Adam, Ève et le développement durable

Osons le parallèle entre le jardin d’Eden et notre jolie planète.

Si les Chrétiens, par exemple, reconnaîtront ici une bonne application de la Parabole des Cinq Talents, qui recommande d’utiliser ses talents (en l’occurrence, ici, mes neurones), les athées trouveront dans cet article une interprétation quelque peu originale et personnelle d’un écrit ancien.

Je propose de relire temporairement l’histoire d’Adam et Ève comme une mise en garde pour la préservation de nos écosystèmes et les excès de la consommation.

Pour résumer le document original, Adam et Ève vivent dans un endroit paradisiaque: le jardin d’Eden. Celui-ci leur est confié pour le cultiver et pour le garder, à condition de ne jamais manger les fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Comme on le sait tous, ils ont fini par se laisser tenter, sur les conseils d’un serpent. Il a fait consommer un fruit défendu de cet arbre -habituellement représenté chez nous par une pomme- à Ève, laquelle l’a fait goûter à Adam. Cela a provoqué la colère divine. Ils se sont vus chassés du paradis dans lequel ils vivaient jusque-là. La punition impacte leur descendance, qui n’y est pour rien mais qui devra en subir les conséquences (cf. le principe de péché originel). C’est à partir de ce moment que les humains sont obligés de travailler pour vivre, dans un environnement qui n’est plus un paradis. En résumé.

Et si c’était une métaphore?

Considérons un instant notre Terre comme un jardin d’Eden. Elle donne tout ce qu’il faut pour vivre, si on l’exploite correctement. Puis, remplaçons le mot « fruit » par n’importe quelle ressource de notre fantastique planète. Par exemple, une vraie pomme.

Les pommes, on en produit et on en mange presque tant qu’on veut, mais que se passerait-t-il si un jour, quelqu’un mangeait la DERNIÈRE pomme de la Terre? Et abattait les derniers pommiers? Cela nous ferait une ressource en moins. Il nous faudrait fournir davantage d’efforts pour subsister avec le reste.

Maintenant, remplaçons le mot « fruit » par « pétrole ». Nous dépendons encore fortement de cette ressource. Que se passera-t-il si nous en consommons trop, avant d’avoir suffisamment développé des sources d’énergie renouvelables? Il y aura des conflits (cela existe déjà), des injustices (des « riches » qui se permettront de le gaspiller tandis que d’autres en manqueront cruellement), et nous allons devoir recourir à d’autres ressources pourraient rendre notre vie moins agréable (pollution, risques industriels, augmentation du travail physique pour certains?). Et nos descendants, bien qu’innocents, devront en subir les conséquences. Ici, aujourd’hui, le pétrole est une sorte de fruit défendu. Et ce n’est certainement pas le seul. La biodiversité, selon le même raisonnement, en est un.

De la même façon, imaginons qu’Adam et Eve aient, non pas englouti la dernière pomme, mais étudié celle-ci en long, en large, et en travers, jusqu’à devenir capables de modifier ses gènes à partir des connaissances acquises. Cela vous rappelle quelque chose? Les O.G.M., bien sûr. De la même façon que précédemment, il existe un risque d’aller trop loin, de bouleverser l’écosystème définitivement et de devoir faire vivre nos descendants dans un milieu plus hostile que le nôtre.

Ce texte rappelle donc qu’un trésor nous est confié. Nous pouvons l’exploiter pour en vivre. Nous avons une grande liberté, et peu de garde-fous hormis notre intelligence humaine. Nous avons la responsabilité d’adopter un comportement approprié, sans quoi, nous et notre descendance devrons en payer les conséquences. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas croquer de pommes, ni rien consommer, ni éviter de développer des connaissances. Cela interpelle simplement notre éthique, en reliant notre liberté et le monde dans lequel nous vivons.

Pour les théologiens, bien sûr, cette interprétation est un petit jeu de l’esprit dans un sujet de réflexion éminemment plus vaste. Par exemple, on pourrait disserter longuement sur ce qu’est « l’arbre de la connaissance ». Et ils vous donneront des interprétations aussi variées que leurs convictions. Je compte sur vous, chers lecteurs, pour respecter celles de chacun dans vos éventuels commentaires.

Par Gwénaëlle Piat Ragot

La discrimination, ça n’existe pas.

Qu’est-ce qu’une discrimination ?

C’est un traitement inégal des individus qui porte sur un ou plusieurs des critères de discrimination reconnus par la loi en France :

L’origine, le sexe, la situation de famille, la grossesse, l’apparence physique, le patronyme, l’état de santé, le handicap, les caractéristiques génétiques, les mœurs, l’orientation sexuelle, l’âge, les opinions politiques, les activités syndicales, l’appartenance ou la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.

