Découvrez ce que les français pensent de leur chaîne alimentaire

Comment les résultats des Etats Généraux de l’Alimentation conditionneront-ils l’avenir?

Souvenez-vous. Les Etats Généraux de l’Alimentation (EGA) conduisent depuis cet été une réflexion participative sur le thème de l’alimentation, de la fourche à la fourchette. Quatorze ateliers thématiques ont été menés dans le cadre de deux chantiers: la création et la répartition de la valeur, et une alimentation sûre, saine, durable et accessible à tous. Pour les alimenter (sans vouloir faire de jeu de mots), une consultation publique s’est déroulée du 20 juillet au 10 novembre 2017 sur dix sujets phares.

Chacun d’entre eux est abordé sous trois angles: le problème, les causes, les solutions. La participation fut gratuite et ouverte à tous: il suffisait de se créer un compte (y compris sous pseudonyme), puis de voter pour les causes et solutions déjà suggérés ou d’en proposer de nouveaux sous forme de contribution. La présentation permet de visualiser les votes en faveur et en défaveur des propositions émises. Elle mentionne aussi les pseudos de leurs auteurs. C’est ainsi que l’on découvre, en plus des contributions individuelles, une proportion significative de participation de professionnels (UFC Que Choisir, Confédération Paysanne, l’ANIA…). Il y a ainsi eu plus de 17000 contributions, 163000 votes et près de 1800 solutions proposées. Cela semble beaucoup, mais cette participation est à mettre en perspective: nous sommes tout de même plus de soixante millions de français.

En guise de préambule, voici d’ores et déjà un aperçu des participations:

Consultation Nombre de contributions Nombre de votes Nombre de solutions proposées
Comment rémunérer plus équitablement les producteurs ? 3549 33565 310
Comment mieux intégrer la réalité des coûts de production ? 955 8114 101
Comment accompagner la transformation de notre agriculture ? 4100 42772 378
Comment mieux informer les consommateurs ? 2000 18792 214
Comment renforcer la sécurité sanitaire de l’alimentation ? 1748 19512 155
Comment favoriser l’accès du plus grand nombre à une alimentation suffisante et saine ? 1024 7572 183
Comment soutenir des modes de consommation plus responsables ? 2240 21462 220
Comment valoriser le modèle alimentaire français ? 559 4679 96
Comment accompagner la stratégie d’internationalisation de nos entreprises dans le respect des enjeux environnementaux, sociétaux et sanitaires ? 420 3686 72
Comment renforcer la politique française de coopération et d’aide au développement en matière d’alimentation ? 418 3334 60

Comme vous le voyez, certains thèmes furent particulièrement populaires: comment rémunérer plus équitablement les producteurs? Comment accompagner la transformation de notre agriculture? Comment soutenir des modes de consommation plus responsables? Ils récoltent à eux trois plus de la moitié des contributions, votes et solutions proposées. S’agit-il de sujets préoccupant davantage les français, ou de ceux qui font l’objet de davantage de désaccords?

La synthèse détaillée des résultats, disponible sur le site www.egalimentation.gouv.fr à partir du 15 décembre 2017, devrait être instructive et décisive. En effet, l’Etat a clairement annoncé que ces résultats serviront à définir une feuille de route nationale.

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« Le charme discret de l’intestin »: ce que j’en retiendrai

Lorsqu’une amie m’a prêté ce livre au titre amusant, je ne savais pas encore qu’il s’était déjà vendu à plusieurs millions d’exemplaires. C’est ainsi que j’ai eu l’excellente surprise de découvrir un ouvrage très bien écrit par une jeune médecin et illustré par sa soeur, sur le thème de la digestion, avec autant de sérieux que d’humour. Ne commencez surtout pas à lire les premières lignes: vous risqueriez de l’engloutir cul sec. Je vous propose de partager avec vous les quelques notes que j’ai prises au cours de ces trois cents cinquante pages, reprenant mes passages préférés.

La salive aurait des propriétés anti-dépressives

La salive, c’est du sang filtré. Elle contient du calcium, des hormones, des anticorps, et… Des opiorphines. En effet, notre bouche a à la fois besoin d’une extrême sensibilité afin de pouvoir détecter le moindre grain de sable qui crisserait sous la dent, et d’une certaine résistance pour éviter que chaque signal ne nous fasse crouler sous la douleur. Elle est donc très bien innervée mais également protégée par ces substances, qui auraient des propriétés antalgiques et anti-dépressives. Cela explique pourquoi les maux de gorges ou petites plaies font moins mal après les repas. Il est possible que dans quelques années, un lien entre la salive et l’envie de manger pour se réconforter soit mis en évidence.

L’ablation des amygdales ou de l’appendice peuvent faire grossir

Le pharynx (incluant les tonsilles linguales et pharyginennes, les amygdales) et l’appendice sont constitués de tissu lymphoïde, intervenant dans le système immunitaire. Les amygdales ont un rôle dans l’apprentissage de l’immunité, c’est pourquoi il est déconseillé de les ôter avant l’âge de 7 ans. L’appendice, lui, est une sorte de réservoir de bonnes bactéries prêtes à recoloniser le tube digestif après un traitement médicamenteux ou une grosse colique, avant que des germes moins aimables ne s’y installent. Leur ablation est parfois nécessaire, par exemple en cas d’infection, mais il faut savoir que le système immunitaire, dont ils font partie, est impliqué dans la régulation du poids ou de la santé cardiaque. Il n’est pas rare de grossir après une ablation de l’appendice, même si des mécanismes de secours existent, par exemple de nombreuses cellules immunitaires dans le gros intestin, lequel se trouve juste après l’appendice.

