Découvrez ce que les français pensent de leur chaîne alimentaire

Comment les résultats des Etats Généraux de l’Alimentation conditionneront-ils l’avenir?

Souvenez-vous. Les Etats Généraux de l’Alimentation (EGA) conduisent depuis cet été une réflexion participative sur le thème de l’alimentation, de la fourche à la fourchette. Quatorze ateliers thématiques ont été menés dans le cadre de deux chantiers: la création et la répartition de la valeur, et une alimentation sûre, saine, durable et accessible à tous. Pour les alimenter (sans vouloir faire de jeu de mots), une consultation publique s’est déroulée du 20 juillet au 10 novembre 2017 sur dix sujets phares.

Chacun d’entre eux est abordé sous trois angles: le problème, les causes, les solutions. La participation fut gratuite et ouverte à tous: il suffisait de se créer un compte (y compris sous pseudonyme), puis de voter pour les causes et solutions déjà suggérés ou d’en proposer de nouveaux sous forme de contribution. La présentation permet de visualiser les votes en faveur et en défaveur des propositions émises. Elle mentionne aussi les pseudos de leurs auteurs. C’est ainsi que l’on découvre, en plus des contributions individuelles, une proportion significative de participation de professionnels (UFC Que Choisir, Confédération Paysanne, l’ANIA…). Il y a ainsi eu plus de 17000 contributions, 163000 votes et près de 1800 solutions proposées. Cela semble beaucoup, mais cette participation est à mettre en perspective: nous sommes tout de même plus de soixante millions de français.

En guise de préambule, voici d’ores et déjà un aperçu des participations:

Consultation Nombre de contributions Nombre de votes Nombre de solutions proposées
Comment rémunérer plus équitablement les producteurs ? 3549 33565 310
Comment mieux intégrer la réalité des coûts de production ? 955 8114 101
Comment accompagner la transformation de notre agriculture ? 4100 42772 378
Comment mieux informer les consommateurs ? 2000 18792 214
Comment renforcer la sécurité sanitaire de l’alimentation ? 1748 19512 155
Comment favoriser l’accès du plus grand nombre à une alimentation suffisante et saine ? 1024 7572 183
Comment soutenir des modes de consommation plus responsables ? 2240 21462 220
Comment valoriser le modèle alimentaire français ? 559 4679 96
Comment accompagner la stratégie d’internationalisation de nos entreprises dans le respect des enjeux environnementaux, sociétaux et sanitaires ? 420 3686 72
Comment renforcer la politique française de coopération et d’aide au développement en matière d’alimentation ? 418 3334 60

Comme vous le voyez, certains thèmes furent particulièrement populaires: comment rémunérer plus équitablement les producteurs? Comment accompagner la transformation de notre agriculture? Comment soutenir des modes de consommation plus responsables? Ils récoltent à eux trois plus de la moitié des contributions, votes et solutions proposées. S’agit-il de sujets préoccupant davantage les français, ou de ceux qui font l’objet de davantage de désaccords?

La synthèse détaillée des résultats, disponible sur le site www.egalimentation.gouv.fr à partir du 15 décembre 2017, devrait être instructive et décisive. En effet, l’Etat a clairement annoncé que ces résultats serviront à définir une feuille de route nationale.

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« Plus on est gros, plus on est bête. »

Vous croyez avoir mal lu? Non. C’est mot pour mot une phrase extraite d’une conversation de jeunes gens, diplômés d’une école prestigieuse (pas en rapport avec l’alimentation ni la médecine, heureusement). Quelqu’un a même ajouté: « surtout les femmes » (!). Comme quoi, on peut être sélectionné pour ses capacités tout en restant ignare sur certains sujets. On peut se moquer de cette réflexion, mais elle me semble suffisamment dangereuse pour mériter d’en parler. Voici donc quelques « quick wins » pour étayer les éventuels débats sur ce sujet.

La corpulence a tendance à refléter le niveau social

D’après l’INSEE (voir ici et résumé ici): « La corpulence augmente avec l’âge et diminue avec le niveau d’études, et les variations sont beaucoup plus importantes pour les femmes. Elle diminue avec le revenu pour les femmes, mais augmente pour les hommes. Le sous-poids est essentiellement féminin tandis que le surpoids est une situation plutôt masculine. Enfin, les femmes sont dans l’ensemble moins corpulentes que les hommes, mais elles sont plus nombreuses dans les cas d’obésité les plus sévères. »

Ce serait valable aussi chez les enfants où « Le risque de surpoids, mais surtout d’obésité, est d’autant plus fort que le niveau d’études des parents est faible« .