La discrimination peut être volontaire ou involontaire. On parle de discrimination directe lorsqu’elle est délibérée et que la différence de traitement se fonde sur un critère prohibé par la loi, et de discrimination est indirecte lorsqu’une disposition, un critère, une pratique apparemment neutre, est susceptible d’avoir le même impact qu’une discrimination directe et d’entraîner un effet défavorable pour une personne ou un groupe de personnes en raison d’un critère prohibé par la loi.

Les discriminations peuvent avoir lieu dans de nombreuses situations : activités sociales (loisirs), économiques (entreprises, professions « réservées », …), politiques, milieu scolaire ou étudiant, etc.

Que risque-t-on en cas de pratiques discriminatoires ?

3 ans de prison et 45000€ d’amende.

Bon, à mon sens, avant d’en arriver à la sanction, on se prive d’abord d’une personne de valeur.

Pour ou contre l’instauration de discriminations positives ?

Le « pour » : cela donne une chance aux personnes discriminées d’accéder aux fonctions qui leur étaient initialement inaccessibles. Cela déclenche un cercle vertueux : celles-ci en encouragent d’autres à suivre leur voie, par exemple par réseautage ou tout simplement en constituant un modèle. Elles habituent en outre l’esprit de leurs concitoyens au fait qu’elles peuvent occuper efficacement lesdites fonctions. Ainsi, l’on aura plus facilement tendance à envisager quelqu’un dans un bon poste même s’il appartient à une ou plusieurs des catégories initialement discriminées.

Le « contre » : c’est injuste pour certains. Imaginez qu’à résultats équivalents, de deux lauréats d’un concours, on retienne celui qui appartient à une minorité habituellement discriminée, et pas l’autre. La personne non retenue n’était pas forcément quelqu’un qui aurait pratiqué la moindre discrimination dans sa carrière. Il va « payer » pour les générations qui l’ont précédé, alors qu’il n’est pas responsable de leurs actes et qu’il a mérité sa place autant que les autres. L’obligation de discrimination positive peut aussi avoir un autre impact: une fois le quota atteint, les personnes supplémentaires issues des minorités habituellement discriminées auront-elles autant que les autres un accès aux places convoitées? En outre, certains affirment que le diplôme ou l’entreprise soumis à l’obligation de discriminations positives peut perdre de sa valeur, quand bien même ses membres sont compétents. Les bénéficiaires de discriminations positives peuvent être injustement vus comme des profiteurs.

Alors, que faire?

  • A l’échelle individuelle ou privée : essayer de ne pas véhiculer de message discriminant ni pratiquer de discrimination, ni dans la sphère privée, ni dans la sphère professionnelle. Cela requiert d’être suffisamment ouvert d’esprit pour se demander régulièrement si l’on juge les individus sur leurs actes ou résultats plutôt que sur leur apparence, ou si ce que l’on fait ou dit peut avoir des conséquences discriminantes pour quelqu’un.
  • A l’échelle de l’entreprise : de plus en plus d’organisations sont engagées dans une démarche R.S.E. (Responsabilité Sociale des Entreprises). Bien qu’il existe encore des débats sur ce qu’il faudrait faire, elles ont le mérite de se poser des questions et de chercher les réponses les plus appropriées. Par exemple, comment peut-on mesurer la présence ou l’absence de pratiques discriminatoires ? Certaines entreprises vont suffisamment loin pour s’engager dans une démarche de reconnaissance. Par exemple, l’AFAQ 26000 ou le label Lucie sont des outils d’évaluation d’une entreprise au regard de leurs engagements R.S.E. Ils se basent en particulier sur la norme ISO 26000, relative à la Responsabilité Sociétale des Organisations. De façon plus ciblée, il existe aussi le Label Diversité, dont une version spécifique pour la fonction publique vient d’être publiée en juin 2016, ou encore le label Egalité Professionnelle.
  • Le site officiel de l’Etat donne quelques pistes de réflexion et de réaction.

Et vous, qu’en pensez-vous? Faut-il lutter contre les discriminations, et comment?

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Notre métier a-t-il un sexe?

Femmes ingénieurs, exprimez-vous!

La Conférence des Ecoles Françaises d’Ingénieurs lance l’Opération Ingénieuses. Ce concours est ouvert jusqu’au 17 mars 2017. Les femmes ingénieurs en activité sont invitées à parler d’elles, afin d’encourager des vocations, et de communiquer leur valeur en milieu professionnel.