Contre le Reflux Gastro-Oesophagien (R.G.O.), il est conseillé de se tenir droit et de boire des tisanes

Eh oui. L’oesophage est relié à la colonne vertébrale par des fibres nerveuses. Se tenir droit après un bon repas lui permet de s’étirer.

L’absorption d’un liquide permet de maintenir un sens de circulation « normal ». Avez-vous remarqué l’asymétrie de l’estomac? Il est plus court d’un côté que de l’autre. Cela lui permet de trier ce qui nécessite du travail de sa part, pour malaxer les aliments dans sa partie gauche, de ce qui doit couler directement dans l’intestin le long de la paroi droite.

Pourquoi il est utile de manger des fruits et légumes frais

Je cite: plus une pomme est croquée fraîche, plus le nombre de cellules intactes, donc utiles à notre organisme, arrivant dans l’intestin est important.

L’air est un aliment

L’auteure va même plus loin. Elle avance qu' »une partie non négligeable de notre poids est induite par des atomes inspirés plutôt que par le saucisson-beurre« . Pensez-y avant votre prochaine cigarette.

Pour commencer à éliminer des graisses, il faut faire au moins une heure de sport

Je suis sûre que la plupart de celles et ceux qui surveillent leur ligne le savent déjà, mais elle le confirme. L’excès de sucre est stocké soit dans le foie, sous forme de glycogène, soit dans le tissu adipeux. Il est vital de ne pas épuiser les réserves à la moindre occasion. C’est pourquoi, le corps ne puise dedans qu’après un certain temps d’effort. Ce moment est facile à repérer: c’est celui de la première baisse de performances.

Pourquoi il est important de bouger et de consommer les bonnes graisses

Les lipides sont insolubles dans l’eau et donc dans le sang. Ils ne sont donc pas transportés par les vaisseaux sanguins, mais par des vaisseaux lymphatiques, qui accompagnent ces derniers partout dans le corps. Contrairement aux vaisseaux sanguins, dont la circulation est impulsée par le cœur, les vaisseaux lymphatiques ne sont pas animés par muscles. Pour faire circuler la lymphe, il faut donc que le corps soit en mouvement. Ces vaisseaux convergent vers le conduit thoracique, qui mène la lymphe au cœur. Pour faire court: les protéines et glucides passent par le foie puis le cœur, tandis que les lipides passent par le cœur puis éventuellement par le foie.

C’est pourquoi, Giulia Enders fait une pub d’enfer pour l’huile d’olive vierge extra, pressée à froid. Elle estime que ce produit vaut l’investissement financier qu’il représente, pourvu qu’il soit consommé cru, protégé de l’air et conservé au frais. Quant à la cuisson des aliments, elle recommande quand-même des graisses solides telles que le beurre ou la graisse de coco, ou des huiles adaptées à la cuisson. De nombreuses études suggéreraient en effet un effet protecteur contre certains cancers, l’artériosclérose, la maladie d’Alzheimer, l’arthrite rhumatismale, la dégénérescence maculaire (maladie des yeux) voire… La graisse abdominale, par blocage d’une enzyme fabriquant de la graisse à partir des surplus de glucides.

Elle explique que les graisses animales contiennent plus d’acide arachidonique que les huiles végétales (pour un zoom sur ce qu’est un acide gras, voir mon article à ce propos). Celui-ci servirait à produire des messagers chimiques médiateurs de la douleur. Les huiles végétales, à l’instar de celles de colza, lin et chanvre, contiennent plus d’acide alpha-linolénique, anti-inflammatoire.

Vous découvrirez aussi dans ce livre pourquoi l’huile d’olive n’est pas si bonne en utilisation cosmétique, pour la peau ou les cheveux.

Au final, à moins d’être des géants et/ou des sportifs, nous ne devrions généralement pas consommer plus de 56g de lipides par jour.

Le blé n’a pas envie d’être mangé, alors il s’arrange pour déplaire à nos intestins

J’ai adoré la façon dont elle a présenté cette partie. Je vous la fais courte: le blé veut bien que l’on mange un peu des siens, mais pas trop, car son but, comme tout être vivant, c’est quand-même de se reproduire. Alors, quand on le fait pousser trop vite, qu’il n’a pas le temps de bien se développer, il est moins facile à digérer, de sorte qu’on le délaisse. Le gluten mal digéré peut s’immiscer entre les parois des cellules intestinales et desserrer leurs liens, allant jusqu’à abîmer fortement le tube digestif.

Elle a confirmé les propos du Dr Seignalet dans un ouvrage que j’ai résumé ici. La sensibilité, voire l’intolérance au gluten (maladie cœliaque), pourrait provenir d’une augmentation de la perméabilité de l’intestin, laquelle pourrait être favorisée par le stress, l’alcool ou les antibiotiques. Selon ses investigations, environ une personne sur cent serait intolérante au gluten, mais bien davantage seraient sensibles à cette substance. En cas de maux de ventre, de tête ou articulaires, elle recommande l’arrêt du gluten pendant quelques semaines pour déterminer s’il a pu causer ces symptômes.

