si facile.

On sait aujourd’hui que le manque de sommeil augmente les risques d’obésité (voir ici), à la fois parce qu’il perturbe le métabolisme et parce qu’il pousse à manger, trop et mal. Même combat avec le stress et toutes sortes de causes psychologiques (voir notamment ici et ici).

La science, depuis quelques années, met en évidence et suspecte encore de nombreuses autres causes de surpoids ou d’obésité: l’environnement -dont les perturbateurs endocriniens-, les médicaments, l’hérédité, différentes maladies, … Parmi ces causes, certaines peuvent être traitées et d’autres sont plus difficiles à gérer.

Bref, sortez une personne de sa vie habituelle et plongez-la durablement dans un milieu plus/moins difficile, plus/moins stressant, plus/moins valorisant, où l’on manque/ne manque plus de sommeil, où l’offre alimentaire ou celle des conseils et des soins est différente, soumettez-la à certains médicaments ou libérez-la de ceux-ci et… Sa silhouette risque fort de changer.

Soyons clairs: on peut mener une vie tout à fait épanouissante, équilibrée, saine et valorisante sans appartenir aux catégories sociales les plus élevées ou être mince, de même que l’on peut être un cadre haut placé et très exposé au stress, au manque de sommeil (pensez par exemple au décalage horaire pour les gens qui voyagent beaucoup), aux maladies et médicaments, aux problèmes psychologiques, etc. C’est certainement une question à la fois de chance, d’approche personnelle et de « bonne gestion de vie« . Je rappelle aussi qu’il n’existe pas deux, mais une multitude de catégories sociales.

Avant de passer au paragraphe suivant, puis-je me permettre un peu d’ironie? Je vous ai déniché ici une photo d’anciens élèves de Harvard. Regardez bien: vous les trouvez tous minces?

L’expression de l’intelligence est soumise à de nombreux facteurs

En mars 2014, l’article de Pour la Science intitulé Le handicap des enfants abandonnés décrivait le drame vécu à l’époque de Ceausescu en Roumanie. La politique et l’économie de l’époque ont généré de nombreux orphelins, accueillis dans des établissements démunis et lugubres. Cet article montrait que dans ces conditions, le développement intellectuel des enfants était littéralement étouffé. Lorsqu’ils étaient adoptés avant l’âge de deux ans, leur retard était rattrapé et leur intelligence était similaire à celle du reste de la population. Après cet âge, faute d’un environnement propice, les facultés mentales étaient définitivement altérées.

Ainsi, le développement de l’intelligence se ferait d’autant mieux que l’individu se positionne haut dans la pyramide de Maslow. Ensuite, vous avez certainement remarqué qu’elle s’épanouit plus volontiers dans un contexte qui lui est propice, plutôt que dans un climat d’insécurité, de violence, de faim, etc.

Que disent les statistiques?

Difficile de trouver des chiffres. J’ai déniché cette étude (ici) qui relève que les surdoués seraient un peu plus enrobés que la moyenne. Il en existe d’autres qui soulèvent que les surdoués seraient davantage exposés au stress, à l’anxiété, aux problèmes relationnels, à l’exclusion sociale (encore du stress). Or, comme dit plus haut, ces facteurs pourraient être à l’origine d’une variation de poids. Je n’ai donc pas trouvé d’étude sérieuse qui relie strictement la corpulence et l’intelligence.

Chers lecteurs, n’hésitez pas à en citer dans les commentaires. Je suis personnellement en train de lire Sociologie de l’Obésité, de J.-P. Poulain. C’est fort intéressant, je vous en ferai un résumé prochainement. Je recommande également le site de l’Observatoire des Inégalités, très parlant.

Conclusion

Vous pouvez avoir l’impression de voir davantage de personnes minces chez celles qui vous semblent intelligentes, parce qu’un Q.I. élevé prédispose à de bonnes études (encore que… Un Q.I. particulièrement élevé peut aussi handicaper les études) et donc à l’appartenance à un milieu aisé, lequel favorise la minceur chez les femmes… Mais la prise de poids des hommes. Ce phénomène masculin pourrait d’ailleurs être en train de changer.

Cette impression est donc à considérer avec BEAUCOUP de précautions. Il semble exister suffisamment de cas particuliers pour qu’il soit dangereux d’en faire une généralité.

Bref, on dirait bien que le petit prince de Saint-Exupéry avait raison: « l’essentiel est invisible pour les yeux« …

 

 

 

 

 

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