Les raisons? Nous en parlerons certainement dans un autre article.

Le niveau social reflète-t-il l’intelligence?

Je vais citer ici un blog intéressant, Les tribulations d’un petit zèbre: « Il y a statistiquement les mêmes proportions d’enfants (T)HQI [N.D.L.R.: « (T)HQI » = (Très) Haut Quotient Intellectuel] dans tous les milieux, dans toutes les ethnies, dans toutes les cultures, tous les pays, à savoir un peu plus de 2%. Idem pour le ratio filles / garçons qui est identique !
Il est par contre plus facile de détecter un EIP [N.D.L.R.: « EIP » = Enfant Intellectuellement Précoce] dans une famille qui sera attentive au bien-être de l’enfant &/ou qui aura les moyens financiers de faire pratiquer un bilan (de même que dans les pays les plus pauvres, on peut comprendre que la priorité des familles ne soit pas à l’identification des enfants HPI) » [N.D.L.R.: « HPI » = Haut Potentiel Intellectuel].

Donc, il y aurait autant d’enfants particulièrement intelligents chez les « riches » que chez les « pauvres » mais plus de « gros » chez les « pauvres » (je mets des guillemets car la notion de richesse ou de pauvreté est ici un raccourci grossier). Puis, en grandissant, cela se complique. Aujourd’hui, on estime que la réussite scolaire est plus difficile pour les enfants de parents peu diplômés que pour les autres. Or, l’ascenseur social en dépend fortement. Par exemple, si vous êtes un enfant surdoué dans un milieu modeste, vous avez davantage de risques de quitter le système scolaire prématurément que si vous vivez dans un milieu plus confortable, comme le résume si bien l’article de Mme Adda ici. Ajoutons que si vous êtes un enfant surdoué issu d’un milieu peu aisé, vous risquez d’être un jour en surpoids (pour une femme) ou en sous-poids (pour un homme) et donc exposé aux discriminations entravant l’ascension sociale. Il ne s’agirait que d’un risque, pas d’un déterminisme.

S’il faut de réelles capacités pour faire de bonnes études, l’inverse n’est pas toujours vrai. Une personne (sur)douée peut n’avoir pas pu faire d’études et en particulier dans les filières valorisantes, pour de multiples raisons: difficulté à envisager, choisir et se faire sélectionner par les bonnes filières, nécessité de stopper prématurément les études au profit d’un travail immédiat, etc. Ainsi, elle a plus de chances d’appartenir à une catégorie socio-professionnelle plus « basse », et donc à en adopter les caractéristiques, le mode de vie et… L’apparence.

Le surpoids et l’obésité sont multifactoriels

Les préjugés et les sur-simplifications sont encore monnaie courante.

On croit encore trop souvent qu’une personne est en surpoids ou obèse seulement « parce qu’elle mange trop ». Parfois, c’est le cas, parfois, non. Et lorsque ça l’est, on oublie de se demander pourquoi l’individu mange trop. Est-ce uniquement par manque de connaissances diététiques, ou de volonté? Quant aux individus trop maigres, on croit parfois qu’il leur suffit de « faire un effort pour manger plus » pour grossir, alors que ce n’est pas toujours si facile.

On sait aujourd’hui que le manque de sommeil augmente les risques d’obésité (voir ici), à la fois parce qu’il perturbe le métabolisme et parce qu’il pousse à manger, trop et mal. Même combat avec le stress et toutes sortes de causes psychologiques (voir notamment ici et ici).

La science, depuis quelques années, met en évidence et suspecte encore de nombreuses autres causes de surpoids ou d’obésité: l’environnement -dont les perturbateurs endocriniens-, les médicaments, l’hérédité, différentes maladies, … Parmi ces causes, certaines peuvent être traitées et d’autres sont plus difficiles à gérer.

Bref, sortez une personne de sa vie habituelle et plongez-la durablement dans un milieu plus/moins difficile, plus/moins stressant, plus/moins valorisant, où l’on manque/ne manque plus de sommeil, où l’offre alimentaire ou celle des conseils et des soins est différente, soumettez-la à certains médicaments ou libérez-la de ceux-ci et… Sa silhouette risque fort de changer.