Pour avoir occupé un poste pionnier en matière de R.S.E. (Développement Durable) en entreprise, j’ai amplement lu sur le sujet de l’égalité des sexes dans le cadre de ma veille. Cette question est plus épineuse qu’il n’y paraît. 

Le plafond de verre

Cette expression est utilisée lorsque, dans une organisation hiérarchique, certaines fonctions ne sont pas accessibles à une ou plusieurs catégories de personnes. Par exemple, dans le cas présent, on pourrait parler de plafond de verre pour les femmes n’ayant pas ou peu accès aux hautes sphères des entreprises.

Elle peut émaner de plusieurs causes:

  • des entreprises refusant ces postes aux femmes, soit volontairement (cela devient rare), soit tacitement (« Unetelle? Non, elle n’a pas l’envergure. Mieux vaut faire monter Untel« .)
  • Les femmes elles-mêmes, qui n’osent pas candidater pour un poste parce qu’elles ne sont pas sûres d’elles.

Le machisme évident… Ou sous-jacent.

 

Heureusement, nous vivons dans un monde qui évolue. L’égalité des sexes est un sujet amplement abordé en France depuis plusieurs générations, ce qui nous a apporté quelques progrès. Celles qui ont connu des époques ou des lieux où les filles ont des difficultés d’accès à l’enseignement primaire et secondaire, à choisir leur mari ou à pouvoir utiliser une contraception, à travailler sans l’autorisation d’un tiers, ou à conduire des véhicules, doivent déjà trouver que nous avons beaucoup de chance.

Mais même en France, nos expériences sont disparates. Certaines d’entre nous ne se sont jamais senties discriminées sur leur sexe. D’autres si. La plupart d’entre nous naviguent entre deux eaux, et s’interrogent. Votre entourage, et les médias, foisonnent d’exemples inquiétants. Quelques extraits:

  • Un enfant interrogeant un adulte sur des sujets habituellement jugés « masculins » (maths, mécanique, foot, …) obtiendra-t-il une réponse aussi détaillée s’il est un garçon ou une fille? Répondra-t-on de la même façon à une fille en pantalon bleu et aux cheveux courts, ou à une fille en robe rose à couettes?
  • A notes égales, conseillera-on plutôt aux filles des filières littéraires et aux garçons des études scientifiques, ou pas?
  • Pense-t-on à prédire à des jeunes hommes en début de carrière qu’un jour ils auront des enfants et qu’à ce moment-là, ils seront moins investis dans leur travail?
  • Une femme osera-t-elle autant tenter de séduire un homme au travail qu’un homme, de séduire une femme?
  • La maternité et la paternité ont-elles le même impact professionnel?
  • Tente-t-on plus facilement de donner des ordres à l’un des deux sexes plutôt qu’à l’autre?
  • Tente-t-on plus facilement de justifier l’ascension hiérarchique d’une personne par des explications dégradantes (sexe avec un supérieur, …) pour une femme ou pour un homme?

Je me souviens par exemple d’une étude (il faudrait que je vous la retrouve) révélant que sur la route, à erreur égale, une femme se faisait klaxonner plus souvent qu’un homme, comme s’il fallait corriger ses erreurs, alors que 79% des personnes présentes aux stages de récupérations de points sont des hommes (attention aux biais, c’est peut-être aussi parce que beaucoup d’hommes ont des métiers nécessitant une mobilité). J’ai aussi entendu dire qu’en politique, une femme affirmant une conviction qui ne plaît pas à tous est attaquée sur son incompétence, tandis qu’un homme est attaqué sur ses idées. Est-ce vrai? Je n’en sais rien. En tout cas, les questions se posent.

Et vous? Quelles sont vos expériences personnelles?

La difficulté de positionnement des hommes

Contrairement à ce que l’on croit, la situation n’est pas toujours si facile pour eux.

Il existe, bien sûr, des machos assumés. Par contre, on parle moins de certaines personnes qui peinent à trouver leur place. 

Il y a des hommes tout à fait normaux, qui se font accuser de machisme injustement. Cela énerve. On m’a même déjà parlé de messieurs qui ne se sentent pas à l’aise avec des manageuses, de peur de passer pour des machos.

Il y en a qui sont tout à fait d’accord avec l’égalité des sexes, mais qui ont envie, tout de même, d’avoir le droit de critiquer une femme autant qu’un homme. Le sexe féminin ne protège pas de la stupidité, de l’agressivité, ou d’autres vices.

Il peut être tout à fait agaçant de rencontrer une femme mettant sur le dos des discriminations des évènements qui s’expliqueraient autrement. Oui, on peut être une femme et ne pas avoir le niveau pour briguer un poste; il faut savoir l’entendre.

