D’où vient cette mode du « sans lait » et du « sans gluten »?

Je vais vous avouer un secret. 

A force d’avoir étudié les aliments et leur transformation, je peux, pour la plupart d’entre eux, donner des arguments en faveur de leurs bénéfices pour la santé ou de leurs effets délétères.

Un sujet est à la mode depuis quelques années: faut-il consommer sans lait et sans gluten, même si l’on est en bonne santé? Autant demander à des Bretons de s’accorder sur la différence entre une crêpe et une galette: chacun a sa réponse, et on n’a pas fini d’en parler.

Aujourd’hui, trop de gens expriment une opinion, parfois très tranchée, sans même avoir lu les lectures de base qui s’y rapportent. Par exemple, vous entendrez certainement parler de l’ouvrage du Dr Seignalet: L’alimentation ou la troisième médecine. Vous pouvez généralement le trouver dans vos bibliothèques municipales. Je vous en propose ici un « résumé-discussion ». A vous ensuite de creuser pour vous forger votre propre avis.

Concrètement, ce livre comprend 554 pages. L’auteur semble avoir conscience de la barrière que représente ce volume pour certains lecteurs, aussi commence-t-il par un chapitre résumant les principales idées abordées dans chacun des suivants. C’est très pratique, notamment pour foncer directement sur ce qui vous intéresse. Ensuite, il alternera des explications scientifiques et ses propres théories dans des chapitres bien distincts, ce qui facilite la lecture. Les parties scientifiques sont indispensables pour bien comprendre ses thèses. Je dois avouer que rien ne m’insupporterait plus qu’un interlocuteur qui m’ordonnerait: « faites-moi confiance, c’est moi le médecin« . JUSTEMENT, moi, j’attends qu’un érudit soit capable de vulgariser sa science à mon niveau. « Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup« , affirment certains politiques actuellement… Par conséquent, ici, j’ai particulièrement apprécié qu’il sache résumer des notions complexes. J’avoue que par moments, j’étais bien contente d’avoir un solide bagage en biologie, mais la lecture me semble quand-même accessible aux néophytes.

Il entame justement son sujet par un cours détaillé sur l’intestin grêle et de son fonctionnement. Ce chapitre est important pour comprendre pourquoi la perméabilité de celui-ci peut varier, ce qui permettra de comprendre la suite.

Puis, il compare l’alimentation ancestrale à celle que nous avons actuellement. Il identifie des différences importantes: la consommation de céréales domestiques, celle de laits animaux et de leurs dérivés, la cuisson, l’évolution de la préparation des huiles, l’existence de pollutions des aliments, et les risques de carences en vitamines et minéraux. Il accuse ces évolutions d’être responsables de nombreuses maladies. Il estime que nos organismes n’ont pas encore pu s’adapter à certaines d’entre elles, que l’adaptation sera encore très longue voire impossible.

Il présente ensuite des régimes alimentaires préconisés par ses pairs (Kousmine, Burger, Fradin) puis le sien. En résumé:

  • il interdit: blé, seigle, orge, maïs, avoine, pain d’épeautre, laits animaux et leurs dérivés (beurre, fromage, crème, yaourts, glaces), sel et sucre blancs raffinés, chocolat au lait, confitures, huiles raffinées, margarines, bière et conserves.
  • il déconseille: les aliments cuits à plus de 110°C, dont charcuteries, viandes et poissons cuits, foie, rognons, œufs trop cuits, huiles et oléagineux cuits.
  • il recommande les cuissons brèves, à l’étouffée ou en vapeur douce.
  • il autorise les viandes et charcuteries crues, les œufs et poissons crus ou cuits modérément, les crustacés, fruits de mer, produits fumés (avec modération), les légumes verts ou secs, le soja, les crudités, les fruits frais ou secs, les oléagineux crus, le miel, les pollens, le riz, le sarrasin, le sésame, le chocolat noir (modérément), les graines germées de céréales ancestrales et légumineuses, les huiles obtenues par première pression à froid, le sel et le sucre complets, l’eau du robinet et les eaux minérales, la chicorée, les infusions, le café et le thé (modérément) et même l’alcool (pas trop non plus hein), sauf la bière.

Il complète ce tableau par des préconisations détaillées, par exemple celle de privilégier les aliments bio, respecter une certaine frugalité, avoir une bonne hygiène de vie générale (arrêt du tabac, pratique de sports…). Il recommande la prise de compléments alimentaires.

Les chapitres suivants donnent des rappels de génétique puis les 15 facteurs extérieurs qui, après la génétique, pourraient influencer l’apparition de maladies (radiations, polluants, stress…) parmi lesquels l’alimentation aurait un rôle prépondérant.