Les grosses fringales et le grignotage continuel pourraient venir d’un syndrome de malabsorption du fructose

L’offre d’aliments riches en fructose (non seulement des fruits, mais aussi d’autres aliments sucrés) a explosé en une génération, alors qu’apparaît le syndrome de malabsorption du fructose: celui-ci s’accumule dans nos cellules et en gêne le fonctionnement, ou alors son transport est insuffisant et il est expédié vers le gros intestin, nourrissant la flore qui s’y trouve, s’ajoutant à ce qu’elle reçoit par une alimentation déjà riche. Le corps va donc s’en débarrasser dans les toilettes, évacuant du même coup le précieux tryptophane, ingrédient de la fabrication de la sérotonine… Hormone du bonheur et de la satiété.

Pour elle, ce syndrome serait dû à un excès de consommation de fructose au regard de la quantité d’enzymes que nous avons pour le traiter. Manger moins ou mieux pourrait ainsi améliorer l’humeur et diminuer l’addiction au grignotage.

Giulia Enders met également en garde contre les réactions excessives. Vous découvrirez dans ce livre que pour elle, la plupart des intolérances sont « incomplètes »: une fois la phase aiguë traitée, des aliments peuvent être progressivement réintroduits dans le régime alimentaire quotidien. Un bel espoir pour les personnes concernées…

Il est conseillé de laisser passer 5 heures entre chaque repas

Les aliments que nous ingérons passent environ 24h dans notre tube digestif.

Environ une heure après la digestion, un phénomène appelé Complexe Moteur Migrant -C.M.M.- évacue le contenu de l’estomac dans l’intestin grêle, faisant à cette occasion un « gargouillis » que nous pouvons parfois entendre. Il ne signifie pas que nous avons faim, mais que l’estomac profite d’un moment calme pour vider ce qu’il lui reste. Ce phénomène ne peut pas avoir lieu en cas de grignotage intempestif, car il risquerait d’évacuer des nutriments fraîchement avalés au risque de ne pas pouvoir les assimiler.

En cas de nausées, consommez du gingembre

Je croyais que c’était un remède de grand-mère, il est confirmé dans ce livre. Un jour, il faudra que je cherche comment fonctionne ce phénomène.

L’intestin communique avec certaines zones du cerveau, mais pas toutes

L’intestin envoie des signaux aux zones du cerveau correspondant à la perception du « moi », à la gestion des sentiments, à la moralité, à la peur, à la mémoire et à la motivation. Les messages sont reçus par des sphères n’appartenant pas toujours au domaine du conscient. D’ailleurs, l’auteure raconte comment des scanners cérébraux ont permis de relier les inconforts digestifs avec des déprimes.

Le corps humain est ainsi conçu que le cerveau peut imposer des « pauses » au système digestif afin d’utiliser son énergie pour un problème plus grave et plus urgent. Cela ne fonctionne bien sûr que pendant un temps limité, au-delà duquel c’est le système digestif qui va se plaindre au cerveau de ne pouvoir travailler correctement. C’est alors qu’apparaissent fatigue, manque d’appétit, mal-être ou coliques. Il peut aussi nous faire ressentir de façon différée les effets d’une crise.

Des scientifiques vont jusqu’à pressentir que notre ventre, et en particulier notre flore intestinale, pourrait dicter nos comportements.

Giulia Enders s’étend ici sur les liens entre le « cerveau de la tête » et le « cerveau de l’intestin » (l’expression est de moi). Je vous recommande de lire directement ses exemples (notamment sur la complémentarité entre la psychothérapie et les soins médicamenteux) et arguments, car c’est très intéressant et je ne l’expliquerai pas mieux ici.

L’étude de nos microbiotes est très prometteuse

Nos tubes digestifs contiennent chacun leur propre population de microbes. Cela constitue presque une carte d’identité, alors que pour l’instant, nous en sommes juste à distinguer trois entérotypes différents chez nos congénères: ceux dont la famille bactérienne régnante s’appelle les bactéroïdes (spécialistes de l’assimilation des glucides et de la construction d’enzymes capables d’assimiler autre chose, aimant la viande, les acides gras saturés et stocker de l’énergie donc des graisses), ceux qui obéissent à la famille des Prevotella (plutôt végétariens, mais pas exclusivement, et dont le travail fournit des composés souffrés odorants, si vous voyez ce que je veux dire), et enfin ceux qui contiennent principalement des bactéries de la famille Ruminococcus (friands de parois cellulaires des végétaux – pour la petite histoire, l’auteure vous expliquera dans le livre, page 230, pourquoi un personnage semblable à Dracula a certainement existé).

Ces microbes étant vivants, ils ont un matériel génétique dont la somme est appelée le microbiome, constitué d’environ cent cinquante fois plus de gènes qu’un être humain! Vous risquez de voir ce terme dans différents articles médiatiques à l’avenir.

Cette flore intestinale peut conditionner notre sensibilité à certains germes pathogènes ou médicaments, notre capacité à profiter de l’effet bénéfique d’une substance, voire faire grossir.

Comment la flore intestinale peut-elle faire grossir?

L’auteure propose trois hypothèses:

  1. La trop forte proportion de bactéries favorisant le stockage de l’énergie.
  2. Une inflammation subclinique (c’est-à-dire à peine détectable) due à une alimentation trop riche ou à la présence de certaines bactéries, déclenchant des messages chimiques pro-inflammatoires et donc un stockage de la graisse, par exemple dans le foie ou les tissus adipeux, en prévision d’éventuels temps difficiles. Je cite: « Contrairement à une « vraie » infection qui affaiblit le corps et lui ordonne une cure amaigrissante, l’inflammation subclinique fait grossir. Et il n’y a pas que les bactéries qui soient capables de déclencher des inflammations subcliniques: parmi les causes observées, citons encore les déséquilibres hormonaux, un excès d’oestrogènes, une carence en vitamine D ou une alimentation riche en gluten« .
  3. Une influence des bactéries intestinales sur l’appétit de leur hôte. Ces petites âmes microscopiques seraient capables de nous « récompenser » lorsque nous leur donnons ce qu’elles recherchent! Ce chapitre est absolument vertigineux.