Il y a aussi ceux qui craignent de payer pour les erreurs du passé. Prenez, par exemple, la question de la discrimination positive. Elle part d’une bonne intention: puisque personne ne laisse la place aux femmes, il faut leur en attribuer une d’office. Cependant, mettez-vous à la place d’un candidat pour un poste, qui se sent réellement meilleur que sa rivale. Comment vivrait-il l’ascension d’une personne jugée moins compétente? C’est extrêmement décourageant.

Les salaires sont-ils les mêmes selon le sexe?

La comparaison des salaires est très difficile.

De nombreuses études montrent qu’à ce jour, à travail égal, le salaire d’une femme est moindre. Ceci cache quand-même des disparités. A travail égal sur le papier, certaines femmes ne font que leurs heures de bureau, tandis que d’autres s’investissent à fond -avec ou sans enfants, d’ailleurs. A travail effectif égal, certains employeurs peuvent les rémunérer moins par simple impression qu’elles vont travailler moins. A travail égal toujours, certaines femmes vont, inversement, accéder à certains postes simplement parce qu’on espère qu’elles auront moins d’ambitions financières que leurs rivaux (simple supposition personnelle).

On se demande aussi pourquoi les femmes ont davantage tendance à se mettre à temps partiel pour s’occuper de leurs vies personnelles. Ce n’est pas toujours un choix. Lorsque dans un couple, le salaire de Monsieur est plus important, c’est dans celui-ci que l’on s’investit. Si l’un des deux doit prendre le risque de perdre son travail en partant pile à l’heure pour aller chercher les enfants ou prendre soin d’un parent âgé, c’est celui qui a le salaire le plus faible qui s’y colle. Bon, la situation se complique si l’on tient compte de la difficulté de retrouver un emploi en cas de chômage soudain.

Cette difficulté, justement, peut aussi modifier les prétentions salariales. Une femme qui cherche un travail après deux ans de congé parental, pourrait hésiter à exiger d’emblée un haut salaire, quand bien même elle aurait toutes les qualités requises pour un poste.

Des raisons d’y croire

D’après l’Enquête Nationale annuelle du CNISF, notre profession se féminise. Je cite: « On compte 29% de femmes diplômées en 2015, alors qu’elles représentent 20,5% toutes générations confondues et 22,3% parmi les moins de 65 ans« . Elle ajoute plus loin: « Parmi les jeunes de 23 et 24 ans en 2015, un homme sur quatorze et une femme sur trente‐quatre, est ou deviendra ingénieur.  À titre de comparaison,  parmi la génération arrivant  à l’âge de la retraite, la  proportion était de l’ordre  d’un homme sur quarante‐ cinq et de moins d’une femme sur cinq cents« .

Plus précisément, certains secteurs se féminisent plus rapidement que d’autres. Aujourd’hui, leurs statistiques montrent que 48% des ingénieurs dans l’agronomie et l’agro-alimentaire sont des femmes, contre 10% en mécanique et productique et 20% en moyenne générale, tous ingénieurs confondus. Donc oui, notre métier a un sexe. Pour l’instant.

Des indicateurs de plus en plus précis existent, à l’échelle nationale. Des outils de valorisation existent; ils luttent en général contre tous types de discriminations. Citons par exemple, le Label Diversité ou l’AFAQ 26000. Les entreprises engagées dans une démarche de Développement Durable doivent généralement rendre des comptes sur ce sujet.

Des communications d’envergure, telles que l’Opération Ingénieuses, permettent de diffuser plus largement le modèle de la femme professionnellement performante dans ce type de métier. 

Même les politiques s’y mettent (je tiens à préciser que je ne vote pas aux extrêmes). Et l’on commence à voir de plus en plus de femmes à des postes haut placés -certainement en raison de la loi exigeant à présent 40% de femmes dans les conseils d’administration. Dans un registre un peu différent, l’association MENSA France, rassemblant les hauts Q.I., compte désormais près de 30% de femmes. Commenceraient-elles à oser passer les tests requis?

Maintenant, l’avenir dépend de vous. Mesdames, pour avoir de l’ambition et être à la hauteur de celle-ci. Messieurs, pour trouver votre place dans cette société: ni en-dessous, ni au-dessus. AVEC nous.

N’hésitez pas à partager des témoignages et encouragements dans les commentaires.

Par Gwénaëlle Piat Ragot

Faut-il arrêter de boire du thé et du café?

Que boire en journée lorsque l’on veut adopter une attitude responsable? La logique voudrait que je vous réponde: « de l’eau du robinet, pardi!« . L’eau, c’est la seule boisson indispensable à notre alimentation. Et en France, celle du robinet est a priori de meilleure qualité que dans de nombreux pays.