L’auteur poursuit avec:

  • des rappels d’immunologie puis une présentation des maladies en rapport avec celle-ci: certaines polyarthrites, la spondylarthrite ankylosante, des rhumatismes,  l’arthrite chronique juvénile, le lupus érythémateux disséminé, la sclérodermie, la dermato-myosite, la fasciite de Shulman, la maladie de Basedow, la thyroïdite de Hashimoto, la sclérose en plaques, la maladie coeliaque, l’hépatite chronique active, certaines neuropathies, le diabète sucré insulinodépendant
  • des rappels de chimie et physiologie cellulaire, puis sa théorie de l’encrassage et les pathologies qui, selon lui, en découlent. En résumé, selon lui, diverses substances peuvent s’accumuler dans votre corps et provoquer des dysfonctionnements. Les maladies dues à ce phénomène seraient notamment la fibromyalgie, certaines tendinites, l’arthrose, l’ostéoporose, la dépression nerveuse endogène, la schizophrénie, la maladie d’Alzheimer, celle de Parkinson, le diabète de type 2, l’hypoglycémie, l’hypercholestérolémie, le surpoids, l’obésité, l’athérosclérose, le glaucome, le vieillissement prématuré, les cancers et leucémies, et j’en passe.
  • puis il aborde sa théorie de l’élimination: pour lui, lorsque l’organisme cherche à se débarrasser de déchets, cela peut provoquer également des désordres significatifs. Il détaille notamment la colopathie fonctionnelle, la maladie de Crohn, l’acné, le psoriasis, l’eczéma, les infections O.R.L. à répétition chez les enfants, la rhinite et la sinusite chroniques, le rhume des foins, les conjonctivites allergiques, les aphtes, la fatigue chronique, etc.

Pour chacune de ces maladies, il présente les mécanismes en jeu selon lui, et les effets de son régime hypotoxique sur celles-ci. Il y voit des succès francs voire spectaculaires dans la plupart des cas et le plus souvent dans les trois premiers mois, ainsi que quelques cas d’échecs francs, alors que seulement 10% d’intermédiaires présentent une réponse partielle à ce régime. Parmi les grands succès, il y a notamment la polyarthrite rhumatoïde, la sclérose en plaque, la dépression endogène, l’hypercholestérolémie, le surpoids, l’acné, le rhume des foins. Par ailleurs, le changement nutritionnel n’aurait aucun effet du tout sur certaines maladies telles que la narcolepsie ou le diabète de type 1, bien qu’il espère une action préventive.

L’auteur s’intéresse ensuite à la mise en oeuvre opérationnelle de son régime hypotoxique. Il explique notamment que celui-ci, pour avoir les effets escomptés, doit être strictement suivi. D’après lui, s’il n’est appliqué qu’à 90%, le bénéfice n’est que de 50%. Il rassure le lecteur sur le budget de cette alimentation, sur les risques de carence. Il juge que pour qu’un tel régime soit correctement suivi à long terme, il faut que le patient soit intelligent, et/ou confiant dans son médecin, et doté d’une volonté suffisante. Plus loin, il aborde la question de la micronutrition et la nécessité de prendre des compléments alimentaires. Enfin, il présente des considérations autres qu’alimentaires, et notamment les relations entre alimentation et développement durable.

Voilà pour la lecture de l’ouvrage à proprement parler. Pour que cet article soit aussi objectif que possible, je vais aussi en faire une critique.

  • Concernant les auteurs

Le corps médical estime que les propos du Dr Seignalet ne sont pas encore prouvés. Ce que j’en vois à ce jour, c’est que ses hypothèses ne sont à ce jour ni scientifiquement confirmées, ni vraiment réfutées (lecteurs, n’hésitez pas à commenter cet article si vous pouvez apporter des compléments intéressants – si possible, mettez des liens vers vos sources).

De plus, ses pairs craignent que ses prises de positions n’incitent les patients à retarder leurs traitements médicaux en cas de mauvaise lecture de l’ouvrage. Ceux qui l’auront lu constateront heureusement que le Dr Seignalet ne s’oppose pas aux soins habituels, lorsqu’une maladie apparaît. Il affirme au contraire travailler avec les médecins traitants de ses patients, en respectant leurs choix. Dans la plupart des cas, les traitements médicaux habituels sont maintenus. Parfois, ils sont arrêtés, soit contre l’avis des médecins -y compris de l’auteur-, soit après une rémission partielle ou totale.

