Faut-il arrêter de boire du thé et du café?

Que boire en journée lorsque l’on veut adopter une attitude responsable? La logique voudrait que je vous réponde: « de l’eau du robinet, pardi!« . L’eau, c’est la seule boisson indispensable à notre alimentation. Et en France, celle du robinet est a priori de meilleure qualité que dans de nombreux pays.

Oui mais. Pour ponctuer une journée de travail, des moments conviviaux, se réconforter après un effort, préparer sa nuit, et pour le plaisir, on a parfois envie d’autre chose. Il est d’usage courant, en France, de boire du thé ou du café. Consommer responsable peut devenir un vrai casse-tête.

Défrichons.

  • Le café

Vous allez vite comprendre pourquoi ce produit constitue un enjeu important.

Presque dix millions de tonnes par an de café sont produits chaque année, et ce volume continue à croître. Il vient principalement d’Amérique Latine (en particulier du Brésil), d’Asie (Viet Nam, Indonésie) et un peu d’Afrique (Ethiopie). Sa production fait vivre vingt-cinq millions de personnes, surtout des petits producteurs. Par contre, son importation, sa transformation, sa distribution alimentent plus de cent millions d’individus.

Si le café est produit dans les pays du « Sud », il est consommé pour plus des deux tiers dans les pays du « Nord », en particulier aux Etats-Unis et en Europe. Boire un café en France signifie consommer un produit d’importation. Les kilomètres parcourus représentent un impact écologique significatif.

Par ailleurs, ce produit fait l’objet d’un oligopole: près de la moitié de la production mondiale est achetée par Kraft, Sarah Lee, Nestlé, Procter & Gamble. De plus, les cultures sont difficiles à ajuster en fonction de l’offre et de la demande, ce qui prédispose le marché à des périodes de surproduction et de pénuries. De ce fait, les petits producteurs sont potentiellement menacés. En outre, la culture du café autorise de moins en moins de biodiversité et peut exposer ses ouvriers à des traitements chimiques dangereux.

  • Le thé

Notre petite planète bleue en produit plus de cinq millions de tonnes par an. Cette production est encore en augmentation. Actuellement, il vient principalement de Chine, d’Inde, du Kenya, du Sri Lanka, de Turquie qui fournissent les trois-quarts de la production mondiale. Comme pour le café, il n’est généralement pas consommé là où il est produit: en Europe, au Japon, aux Etats-Unis. La Russie, le Pakistan en importent massivement. Pour la petite histoire, le Maroc est le premier importateur de thé vert chinois. Bref, c’est une culture qui voyage.

On reproche à cette filière d’exploiter ses travailleurs dans des conditions peu enviables, de les exposer aux pesticides tels que le D.D.T. ou au plomb. Ces éléments indésirables pourraient d’ailleurs se retrouver dans le produit fini. Les pratiques agricoles seraient de plus en plus dirigées vers les monocultures, entraînant une érosion des sols, altérant la biodiversité locale, remplaçant progressivement la forêt tropicale par des plantations. Et comme pour le café, le marché est détenu par un faible nombre de multinationales. Les étapes de production sont réservées aux lieux de culture, tandis que les étapes plus lucratives que sont le mélange, l’emballage, la distribution et la publicité sont plutôt l’apanage des pays consommateurs, représentant entre un tiers et la moitié du prix du produit au détail.

Faut-il pour autant se priver de ces produits? Pas forcément.

En effet, une réduction massive de ces consommations pourrait fragiliser les économies locales et les écosystèmes des lieux de production primaire. En revanche, vous pouvez vous poser des questions responsables, dont les réponses vous appartiennent:

  • Le café ou le thé que vous vous apprêtez à prendre est-il indispensable? Est-ce un plaisir ou juste une routine? Quels sont les consommations dont vous avez vraiment besoin?
  • A partir de quelle eau allez-vous le préparer? Ici et aujourd’hui, est-il nécessaire d’utiliser de l’eau en bouteille?
  • Avez-vous la liberté de choisir un achat volumineux ou des portions individuelles (dosettes, sachets)? Si oui, pensez-vous à la première de ces deux options?
  • Pouvez-vous choisir un produit issu d’une filière responsable? En effet, il est possible de se tourner vers le Commerce Equitable. Ce dernier prévoit un préfinancement des récoltes, garantit l’achat du café à prix constant sur plusieurs années quels que soient les cours mondiaux, et un financement de programmes alimentaires, de santé ou d’éducation dans les pays producteurs. Vous pouvez aussi choisir des produits BIO, méthode de production plus responsable. Notez qu’il existe des produits à la fois bio et équitable. De grandes entreprises telles que Lipton (Unilever) se tournent vers les récoltes issues de plantations certifiées par l’ONG Rainforest Alliance, qui impose des exigences sociales et environnementales. La position de force des multinationales est certes parfois inquiétante, mais peut aussi s’avérer utile. Lorsqu’elles se mettent à exiger des conditions, elles ont un réel poids pour les faire respecter. Elles ont une immense responsabilité en matière de développement durable. De même, des pays comme l’Inde ont développé des programmes responsables à l’instar de Trustea.
  • Allez-vous consommer votre boisson avec du sucre, du lait, un creamer (portion individuelle de crème)? Est-ce bien nécessaire? Si cela représente un réel besoin pour vous, comment allez-vous choisir ces produits d’accompagnement: en dosettes individuelles ou en plus gros volumes?
  • Pouvez-vous réduire les consommables de type touillettes ou gobelets en plastique, par exemple en utilisant votre propre vaisselle?
  • Vos déchets peuvent-ils être recyclés? Respectez-vous les consignes éventuelles de tri sélectif?

Enfin, il existe des alternatives:

  • Vous pouvez par exemple opter pour la chicorée, succédané du café. Elle est produite notamment dans le nord de la France: vous soutenez ainsi un approvisionnement local. Son goût reste cependant bien différent de celui du café: vous ne pourrez en servir qu’aux palais qui l’apprécient. Elle a entre autres pour avantage d’être dépourvue de caféine.
  • Des infusions peuvent remplacer la consommation de thé. Elles sont issues de plantes traditionnellement produites plus près de chez nous, auxquelles on prête souvent de nombreuses vertus.

D’ailleurs, chers internautes, aimeriez-vous compléter cet article avec quelques bons conseils de consommation responsable?

Par Gwénaëlle Piat Ragot, à partir notamment de « Un régime pour la planète » (M. Balmain et E. Laville)

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