Oui mais. Pour ponctuer une journée de travail, des moments conviviaux, se réconforter après un effort, préparer sa nuit, et pour le plaisir, on a parfois envie d’autre chose. Il est d’usage courant, en France, de boire du thé ou du café. Consommer responsable peut devenir un vrai casse-tête.

Défrichons.

  • Le café

Vous allez vite comprendre pourquoi ce produit constitue un enjeu important.

Presque dix millions de tonnes par an de café sont produits chaque année, et ce volume continue à croître. Il vient principalement d’Amérique Latine (en particulier du Brésil), d’Asie (Viet Nam, Indonésie) et un peu d’Afrique (Ethiopie). Sa production fait vivre vingt-cinq millions de personnes, surtout des petits producteurs. Par contre, son importation, sa transformation, sa distribution alimentent plus de cent millions d’individus.

Si le café est produit dans les pays du « Sud », il est consommé pour plus des deux tiers dans les pays du « Nord », en particulier aux Etats-Unis et en Europe. Boire un café en France signifie consommer un produit d’importation. Les kilomètres parcourus représentent un impact écologique significatif.

Par ailleurs, ce produit fait l’objet d’un oligopole: près de la moitié de la production mondiale est achetée par Kraft, Sarah Lee, Nestlé, Procter & Gamble. De plus, les cultures sont difficiles à ajuster en fonction de l’offre et de la demande, ce qui prédispose le marché à des périodes de surproduction et de pénuries. De ce fait, les petits producteurs sont potentiellement menacés. En outre, la culture du café autorise de moins en moins de biodiversité et peut exposer ses ouvriers à des traitements chimiques dangereux.

  • Le thé

Notre petite planète bleue en produit plus de cinq millions de tonnes par an. Cette production est encore en augmentation. Actuellement, il vient principalement de Chine, d’Inde, du Kenya, du Sri Lanka, de Turquie qui fournissent les trois-quarts de la production mondiale. Comme pour le café, il n’est généralement pas consommé là où il est produit: en Europe, au Japon, aux Etats-Unis. La Russie, le Pakistan en importent massivement. Pour la petite histoire, le Maroc est le premier importateur de thé vert chinois. Bref, c’est une culture qui voyage.

On reproche à cette filière d’exploiter ses travailleurs dans des conditions peu enviables, de les exposer aux pesticides tels que le D.D.T. ou au plomb. Ces éléments indésirables pourraient d’ailleurs se retrouver dans le produit fini. Les pratiques agricoles seraient de plus en plus dirigées vers les monocultures, entraînant une érosion des sols, altérant la biodiversité locale, remplaçant progressivement la forêt tropicale par des plantations. Et comme pour le café, le marché est détenu par un faible nombre de multinationales. Les étapes de production sont réservées aux lieux de culture, tandis que les étapes plus lucratives que sont le mélange, l’emballage, la distribution et la publicité sont plutôt l’apanage des pays consommateurs, représentant entre un tiers et la moitié du prix du produit au détail.

Faut-il pour autant se priver de ces produits? Pas forcément.

En effet, une réduction massive de ces consommations pourrait fragiliser les économies locales et les écosystèmes des lieux de production primaire. En revanche, vous pouvez vous poser des questions responsables, dont les réponses vous appartiennent:

  • Le café ou le thé que vous vous apprêtez à prendre est-il indispensable? Est-ce un plaisir ou juste une routine? Quels sont les consommations dont vous avez vraiment besoin?
  • A partir de quelle eau allez-vous le préparer? Ici et aujourd’hui, est-il nécessaire d’utiliser de l’eau en bouteille?
  • Avez-vous la liberté de choisir un achat volumineux ou des portions individuelles (dosettes, sachets)? Si oui, pensez-vous à la première de ces deux options?
  • Pouvez-vous choisir un produit issu d’une filière responsable? En effet, il est possible de se tourner vers le Commerce Equitable. Ce dernier prévoit un préfinancement des récoltes, garantit l’achat du café à prix constant sur plusieurs années quels que soient les cours mondiaux, et un financement de programmes alimentaires, de santé ou d’éducation dans les pays producteurs. Vous pouvez aussi choisir des produits BIO, méthode de production plus responsable. Notez qu’il existe des produits à la fois bio et équitable. De grandes entreprises telles que Lipton (Unilever) se tournent vers les récoltes issues de plantations certifiées par l’ONG Rainforest Alliance, qui impose des exigences sociales et environnementales. La position de force des multinationales est certes parfois inquiétante, mais peut aussi s’avérer utile. Lorsqu’elles se mettent à exiger des conditions, elles ont un réel poids pour les faire respecter. Elles ont une immense responsabilité en matière de développement durable. De même, des pays comme l’Inde ont développé des programmes responsables à l’instar de Trustea.
  • Allez-vous consommer votre boisson avec du sucre, du lait, un creamer (portion individuelle de crème)? Est-ce bien nécessaire? Si cela représente un réel besoin pour vous, comment allez-vous choisir ces produits d’accompagnement: en dosettes individuelles ou en plus gros volumes?
  • Pouvez-vous réduire les consommables de type touillettes ou gobelets en plastique, par exemple en utilisant votre propre vaisselle?
  • Vos déchets peuvent-ils être recyclés? Respectez-vous les consignes éventuelles de tri sélectif?