La différence entre prébiotiques et probiotiques

Après avoir lu cela, vous ne les confondrez plus jamais.

Nos plats traditionnels contiennent « naturellement » un certains nombre de microbes locaux, par exemple lorsqu’il y a eu fermentation. Si ces probiotiques arrivent vivants dans l’intestin, ils peuvent influencer la composition de notre flore intestinale et exercer un effet protecteur sur notre santé. Attention, toutes les bactéries ne résistent pas au processus de digestion, et l’efficacité des produits actuellement proposés par le commerce n’est pas encore démontrée.

La recherche sur les probiotiques s’oriente actuellement vers les traitements de la diarrhée, des maladies de l’intestin, du système immunitaire, voire d’autres troubles digestifs, du surpoids, de troubles articulaires inflammatoires, ou du diabète.

Les prébiotiques, eux, sont des aliments qui vont favoriser le développement de certaines bactéries par rapport à d’autres. Quelques aliments bien connus sont des prébiotiques: artichauts, asperges, endives, topinambours, ail, oignons, panais, salsifis, blé complet, seigle, avoine, poireau. Il paraît d’ailleurs que plus on en mange, plus on a envie d’en manger souvent.

Ma conclusion personnelle

En lisant cela, j’ai commencé à me demander si une nouvelle spécialité médicale n’apparaîtrait pas prochainement: jardinier de flore intestinale. J’imagine qu’un terme plus scientifique apparaîtra, mais que l’évolution des recherches permettra le développement d’une véritable discipline à part entière.

 

Pourquoi toutes vos recettes devraient mentionner le « T » des farines

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi certaines farines sont de type « T65 » ou « T45 »?

Si vous faisiez calciner de la farine dans un four à 900°C, il resterait, à la fin, des cendres. Le « T » ou « Type » de farine, correspond à leur proportion de ces substances non combustibles. Il est exprimé, non pas en pourcentage, mais en « pour 10 000 ». Par exemple, 1Kg une farine de type « T45 » contient typiquement 4,5g de cendres minérales.

A quoi cette classification sert-elle?

Concrètement, plus le « T » diminue, plus votre farine est blanche; plus il augmente, plus votre farine est complète:

  • La T45 est une farine blanche plutôt destinée à la pâtisserie;
  • La T55 est une farine blanche utilisée dans la confection du pain blanc;
  • La T65 est une farine blanche pour les pains « de campagne » ou « tradition »;
  • La T80 est dite « bise » ou « semi-complète », pour les pains du même nom;
  • La T110 est carrément une farine complète, donc pour le pain complet;
  • La T150, alors là ça ne rigole plus. C’est de la farine « intégrale » pour… Vous l’avez deviné, le « pain intégral ».
  • La T180 est une farine à l’ancienne.

Les farines complètes lèvent moins que les farines blanches.

Pourquoi les « T » élevés sont-ils tant appréciés par les magasins BIO?

Plus la farine est complète, plus elle est riche en son et proche de l’état naturel. Elle est donc plus susceptible de contenir des pesticides. C’est pourquoi, il peut être rassurant de les choisir BIO ou issues de modes de production responsables.

Pour ceux qui s’intéressent de près à la fabrication de la farine, je vous conseille le site de la Meunerie Française qui offre un bon résumé assorti de schémas.

Dans quelles farines trouve-t-on le plus de gluten?

Reprenons la présentation depuis le départ, ce sera plus clair.

Le grain de blé est entouré d’enveloppes. De l’extérieur vers l’intérieur, on les appelle le péricarpe, le tégument (ou testa, ou spermoderme) et l’épiderme (ou nucelle, ou bande hyaline).

 

Dans ces enveloppes, il y a la graine, c’est-à-dire une enveloppe (encore), l’albumen et l’embryon du blé.

L’albumen constitue la partie la plus volumineuse de la graine. Il est rempli d’amidon, lequel permettra d’obtenir de la farine. Celui-ci est enchâssé dans une matrice de 15 à 20% de protéines dites cytoplasmiques (albumines, globulines), et 80 à 85% de gluten ou protéines de réserve (gliadines et gluténines). 

[Pour mieux visualiser ces termes, voici un bon schéma ici].

Donc le gluten, c’est cela: deux types de protéines. Si vous arrivez à caser gliadines et gluténines dans une discussion anodine, je vous adresse toutes mes félicitations.

La transformation du blé permet de conserver plus ou moins d’enveloppes. Plus on les conserve, plus on obtient des produits finis riches en son. Moins on en a, forcément, et plus la farine est proportionnellement riche en gluten.

Le gluten est très intéressant dans l’agro-alimentaire, car il apporte de l’élasticité aux pâtes malaxées. Il rend les produits céréaliers cuits plus masticables. Les gliadines peuvent donner de l’extensibilité, de la viscosité et de la plasticité aux pâtes. Les gluténines améliorent leur ténacité et leur élasticité. Ces paramètres vont influencer le piégeage des bulles de dioxyde de carbone (CO2) dégagées sous l’action des levures, et vont donc donner une pâte plus ou moins levée, un produit plus ou moins « léger », alvéolé.

Les consommateurs intolérants au gluten doivent donc se tourner vers des produits alternatifs. Leur défi habituel est d’obtenir des aliments et préparations appétissants à partir d’autres ingrédients.