Enfin, le corps médical reproche au Dr Seignalet de n’avoir jamais publié ses résultats concernant le régime hypotoxique, alors qu’il a correctement publié le fruit d’autres études. Or, la publication est une étape importante en recherche, car elle implique une relecture des expérimentations et de leurs résultats par des tiers. Elle valide la force scientifique de la théorie en l’exposant aux critiques.

Par ailleurs, la préface est rédigée par le Dr Joyeux. Ceux d’entre vous qui suivent l’actualité le concernant savent qu’il vient d’être radié de l’Ordre des Médecins pour avoir (mal) mené une lutte contre certaines vaccinations imposées (cf. résumé sur Wikipedia).

  • Concernant le régime préconisé

Je ne trouve pas qu’il soit aussi facile à suivre qu’il l’affirme, notamment socialement. Il interdit de nombreux aliments qui sont à la base de l’alimentation française. Les quelques menus proposés me semblent manquer de sucres lents. Je me mets à la place du lecteur suffisamment convaincu pour suivre ses préconisations: si je les suivais strictement, je sais d’expérience que je perdrais une bonne partie de mon énergie. Quand je parle d’énergie, je parle d’efficacité au travail, d’intérêt dans ma vie personnelle, de bonne humeur générale, de capacité de résolution des problèmes courants, etc. En outre, en réduisant mon choix d’aliments possibles, ce mode d’alimentation risque de me faire manger plus souvent la même chose et ainsi, de courir d’autres risques. Enfin, d’une façon plus globale, respecter scrupuleusement ses consignes implique, dans la plupart des milieux, d’informer son entourage sur le suivi de ce régime. Cela expose l’individu à devoir se justifier régulièrement auprès d’un auditoire parfois peu réceptif voire réfractaire, ou ne fréquenter que d’autres personnes similaires. La justification est aisée pour celui qui présente une pathologie avérée telle qu’une intolérance au gluten, confirmation médicale à l’appui, mais c’est plus difficile à gérer pour une personne en bonne santé qui cherche juste à le rester. Par exemple, lors d’une invitation chez des amis, cela impose de venir avec son propre repas ou d’informer la personne qui cuisine de ce que l’on peut ou ne peut pas consommer.

De plus, étrangement, les compléments alimentaires sont présentés comme faisant partie intégrante de ce mode d’alimentation alors que les autres produits très transformés, industriels, sont plutôt bannis. Il me semble, personnellement, que l’on devrait plutôt rechercher une façon de s’alimenter satisfaisante à partir des aliments bruts.

  • Concernant les expérimentations

Il y a un point qu’il aborde lui-même page 500, c’est que pour prouver l’efficacité d’un remède, il faut l’appliquer en simple aveugle (certains patients le reçoivent, d’autres non, et aucun ne sait s’il a reçu le remède ou le placebo) ou en double aveugle (le médecin ne sait pas non plus ce qui est donné au patient). Cela permet d’éliminer l’effet placebo, celui du charisme du médecin, et certainement d’autres biais encore. Le Dr Seignalet explique dans l’ouvrage pourquoi il n’a pas retenu ces méthodes. Je comprends, notamment, qu’il ait voulu que tous ses patients soient soignés au plus vite; en revanche, ses résultats ne prouvent pas rigoureusement l’efficacité de ses préconisations. Il correspondent à mon avis à une première étape, qui ne sera réellement exploitable qu’après des travaux scientifiques appropriés.

  • Concernant la présentation de l’ouvrage

C’est ici que je serai la plus subjective. J’ai un esprit extrêmement scientifique, et… Beaucoup d’imagination. J’ai donc tendance à identifier en divers points, des failles dans le raisonnement, des hypothèses qu’il aurait fallu aborder et évincer avant de passer à la suite. Certains d’entre vous me trouveront affreusement rhétorique. Si vous êtes un convaincu, vous me répondrez: « oui, mais ce régime fonctionne sur ce que j’ai ». C’est à mon avis totalement compatible avec le fait que le raisonnement du Dr Seignalet dans cet ouvrage me semble encore incomplet. Les convictions personnelles sont des cas particuliers, qui peuvent être nombreux sans pour autant valider une théorie générale. L’auteur pourrait avoir considéré que ces points étaient si évidents pour lui qu’il n’était pas utile de les aborder ici. Cependant, la lectrice que je suis aurait eu besoin que ce travail soit fait. Là, il me laisse seulement l’impression d’avoir bâti un édifice sans consolider les fondations.