Enfin, il existe des alternatives:

  • Vous pouvez par exemple opter pour la chicorée, succédané du café. Elle est produite notamment dans le nord de la France: vous soutenez ainsi un approvisionnement local. Son goût reste cependant bien différent de celui du café: vous ne pourrez en servir qu’aux palais qui l’apprécient. Elle a entre autres pour avantage d’être dépourvue de caféine.
  • Des infusions peuvent remplacer la consommation de thé. Elles sont issues de plantes traditionnellement produites plus près de chez nous, auxquelles on prête souvent de nombreuses vertus.

D’ailleurs, chers internautes, aimeriez-vous compléter cet article avec quelques bons conseils de consommation responsable?

Par Gwénaëlle Piat Ragot, à partir notamment de « Un régime pour la planète » (M. Balmain et E. Laville)

30 repères pour manger responsable

Manger responsable, est-ce possible? OUI, répondent Elisabeth Laville et Marie Balmain. Celles-ci ont co-écrit un livre à ce propos, intitulé Un régime pour la planète. Je précise que ceci n’est pas un article sponsorisé et qu’il ne contient pas de lien sponsorisé. J’ai aimé cet ouvrage, alors je le recommande.

Alors même que l’alimentation représenterait plus d’un tiers de notre impact écologique, il est parfois difficile de savoir par où commencer pour consommer plus responsable. Ce livre a vocation à vous permettre d’entamer la démarche, en présentant 30 pistes d’actions. La notion de « responsable » est ici abordée correctement, englobant à la fois le développement social, environnemental et économique.

Vous découvrirez ici comment mieux choisir vos aliments tels que le sucre, les œufs, le poisson, certains fruits et légumes, les viandes, les crevettes, etc. Un chapitre entier est également dédié au choix des boissons: bière, vins, jus de fruits, eaux, café, … Au-delà du zoom par type de produit, sont abordées des thématiques transversales: impact des transports, des modes de production, de certains labels à l’instar de ceux du Commerce Equitable. L’ouvrage donne des pistes pour encourager notamment la préservation de la biodiversité. Enfin, il préconise des habitudes responsables: préparer les justes quantités pour limiter le gaspillage, optimiser ses courses…

J’ai particulièrement aimé: le ton positif du discours, et sa ponctuation fréquente par des données chiffrées. Les chapitres sont tous conçus sur le même modèle: une introduction, puis des paragraphes intitulés: « Le saviez-vous?« , « Bonnes nouvelles! » et « Ce que vous pouvez faire« . Il relie en quelques pages l’abstrait au concret. D’ailleurs, l’ensemble de l’ouvrage ne dépasse pas les 250 pages, ce qui permet de le lire rapidement. La structure des chapitres permet de le lire dans le désordre, en commençant par les sujets qui nous attirent le plus. Inutile d’être un grand spécialiste pour le lire: il est accessible au grand public. Et motivant! Cerise sur le gâteau: le livre est imprimé sur papier FSC mais pour un usage encore plus responsable, n’hésitez pas à demander à votre bibliothèque municipale si elle peut se le procurer.

Ce qu’il manque aujourd’hui, à mon sens, c’est une actualisation et un étoffage de ce travail. Il a été publié en 2007, donc les données chiffrées pourraient aujourd’hui être mises à jour. J’aimerais que les aliments abordés soient beaucoup plus nombreux et plus détaillés, de même que leur mode d’achat, de préparation et de consommation. Par exemple, le chapitre dédié à l’huile de palme fait état de son triste impact en matière de développement durable. Il recommande d’en consommer le moins possible, mais aussi, je cite, d' »utiliser votre pouvoir de consommateur pour encourager la transition vers des systèmes de production d’huile de palme minimisant les impacts négatifs sur l’environnement et les personnes« . Or, WWF a récemment initié un système de certification d’une huile de palme responsable, nommé RSPO. Il fut accompagné de fondateurs tels que l’entreprise Unilever. Depuis 2014, l’Indonésie a également créé sa propre certification: ISPO. Enfin, il existe aussi des modes de production bio pour ce produit. Des entreprises comme Carrefour ou Nestlé se sont engagées à utiliser de l’huile de palme responsable. Lorsque de si grands groupes s’y mettent, ils ont un impact significatif sur la filière. Qu’en penseraient E. Laville et M. Balmain si elles devaient à nouveau écrire sur ce sujet? Cette réflexion pourrait être menée pour de nombreux autres produits et thèmes transversaux en rapport avec l’alimentation.