Soyons clairs: on peut mener une vie tout à fait épanouissante, équilibrée, saine et valorisante sans appartenir aux catégories sociales les plus élevées ou être mince, de même que l’on peut être un cadre haut placé et très exposé au stress, au manque de sommeil (pensez par exemple au décalage horaire pour les gens qui voyagent beaucoup), aux maladies et médicaments, aux problèmes psychologiques, etc. C’est certainement une question à la fois de chance, d’approche personnelle et de « bonne gestion de vie« . Je rappelle aussi qu’il n’existe pas deux, mais une multitude de catégories sociales.

Avant de passer au paragraphe suivant, puis-je me permettre un peu d’ironie? Je vous ai déniché ici une photo d’anciens élèves de Harvard. Regardez bien: vous les trouvez tous minces?

L’expression de l’intelligence est soumise à de nombreux facteurs

En mars 2014, l’article de Pour la Science intitulé Le handicap des enfants abandonnés décrivait le drame vécu à l’époque de Ceausescu en Roumanie. La politique et l’économie de l’époque ont généré de nombreux orphelins, accueillis dans des établissements démunis et lugubres. Cet article montrait que dans ces conditions, le développement intellectuel des enfants était littéralement étouffé. Lorsqu’ils étaient adoptés avant l’âge de deux ans, leur retard était rattrapé et leur intelligence était similaire à celle du reste de la population. Après cet âge, faute d’un environnement propice, les facultés mentales étaient définitivement altérées.

Ainsi, le développement de l’intelligence se ferait d’autant mieux que l’individu se positionne haut dans la pyramide de Maslow. Ensuite, vous avez certainement remarqué qu’elle s’épanouit plus volontiers dans un contexte qui lui est propice, plutôt que dans un climat d’insécurité, de violence, de faim, etc.

Que disent les statistiques?

Difficile de trouver des chiffres. J’ai déniché cette étude (ici) qui relève que les surdoués seraient un peu plus enrobés que la moyenne. Il en existe d’autres qui soulèvent que les surdoués seraient davantage exposés au stress, à l’anxiété, aux problèmes relationnels, à l’exclusion sociale (encore du stress). Or, comme dit plus haut, ces facteurs pourraient être à l’origine d’une variation de poids. Je n’ai donc pas trouvé d’étude sérieuse qui relie strictement la corpulence et l’intelligence.

Chers lecteurs, n’hésitez pas à en citer dans les commentaires. Je suis personnellement en train de lire Sociologie de l’Obésité, de J.-P. Poulain. C’est fort intéressant, je vous en ferai un résumé prochainement. Je recommande également le site de l’Observatoire des Inégalités, très parlant.

Conclusion

Vous pouvez avoir l’impression de voir davantage de personnes minces chez celles qui vous semblent intelligentes, parce qu’un Q.I. élevé prédispose à de bonnes études (encore que… Un Q.I. particulièrement élevé peut aussi handicaper les études) et donc à l’appartenance à un milieu aisé, lequel favorise la minceur chez les femmes… Mais la prise de poids des hommes. Ce phénomène masculin pourrait d’ailleurs être en train de changer.

Cette impression est donc à considérer avec BEAUCOUP de précautions. Il semble exister suffisamment de cas particuliers pour qu’il soit dangereux d’en faire une généralité.

Bref, on dirait bien que le petit prince de Saint-Exupéry avait raison: « l’essentiel est invisible pour les yeux« …

 

 

 

 

 

« Et qui donc a jamais guéri de son enfance? »

La première fois que l’on m’a parlé de la madeleine de Proust, c’était en sixième. Nous avions une fantastique prof de français, passionnée et passionnante. Je lui dois l’apprentissage du second degré, des métaphores, l’approfondissement des jeux de mots, le plaisir de s’intéresser à notre langue et beaucoup d’autres choses encore. Elle ne nous a pas fait directement étudier d’ouvrage de Proust, mais nous a préparés à le lire via un poème de Lucie Delarue-Mardrus relatif à la douce Normandie où j’ai grandi. Il commençait ainsi: « L’odeur de mon pays était dans une pomme » (la suite ici). Il s’achevait par: « Et qui donc a jamais guéri de son enfance?« .