 

La discrimination, ça n’existe pas.

Qu’est-ce qu’une discrimination ?

C’est un traitement inégal des individus qui porte sur un ou plusieurs des critères de discrimination reconnus par la loi en France :

L’origine, le sexe, la situation de famille, la grossesse, l’apparence physique, le patronyme, l’état de santé, le handicap, les caractéristiques génétiques, les mœurs, l’orientation sexuelle, l’âge, les opinions politiques, les activités syndicales, l’appartenance ou la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.

La discrimination peut être volontaire ou involontaire. On parle de discrimination directe lorsqu’elle est délibérée et que la différence de traitement se fonde sur un critère prohibé par la loi, et de discrimination est indirecte lorsqu’une disposition, un critère, une pratique apparemment neutre, est susceptible d’avoir le même impact qu’une discrimination directe et d’entraîner un effet défavorable pour une personne ou un groupe de personnes en raison d’un critère prohibé par la loi.

Les discriminations peuvent avoir lieu dans de nombreuses situations : activités sociales (loisirs), économiques (entreprises, professions « réservées », …), politiques, milieu scolaire ou étudiant, etc.

Que risque-t-on en cas de pratiques discriminatoires ?

3 ans de prison et 45000€ d’amende.

Bon, à mon sens, avant d’en arriver à la sanction, on se prive d’abord d’une personne de valeur.

Pour ou contre l’instauration de discriminations positives ?

Le « pour » : cela donne une chance aux personnes discriminées d’accéder aux fonctions qui leur étaient initialement inaccessibles. Cela déclenche un cercle vertueux : celles-ci en encouragent d’autres à suivre leur voie, par exemple par réseautage ou tout simplement en constituant un modèle. Elles habituent en outre l’esprit de leurs concitoyens au fait qu’elles peuvent occuper efficacement lesdites fonctions. Ainsi, l’on aura plus facilement tendance à envisager quelqu’un dans un bon poste même s’il appartient à une ou plusieurs des catégories initialement discriminées.

Le « contre » : c’est injuste pour certains. Imaginez qu’à résultats équivalents, de deux lauréats d’un concours, on retienne celui qui appartient à une minorité habituellement discriminée, et pas l’autre. La personne non retenue n’était pas forcément quelqu’un qui aurait pratiqué la moindre discrimination dans sa carrière. Il va « payer » pour les générations qui l’ont précédé, alors qu’il n’est pas responsable de leurs actes et qu’il a mérité sa place autant que les autres. L’obligation de discrimination positive peut aussi avoir un autre impact: une fois le quota atteint, les personnes supplémentaires issues des minorités habituellement discriminées auront-elles autant que les autres un accès aux places convoitées? En outre, certains affirment que le diplôme ou l’entreprise soumis à l’obligation de discriminations positives peut perdre de sa valeur, quand bien même ses membres sont compétents. Les bénéficiaires de discriminations positives peuvent être injustement vus comme des profiteurs.

Alors, que faire?

  • A l’échelle individuelle ou privée : essayer de ne pas véhiculer de message discriminant ni pratiquer de discrimination, ni dans la sphère privée, ni dans la sphère professionnelle. Cela requiert d’être suffisamment ouvert d’esprit pour se demander régulièrement si l’on juge les individus sur leurs actes ou résultats plutôt que sur leur apparence, ou si ce que l’on fait ou dit peut avoir des conséquences discriminantes pour quelqu’un.
  • A l’échelle de l’entreprise : de plus en plus d’organisations sont engagées dans une démarche R.S.E. (Responsabilité Sociale des Entreprises). Bien qu’il existe encore des débats sur ce qu’il faudrait faire, elles ont le mérite de se poser des questions et de chercher les réponses les plus appropriées. Par exemple, comment peut-on mesurer la présence ou l’absence de pratiques discriminatoires ? Certaines entreprises vont suffisamment loin pour s’engager dans une démarche de reconnaissance. Par exemple, l’AFAQ 26000 ou le label Lucie sont des outils d’évaluation d’une entreprise au regard de leurs engagements R.S.E. Ils se basent en particulier sur la norme ISO 26000, relative à la Responsabilité Sociétale des Organisations. De façon plus ciblée, il existe aussi le Label Diversité, dont une version spécifique pour la fonction publique vient d’être publiée en juin 2016, ou encore le label Egalité Professionnelle.
  • Le site officiel de l’Etat donne quelques pistes de réflexion et de réaction.

Et vous, qu’en pensez-vous? Faut-il lutter contre les discriminations, et comment?

Notre métier a-t-il un sexe?

Femmes ingénieurs, exprimez-vous!

La Conférence des Ecoles Françaises d’Ingénieurs lance l’Opération Ingénieuses. Ce concours est ouvert jusqu’au 17 mars 2017. Les femmes ingénieurs en activité sont invitées à parler d’elles, afin d’encourager des vocations, et de communiquer leur valeur en milieu professionnel.

Pour avoir occupé un poste pionnier en matière de R.S.E. (Développement Durable) en entreprise, j’ai amplement lu sur le sujet de l’égalité des sexes dans le cadre de ma veille. Cette question est plus épineuse qu’il n’y paraît. 

Le plafond de verre

Cette expression est utilisée lorsque, dans une organisation hiérarchique, certaines fonctions ne sont pas accessibles à une ou plusieurs catégories de personnes. Par exemple, dans le cas présent, on pourrait parler de plafond de verre pour les femmes n’ayant pas ou peu accès aux hautes sphères des entreprises.