A propos des auteurs, ces deux personnes ont fondé ensemble Utopies et Graines de changement, qui fournissent du conseil en développement durable (R.S.E. ou R.S.O.) à l’attention des entreprises -telles que le Groupe Accor– aussi bien que de l’ensemble de nos concitoyens, par exemple à travers le très intéressant site mescoursespourlaplanete.com. Vous constaterez sur Amazon qu’elles ont co-signé plusieurs ouvrages. Elles ont des liens avec de grandes entreprises: par exemple, Marie Balmain est à ce jour Directrice R.S.E. (Responsabilité Sociétale des Entreprises) pour Pierre et Vacances, et Elisabeth Laville siège notamment au conseil d’administration de Nature et Découvertes. Vous pouvez découvrir ici un de ses discours.

Et vous, quelles sont les principales questions que vous vous posez sur les liens entre l’alimentation et le développement durable?

Grande distribution: une idée écolo que vos clients adoreraient

Ca y est. Nous sommes passés au niveau 2 de la consommation. Depuis les naissances de nos enfants, mon mari et moi sommes convertis aux courses en ligne pour nos consommations courantes.

Les stratégies marketing ont bien fonctionné

Lors de ma première grossesse, nous avons découvert que les livraisons étaient gratuites pour les femmes enceintes. Puis, elles le sont restées parce que nous avons exploité les offres permettant d’économiser ce coût. Aujourd’hui, on ne peut plus s’en passer. La présentation sur le site internet permet d’identifier plus facilement les produits les moins chers que dans un rayon physique. On ne se déplace plus pour acheter. Exit les achats d’impulsion. Bonjour les économies. Adieu la foule du samedi, la queue en caisse. Bonjour la liberté gagnée. On peut même sauvegarder ses listes de courses pour ne pas avoir à rechercher à nouveau les produits à chaque commande. C’est génial.

Les avantages de ce système en matière de développement durable

  • Le coût écologique du déplacement est amélioré. Comparez: vingt clients qui se déplacent individuellement en voiture pour faire leurs courses plus ou moins loin de chez eux, et sans remplir complètement leur coffre, versus un camion rempli à ras bord qui fait une tournée optimisant le kilométrage, cela économise un sacré carburant ou une bonne dose d’électricité, en cas de véhicule électrique. Bon, j’avoue, cet argument n’est pas valable pour ceux qui se rendent au supermarché à pied ou en transport en commun.
  • Il y a moyen de grouper les commandes alimentaires et non alimentaires pour constituer un volume significatif qui justifie la livraison. J’avoue tout de même que je serais parfois preneuse d’une offre en ligne encore plus variée. Ce que l’on trouve en hypermarché est actuellement plus diversifié que ce qui est proposé en ligne.
  • Même pour certains petits volumes de commande, la livraison peut être écologique. Par exemple, lorsqu’on livre le même jour dix célibataires d’une même rue ou le couple isolé à proximité d’une famille nombreuse. Il y a peut-être un marketing spécifique à développer pour les « petits » foyers à proximité des « gros ».
  • La livraison à domicile squizze TOUTE l’étape du supermarché. Pas d’effort de présentation de produits sur des rayons. Pas de supports physiques de publicité. Pas de caisses. Pas de personnel nombreux se déplaçant chaque jour pour entretenir correctement l’exploitation. Pas de rayons réfrigérés par petits volumes, dont on ouvre les portes constamment. Tout est stocké dans des entrepôts, si besoin réfrigérés, et sera livré directement chez le consommateur. La communication se limite à internet. Alors bien sûr, cela a un impact social pour lequel il faudra trouver des solutions: si les supermarchés physiques perdent du chiffre d’affaire par rapport aux livraisons, alors ce sont autant d’emplois qui sont supprimés ou modifiés, et un paysage géographique ou économique local qui peut changer. C’est ici que l’on voit à quel point les trois composantes du développement durable -sociale, environnementale et écologique- sont imbriquées. Cependant, je continue à croire que ce système est prometteur y compris en matière de responsabilité sociétale.