Par exemple, il estime que de nombreuses maladies actuelles sont apparues en même temps que certaines évolutions alimentaires. Or, pour moi, la concomitance n’est pas une preuve de lien de cause à effet. Elle permet de se douter d’un lien avec l’alimentation, mais d’autres explications pourraient être imaginées. Par exemple, la sédentarisation le regroupement progressif des populations dans des villages ou villes ont-t-ils favorisé certaines habitudes de vie (modes de consommation, promiscuité éventuelle avec les déchets ou certains animaux, …), ou le partage de microbes potentiellement responsables de ces pathologies?

Dans le même registre, il considère que le blé et le maïs sont trop nouveaux, voire mutés au fil de l’évolution, dans notre alimentation pour que nos organismes aient pu s’y adapter. De plus, il reproche à ces aliments d’être systématiquement consommés cuits, ce qui serait néfaste. En revanche, il tolère l’alcool dans le régime hypotoxique. Ce dernier n’est-il pas récent, lui aussi? De même, il ne reproche rien aux pommes de terre, que les européens ne consomment que depuis récemment et qui ne se mangent que cuites. Il valide la consommation de certaines viandes, alors qu’elles sont, elles aussi, très différentes de leurs équivalents ancestraux ou de ceux que l’on trouve encore dans certaines contrées. Depuis la nuit des temps agricoles, avant même l’invention des O.G.M., les humains croisent les meilleures bêtes pour obtenir des animaux qui répondent au mieux à leurs besoins. Pour vous faire une idée, pensez à un animal domestique: le chien. Il ne ressemble plus du tout à son ancêtre le loup. Appliquez le même principe aux vaches, chèvres, moutons, porcs… Vous me suivez? J’aurais aimé que le Dr Seignalet expose davantage les raisons pour lesquelles il fustige certains aliments plutôt que d’autres: les pages dédiées à ce sujet me semblent insuffisantes.

Pour rester dans le sujet de l’évolution, le lait et les produits laitiers sont interdits par son régime. Or, effectivement, il existe actuellement un débat sur ce sujet. Pour résumer, certains acteurs communiquent sur les bienfaits du lait et d’autres, sur les dangers qu’il représente. Cependant, il me semble que ce débat oublie généralement de rappeler que l’humanité a connu des épisodes de disette fréquents et parfois sévères. Il a pu être utile, voire important, de pouvoir consommer une large gamme d’aliments, y compris le lait, pour survivre lorsque certaines matières premières manquaient. Pour moi, les questions ne devraient pas se résumer au fait que le lait soit bon ou pas pour la santé, mais à s’interroger sur sa consommation et sa production idéales. J’espère pouvoir vous consacrer un article à ce propos une autre fois.

En tout cas, cet ouvrage me semble bien montrer que l’auteur est un médecin et non un professionnel de la recherche ou du secteur de l’alimentation, dans lequel je regroupe l’agriculture, l’agronomie, l’agroalimentaire et les services autour de ces secteurs. Par exemple, je désapprouve son paragraphe intitulé: « existe-t-il des dangers à manger cru?« . Je cite: « Les grandes toxiinfections alimentaires, survenant dans les collectivités, sont secondaires à l’ingestion de plats cuits contaminés par des staphylocoques ou des salmonellas provenant du cuisinier« . On sait aujourd’hui que de nombreuses intoxications alimentaires ne sont pas le fait des préparants, et/ou peuvent concerner des produits crus contaminés chez les fournisseurs de la restauration plutôt que par les brigades de cuisine. Par exemple, rappelez-vous des scandales alimentaires dus à la présence de E. coli dans des graines germées ou des concombres, pourtant crus et auxquels aucun cuisinier n’a touché. Ce n’est qu’une illustration parmi d’autres -il faudrait aussi que je vous prépare un article sur le sujet. Bien sûr, les cuisinants peuvent contaminer des aliments ou, par leurs pratiques, favoriser un développement de germes, mais il ne sont pas responsables de toutes les intoxications alimentaires. Si le principe de cuisson des aliments s’est à ce point généralisé dans l’humanité, c’est qu’il apporte aussi des bienfaits, notamment parce qu’il détruit des germes ou des toxines (de façon plus ou moins forte en fonction de l’intensité et du temps de cuisson, et de la nature du germe ou de la toxine) et permet une meilleure conservation des aliments. Je pense que ce qu’il faut seulement comprendre ici qu’il recommande la consommation d’aliments crus de bonne qualité et un respect scrupuleux de l’hygiène en collectivités.