Moi aussi, j’ai gardé quelques pommes ou madeleines dans un coin de ma mémoire. Quand j’étais petite, ma mère a trouvé dans une tablette de Menier Pâtissier, une recette de hérisson en chocolat. Tous les ans, pour nos anniversaires -ma fratrie et moi-, elle nous en préparait un. Attention, il y avait toute une mise en scène! Nous invitions une ribambelle d’amis. Nous nous retrouvions dans la forêt Normande, dans un endroit spécial appelé Parc de la Roumare où l’on pouvait apercevoir des sangliers, cervidés et autres animaux en semi-liberté. Nous construisions une cabane de branches d’arbres et nous dégustions ce hérisson dessous. Cette recette n’est pas du tout diététique, elle est longue à préparer, on ne la conseillerait probablement plus de nos jours, mais elle donne un résultat spectaculaire pour des yeux d’enfants. C’est une sorte d’énorme brownie, avec des amandes piquées bien en rang pour symboliser les épines, et des Smarties pour les yeux et le museau. Elle nous rappelle tant de bons souvenirs qu’il nous arrive encore, des années après, de la refaire avec amusement pour quelques bonnes occasions. Je ne sais qui l’a créée, mais c’était une vraiment bonne idée marketing.

Aujourd’hui, ma recette personnelle n’indique toujours pas combien de grammes de chocolat noir il faut pour la confectionner, mais plutôt le nombre de barres de Menier Pâtissier nécessaires. Instinctivement, dans ce cas précis, j’achète donc encore ce produit précisément. Par ailleurs, devenue adulte, j’ai découvert avec intérêt son histoire. J’ai réalisé que j’avais, sans le savoir, un peu suivi sa trace.

La chocolaterie Menier existe depuis 1816. Elle produit des tablettes depuis 1856. Elle était initialement basée dans la rue Sainte Croix de la Bretonnerie, dans le Marais à Paris. J’y ai justement résidé quelques mois au début de ma vie professionnelle. Elle vendait des médicaments et remèdes à base de chocolat -attrayant, n’est-ce pas? Cependant, elle a bien vite déménagé à Noisiel, dans l’est de l’Ile de France. Elle a d’ailleurs amplement contribué au développement de cette commune. Je vous passe les détails qui sont très bien racontés par Wikipedia, mais en gros, elle fut rachetée dans les années 70 par le créateur des Smarties et de la barre Lion, puis par Nestlé. J’ai justement travaillé pour un des concurrents des Smarties (au cours d’un stage, j’ai été responsable de la prépération des sirops d’enrobage des M&M’s, groupe MARS / Masterfoods pour les intimes) puis pour Nestlé (Centre de Recherches de Lausanne). Aujourd’hui, l’entreprise Meunier n’est plus visible qu’à travers ses tablettes de chocolat pâtissier et son chocolat en poudre. Comme elle n’est connue qu’en France, Nestlé préfère mettre en avant son équivalent international, « Nestlé dessert« . Les anciens locaux de l’usine de Noisiel constituent désormais le siège de la division France du Groupe.

Ce qu’il y a de bien dans l’agroalimentaire, c’est que nous travaillons souvent sur des produits hédoniques, qui nous relient à une culture particulière, ou à de bons moments. Nous n’en avons pas l’apanage, bien sûr. De plus, j’ai un grand respect pour les autres industries et services nécessaires aux différentes activités économiques. Cependant, j’apprécie particulièrement le petit supplément d’âme de certains de nos métiers. Vous devriez écouter nos discussions lorsque l’on croise nos pairs ou des « anciens » de nos formations: « Oh ben moi, je suis dans la biscotte », « Et moi, j’améliore les frites! », « Je fabrique des fromages bien de chez nous: vous m’en direz des nouvelles… », « J’ai continué mes études et je suis devenu œnologue », « Je fais de la recherche sur… », ‘Tu vois le silo, là-bas? Je vais te dire ce qu’il y a dedans… »; « Tu connais la farine Machintruc? C’est nous qui l’avons développée », « Je vais vous faire déguster le meilleur rumsteck de votre vie », « Et moi, je vais vous montrer qu’on peut se régaler en étant végétarien »…

Et voilà comment on connecte nos madeleines de Proust à la présente réalité. J’aime cette histoire. Et vous?