Elle peut émaner de plusieurs causes:

  • des entreprises refusant ces postes aux femmes, soit volontairement (cela devient rare), soit tacitement (« Unetelle? Non, elle n’a pas l’envergure. Mieux vaut faire monter Untel« .)
  • Les femmes elles-mêmes, qui n’osent pas candidater pour un poste parce qu’elles ne sont pas sûres d’elles.

Le machisme évident… Ou sous-jacent.

Heureusement, nous vivons dans un monde qui évolue. L’égalité des sexes est un sujet amplement abordé en France depuis plusieurs générations, ce qui nous a apporté quelques progrès. Celles qui ont connu des époques ou des lieux où les filles ont des difficultés d’accès à l’enseignement primaire et secondaire, à choisir leur mari ou à pouvoir utiliser une contraception, à travailler sans l’autorisation d’un tiers, ou à conduire des véhicules, doivent déjà trouver que nous avons beaucoup de chance.

Mais même en France, nos expériences sont disparates. Certaines d’entre nous ne se sont jamais senties discriminées sur leur sexe. D’autres si. La plupart d’entre nous naviguent entre deux eaux, et s’interrogent. Votre entourage, et les médias, foisonnent d’exemples inquiétants. Quelques extraits:

  • Un enfant interrogeant un adulte sur des sujets habituellement jugés « masculins » (maths, mécanique, foot, …) obtiendra-t-il une réponse aussi détaillée s’il est un garçon ou une fille? Répondra-t-on de la même façon à une fille en pantalon bleu et aux cheveux courts, ou à une fille en robe rose à couettes?
  • A notes égales, conseillera-on plutôt aux filles des filières littéraires et aux garçons des études scientifiques, ou pas?
  • Pense-t-on à prédire à des jeunes hommes en début de carrière qu’un jour ils auront des enfants et qu’à ce moment-là, ils seront moins investis dans leur travail?
  • Une femme osera-t-elle autant tenter de séduire un homme au travail qu’un homme, de séduire une femme?
  • La maternité et la paternité ont-elles le même impact professionnel?
  • Tente-t-on plus facilement de donner des ordres à l’un des deux sexes plutôt qu’à l’autre?
  • Tente-t-on plus facilement de justifier l’ascension hiérarchique d’une personne par des explications dégradantes (sexe avec un supérieur, …) pour une femme ou pour un homme?

Je me souviens par exemple d’une étude (il faudrait que je vous la retrouve) révélant que sur la route, à erreur égale, une femme se faisait klaxonner plus souvent qu’un homme, comme s’il fallait corriger ses erreurs, alors que 79% des personnes présentes aux stages de récupérations de points sont des hommes (attention aux biais, c’est peut-être aussi parce que beaucoup d’hommes ont des métiers nécessitant une mobilité). J’ai aussi entendu dire qu’en politique, une femme affirmant une conviction qui ne plaît pas à tous est attaquée sur son incompétence, tandis qu’un homme est attaqué sur ses idées. Est-ce vrai? Je n’en sais rien. En tout cas, les questions se posent.

Et vous? Quelles sont vos expériences personnelles?

La difficulté de positionnement des hommes

Contrairement à ce que l’on croit, la situation n’est pas toujours si facile pour eux.

Il existe, bien sûr, des machos assumés. Par contre, on parle moins de certaines personnes qui peinent à trouver leur place. 

Il y a des hommes tout à fait normaux, qui se font accuser de machisme injustement. Cela énerve. On m’a même déjà parlé de messieurs qui ne se sentent pas à l’aise avec des manageuses, de peur de passer pour des machos.

Il y en a qui sont tout à fait d’accord avec l’égalité des sexes, mais qui ont envie, tout de même, d’avoir le droit de critiquer une femme autant qu’un homme. Le sexe féminin ne protège pas de la stupidité, de l’agressivité, ou d’autres vices.

Il peut être tout à fait agaçant de rencontrer une femme mettant sur le dos des discriminations des évènements qui s’expliqueraient autrement. Oui, on peut être une femme et ne pas avoir le niveau pour briguer un poste; il faut savoir l’entendre.

Il y a aussi ceux qui craignent de payer pour les erreurs du passé. Prenez, par exemple, la question de la discrimination positive. Elle part d’une bonne intention: puisque personne ne laisse la place aux femmes, il faut leur en attribuer une d’office. Cependant, mettez-vous à la place d’un candidat pour un poste, qui se sent réellement meilleur que sa rivale. Comment vivrait-il l’ascension d’une personne jugée moins compétente? C’est extrêmement décourageant.

Les salaires sont-ils les mêmes selon le sexe?

La comparaison des salaires est très difficile.

De nombreuses études montrent qu’à ce jour, à travail égal, le salaire d’une femme est moindre. Ceci cache quand-même des disparités. A travail égal sur le papier, certaines femmes ne font que leurs heures de bureau, tandis que d’autres s’investissent à fond -avec ou sans enfants, d’ailleurs. A travail effectif égal, certains employeurs peuvent les rémunérer moins par simple impression qu’elles vont travailler moins. A travail égal toujours, certaines femmes vont, inversement, accéder à certains postes simplement parce qu’on espère qu’elles auront moins d’ambitions financières que leurs rivaux (simple supposition personnelle).