Ce qu’il manque actuellement…

Il y a un avantage de ce système que je ne trouve aujourd’hui qu’en magasin: la gestion des emballages et conditionnements. Depuis quelques années, la grande distribution « responsable » type Biocoop s’est tournée vers l’offre de produits en vrac. Elle a été suivie par les plus grandes enseignes. Le principe, c’est que le consommateur peut acheter exactement la quantité dont il a besoin, qu’il verse dans un contenant standard et neutre, souvent plus écologique (sans publicité, sans effort marketing, recyclable, rechargeable, …). CETTE OFFRE N’EXISTE PAS POUR LA LIVRAISON A DOMICILE.

Pourtant, les livreurs remplissent leurs camions et les ramènent vides aux entrepôts. La moitié (retour) du trajet pourrait donc être utilisée. Ce que j’aimerais, c’est pouvoir acheter les quantités de mon choix pour toutes sortes de matières premières qui s’y prêtent, et rendre au livreur les emballages vides. Au fournisseur ensuite de les récupérer, les traiter si besoin, et les réutiliser. Accessoirement, je préfèrerais qu’on me fasse payer seulement ce traitement plutôt que la conception et la fabrication de nouveaux conditionnements et emballages pour tous les produits. De plus, ce traitement serait nécessairement à faire dans notre pays, voire à proximité des lieux de livraison les plus importants. On encouragerait ici une économie locale et on réduirait les coûts écologiques du transport d’emballages, par rapport à une fabrication industrielle importée. Par exemple, celui qui consomme 30g de Corn Flakes chaque matin, soit 22 boîtes de 500g à l’année, consomme actuellement 5Kg de carton par an. Une belle marge d’action, non?

Ce serait une bonne initiative en rapport avec les stratégies développement durable de différents groupes.

Professionnels de la grande distribution, qu’en pensez-vous? Travaillez-vous déjà sur ce sujet?

Par Gwénaëlle RAGOT

Le mystérieux avenir de notre Méditerranée

J’attire aujourd’hui votre attention sur la synthèse européenne Croissance bleue: la Méditerranée face au défi du bon état écologique, publiée par WWF et relative à l’année 2015 (document disponible intégralement et gratuit).

Le contexte:

En 2007, la Commission Européenne a mis en place un Livre Bleu ayant pour but de proposer une Politique Maritime Intégrée (P.M.I.) à l’échelle européenne. Elle dispose d’une Directive-Cadre Stratégie pour le Milieu Marin (D.C.S.M.M.) depuis 2008, fixant pour but un Bon Etat Ecologique dans toutes les eaux marines européennes pour 2020. Cinq secteurs sont particulièrement visés pour soutenir une croissance durable: aquaculture, tourisme côtier (dont croisière et plaisance), biotechnologies marines, énergie marine et exploitation minière des fonds marins.

En résumé

Nous assistons de nos jours à un fort développement économique de la zone: plus d’échanges commerciaux, augmentation de la classe moyenne et donc du tourisme méditerranéen, de plus en plus de contrats hydrocarbures offshore, … Vraisemblablement, tous ces secteurs, hormis la pêche professionnelle, se développeront encore ces quinze prochaines années. On craint notamment des conflits d’utilisation de l’espace, et une pression de différents secteurs sur l’écosystème marin, au risque d’altérer les stocks halieutiques et les écosystèmes correspondants. On estime, je cite, que « les conditions pour atteindre le Bon Etat Ecologique en mer d’ici 2020 ne seront pas réunies pour 7 des 11 descripteurs de la D.C.S.M.M. ». Ce rapport insiste fortement sur la nécessité de prévention ou la réduction des impacts environnementaux et la mise en oeuvre d’un usage durable de l’environnement marin. Il soulève aussi qu’il manque « des lignes directrices sur ce qu’est une croissance bleue durable dans la pratique ».

Prochains évènements

On attend pour le 18 septembre 2016 au plus tard que tous les Etats Membres aient transposé une directive du 23/07/2014 établissant un cadre pour la planification de l’espace maritime. Les acteurs doivent en effet se mettre d’accord sur de nombreux sujets, tels que les objectifs que l’on se donne en Europe pour mettre en place une économie circulaire, la transition vers les énergies renouvelables, le soutien à la pêche responsable et durable, l’application du principe de précaution, les conditions à réunir avant tout développement d’activité offshore, ou encore la conciliation entre le trafic maritime et les autres parties prenantes. Autant de thèmes cruciaux pour l’avenir de notre Méditerranée.

Affaire à suivre…

Par Gwénaëlle Ragot