Abordons ensuite la question de sa méthode. Le Dr Seignalet présente un régime alimentaire qui guérirait de très nombreuses maladies. Or, dans le passé, les panacées étaient très rares: en général, lorsqu’un élément avait un effet aussi marqué sur autant de pathologies, c’est qu’il était suspect. Dans le cas du régime hypotoxique, je pense que la clé réside dans les investigations futures qui seront faites à partir de ces théories. Il faudrait distinguer les effets du « sans gluten » de ceux du « sans lait », « sans maïs », « sans gluten + sans lait », etc., sur les différentes maladies citées. Il existe des techniques statistiques pour tester cela en minimisant le nombre d’expériences à mener. D’ailleurs, parlons justement de mathématiques. Elles sont indispensables à toute recherche scientifique. Elles servent à déterminer la taille minimale d’un échantillon de personnes pour que les résultats observés soient exploitables. Elles permettent de comparer des groupes et de définir si les différences observées sont significatives. Les résultats obtenus par le Dr Seignalet sont décrits comme spectaculaires, mais j’aurais aimé que l’ouvrage s’attarde autant sur leur valeur statistique que sur les notions de biologie. Cela auraient permis, par exemple, d’évincer des explications autres qu’alimentaires aux effets observés. Par exemple:

  • Au sein des groupes de patients étudiés, certains ont gardé leur traitement médical initial, d’autres ont reçu un traitement modifié, et d’autres enfin l’ont stoppé. Comment l’effet « traitement médical » a-t-il été séparé de celui du régime alimentaire?
  • Les rémissions sont-elles toujours exclusivement imputables au régime hypotoxique? Prenons l’exemple de la dépression. Je comprends bien que l’auteur ait observé des résultats positifs de ce régime sur ses patients. Cependant, comment l’auteur sait-il que les améliorations sont dues seulement à celui-ci, et non pas à son charisme de médecin, à l’attention particulière portée aux personnes qui en souffrent, à l’espoir donné, au fait qu’on leur donne quelque chose à faire contre leur problème et que celle-ci nécessite une certaine concentration au quotidien, faisant diversion par rapport à certaines de leurs préoccupations? Pour l’anecdote, je me souviens qu’à Madagascar, on m’a raconté que tout soignant devait systématiquement donner un « fad » au soigné, c’est-à-dire, justement, « quelque chose à faire » pour aller mieux. Cela faisait partie du soin. De même, chez nous, un patient s’attend toujours à recevoir une ordonnance de son médecin, même quand sa maladie pourrait guérir seule. Il est rassurant de sentir que l’on a le pouvoir d’agir. Et si cela fonctionnait aussi sur la dépression?
  • Toujours dans le même état d’esprit, de nombreuses rémission sont décrites avec une normalisation du poids du patient, le plus souvent un amaigrissement. Comment savoir si l’effet positif de ce régime sur les différentes maladies étudiées était dû à sa composition ou à la modification pondérale? De plus, comment savoir si cet amaigrissement est dû à la nature du régime, ou à la diminution du nombre de calories ingérées? Je présume de cette dernière d’une part parce qu’il recommande une certaine frugalité, et d’autre part car, pour les gens qui suivent ses préconisations, les tentations habituelles de journée sont inaccessibles: le pain à table, le croissant de la boulangerie d’en face, la pâtisserie amenée par un ami, sont autant d’interdits stricts susceptibles de diminuer la ration totale quotidienne. Moins de « craquages » = moins de kilos superflus = moins de maladies?

Il y aurait encore beaucoup à dire sur cet ouvrage. J’aurais aimé zoomer sur quelques pathologies, mais cet article est déjà très long. En résumé, ce livre préconise de respecter le régime hypotoxique si possible avant de développer la moindre maladie, et le plus tôt possible après l’apparition d’une pathologie. J’ai trouvé que les théories avancées étaient intéressantes, plutôt bien étayées, mais pas encore suffisamment. Il me manque certains approfondissements notamment statistiques, et la distinction des effets des composantes du régime sur les pathologies. Celle-ci autoriserait peut-être un peu plus de souplesse dans le suivi de ces préconisations. De plus, j’ose espérer qu’il existe des méthodes de production responsables, qui permettent de déguster sereinement du lait et du gluten. Je crois fermement au pouvoir des activités de Recherche et Développement sur ce sujet.

Je compte fortement sur la communauté scientifique pour réaliser des recherches suffisantes et j’ai hâte d’en connaître les conclusions. Je trouve très intéressant que l’on recommence, depuis quelques temps, à s’intéresser à la prévention des maladies et non pas seulement à leur soin, et que l’on relie de mieux en mieux les sciences de l’alimentation et médicales.

Par ailleurs, cet ouvrage date de 2001. N’hésitez pas à compléter cet article via les commentaires, ou la citation d’études ultérieures complétant celui-ci.

J’espère que cet article vous sera utile.

 

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2 commentaires sur « D’où vient cette mode du « sans lait » et du « sans gluten »? »

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