On se demande aussi pourquoi les femmes ont davantage tendance à se mettre à temps partiel pour s’occuper de leurs vies personnelles. Ce n’est pas toujours un choix. Lorsque dans un couple, le salaire de Monsieur est plus important, c’est dans celui-ci que l’on s’investit. Si l’un des deux doit prendre le risque de perdre son travail en partant pile à l’heure pour aller chercher les enfants ou prendre soin d’un parent âgé, c’est celui qui a le salaire le plus faible qui s’y colle. Bon, la situation se complique si l’on tient compte de la difficulté de retrouver un emploi en cas de chômage soudain.

Cette difficulté, justement, peut aussi modifier les prétentions salariales. Une femme qui cherche un travail après deux ans de congé parental, pourrait hésiter à exiger d’emblée un haut salaire, quand bien même elle aurait toutes les qualités requises pour un poste.

Des raisons d’y croire

D’après l’Enquête Nationale annuelle du CNISF, notre profession se féminise. Je cite: « On compte 29% de femmes diplômées en 2015, alors qu’elles représentent 20,5% toutes générations confondues et 22,3% parmi les moins de 65 ans« . Elle ajoute plus loin: « Parmi les jeunes de 23 et 24 ans en 2015, un homme sur quatorze et une femme sur trente‐quatre, est ou deviendra ingénieur.  À titre de comparaison,  parmi la génération arrivant  à l’âge de la retraite, la  proportion était de l’ordre  d’un homme sur quarante‐ cinq et de moins d’une femme sur cinq cents« .

Plus précisément, certains secteurs se féminisent plus rapidement que d’autres. Aujourd’hui, leurs statistiques montrent que 48% des ingénieurs dans l’agronomie et l’agro-alimentaire sont des femmes, contre 10% en mécanique et productique et 20% en moyenne générale, tous ingénieurs confondus. Donc oui, notre métier a un sexe. Pour l’instant.

Des indicateurs de plus en plus précis existent, à l’échelle nationale. Des outils de valorisation existent; ils luttent en général contre tous types de discriminations. Citons par exemple, le Label Diversité ou l’AFAQ 26000. Les entreprises engagées dans une démarche de Développement Durable doivent généralement rendre des comptes sur ce sujet.

Des communications d’envergure, telles que l’Opération Ingénieuses, permettent de diffuser plus largement le modèle de la femme professionnellement performante dans ce type de métier. 

Même les politiques s’y mettent (je tiens à préciser que je ne vote pas aux extrêmes). Et l’on commence à voir de plus en plus de femmes à des postes haut placés -certainement en raison de la loi exigeant à présent 40% de femmes dans les conseils d’administration. Dans un registre un peu différent, l’association MENSA France, rassemblant les hauts Q.I., compte désormais près de 30% de femmes. Commenceraient-elles à oser passer les tests requis?

Maintenant, l’avenir dépend de vous. Mesdames, pour avoir de l’ambition et être à la hauteur de celle-ci. Messieurs, pour trouver votre place dans cette société: ni en-dessous, ni au-dessus. AVEC nous.

N’hésitez pas à partager des témoignages et encouragements dans les commentaires.

Devenez un maître Jedi en biérologie

Comment frimer autour d’une bière? C’est très facile de faire son petit effet. Voici quelques mots-clés à caser dans vos discussions. A vous ensuite de savoir les utiliser intelligemment. A lire seulement si vous êtes majeur et à ne partager qu’avec des majeurs, bien sûr.

Etes-vous zythophile?

Un zythophile est quelqu’un qui aime la bière. On pourrait aussi dire un biérophile, mais cela fait moins scientifique. Dans la même logique, il existe des zythologues ou biérologues: des gens qui étudient la bière: son élaboration, l’art de sa dégustation… A la fois comme un œnologue et comme un sommelier, mais pour la bière. Il existe même des formations très sérieuses à ce propos, distinctes de celles des brasseurs.

Quelle fermentation pour quelle bière?

La notion de fermentation « basse » ou « haute » reflète la température qui sied le mieux aux levures utilisées pour transformer le sucre en alcool et en dioxyde de carbone. Les fermentations basses se font à environ 10-15°C; elles donnent des bières à fort goût de malt et de houblon, plutôt blondes, à servir bien fraîches (4-7°C, soit en gros à conserver parmi vos yaourts) et qui se conservent bien. D’ailleurs, le terme « lager » viendrait de l’allemand, « lagern« : « stocker« . Les fermentations hautes ont lieu généralement entre 18 et 21°C, ce qui correspond à d’autres types de levures. Cela donne un produit plus aromatisé et plus alcoolisé. On les consomme grosso modo à la température de votre bac à légumes dans votre frigo. Comme la température est aussi propice au développement de certains germes indésirables, elles se conservent moins longtemps. Une bonne excuse pour les boire vite… En plus de ces deux types de fermentations, il existe aussi celles que l’on dit spontanées: elles se font à partir de levures présentes dans le milieu ambiant, et non de levures de culture comme dans les deux cas précédents. Enfin, les connaisseurs vous parleront aussi de fermentations mixtes (hautes + spontanées), qui donnent une bière rouge.

Rapport entre les noms de bières et leurs types de fermentations

Si vous arrivez à retenir ce qui suit, je vous garantis que vous allez pouvoir frimer.

Voici des exemples de types de bières issues de fermentation haute: ale, bières de Rhénanie (Altbier, Bönnsch, Kölsch), bières trappistes (la plupart), stout (irlandaise, très foncée, telle que la Guinness, la Beamish, la Caffrey, la Murphy’s Irish stout -attention, car Murphy réalise aussi de la bière rousse qui n’est pas une stout et qui se nomme Murphy’s Irish Red). Il y a aussi la weizen (= Weissbier = Weizenbier), déclinée en 3 variétés: Kristallweizenbier, blonde limpide ; Hefeweizenbier, claire mais trouble ; Dunkelweizenbier, brune.

La Bock et la Doppelbock peuvent être issues de fermentations hautes ou basses.

Voici des exemples de bières issues de fermentation basse: lager, Dunkles, Helles, Pils (= Pilsener = Pilsen = Pilsner; la Heineken notamment est une pils blonde), Schwarzbier.

Quant à la bière issue de fermentation spontanée, on l’appelle lambic, et on consomme surtout des produits réalisés à partir de celle-ci: le Faro (lambic + sucre roux), la Kriek (lambic + cerise acide appelée Morello ou simplement aromatisée à la cerise) et les autres bières aromatisées, ou la Gueuze (mélange de lambics jeunes et vieux).

Attention, ces noms ne sont que des points de repères: certains cachent de nombreuses dénominations et marques. Par exemple, toutes ces bières sont des weizen: Erdinger, Paulaner, Edelweiss, Franiskaner, Fohrenburger, Weihenstephan. Si vous ne parlez pas allemand: à consommer en début de soirée car après quelques verres, vous aurez bien du mal à prononcer leurs noms devant un barman.

Quelle est la différence entre une bière trappiste et une bière d’abbaye?

La trappiste est brassée sous la supervision de monastères trappistes, par des religieux ou des laïcs. Celle d’abbaye porte le nom d’une abbaye (admirez le pléonasme) qui n’est pas forcément trappiste et, d’ailleurs, n’existe parfois plus.

Bière double, bière triple: cela ne veut pas dire que vous en avez deux ou trois fois plus! Cette dénomination indique qu’elles ont été réalisées à partir de davantage de sucres. Or, les levures s’en nourrissent. Il en résulte un plus fort taux d’alcool.

Par ailleurs, en biérologie, il y a degré et degré. Celui d’alcool, tout le monde sait ce qu’il représente. Il existe aussi le degré Bailing, qui indique le pourcentage d’extrait sec du moût avant fermentation, et le degré Régie, correspondant à la densité du moût avant fermentation.

Le moût, justement, c’est le mélange d’eau chaude, de malt et parfois d’autres céréales avant que l’on n’y ajoute la levure qui déclenchera la fermentation.

Dans quoi servir quelle bière?

Pour bien faire, il faudrait servir les pils dans des flûtes, les bières d’abbayes ou trappistes dans des verres calices (facile à retenir: rappelez-vous que toutes les églises ont des calices pour la communion), les lambics dans des godets de taille adaptée, les ales dans des chopes… Et de nombreuses autres en canettes ou bouteilles, bien sûr.

Une pinte, ça fait combien de chopines?

Attention! Le terme « pinte » peut représenter différents volumes: la pinte de Paris fait environ 952 mL (je vous fais grâce des virgules), celle du Canada, 1,3 7L, celle des Etats-Unis, 473 mL, … Alors, pour s’y retrouver, je vous recommande le tableau de http://www.univers-biere.net (ici). Il vous aidera à choisir entre un galopin et un sérieux

Pour meubler agréablement une conversation, vous pouvez demander à vos interlocuteurs les bières les plus originales qu’ils ont goûtées, ou celles qu’ils ont préférées. Personnellement, je crois qu’une des premières bières que j’ai découvertes était le dolo, au Burkina Faso. C’était un breuvage trouble, orange vif -d’ailleurs, au visuel, on aurait dit du jus d’orange. Il était servi dans des calebasses, c’est-à-dire des récipients non transparents, en l’occurrence sphériques et dotés d’un col haut. Cela empêchait de voir à l’avance ce que l’on allait consommer (« pourvu qu’il n’y ait pas une mouche dedans », me disais-je). J’avais trouvé le goût amer. J’ai appris plus tard que cette boisson était habituellement confectionnée uniquement par des femmes -et consommée plutôt par les hommes-, qu’elle devait être préparée en moins d’une journée et bue dans les 24h (la bonne excuse…). J’aimerais bien la goûter à nouveau maintenant, avec mon palais un peu plus entraîné, pour voir si elle me donnerait toujours la même impression.

Et enfin, comment refuser poliment un verre?

Parce que l’alcool, c’est délicieux, mais à condition d’être libre d’en boire ou pas.

Selon le contexte, vous pouvez essayer l’humour: « j’peux pas, j’essaye d’arrêter » ou, si vous êtes un homme ou une personne âgée, l’humour décalé: « je suis enceinte« . Vous pouvez tester les excuses polémiques ou invérifiables: « Non merci, je me suis converti [sans dire à quoi]/ j’ai trop de triglycérides dans le sang en ce moment / etc. ». Attention, ensuite, il faut assumer! Enfin, selon moi, le mieux reste la simple vérité ou une « vérité de politesse », par exemple: « pas aujourd’hui, j’ai sport ce soir » ou « plutôt que ceci, je préfèrerai boire cela [et demander une boisson qui vous plaît vraiment] », ou enfin: « j’en ai déjà bu une tout à l’heure« …

Sur ce, je vous laisse, et vous souhaite de prochains apéritifs délicieux et conviviaux.

 

 

 

 

 

 

« Plus on est gros, plus on est bête. »

Vous croyez avoir mal lu? Non. C’est mot pour mot une phrase extraite d’une conversation de jeunes gens, diplômés d’une école prestigieuse (pas en rapport avec l’alimentation ni la médecine, heureusement). Quelqu’un a même ajouté: « surtout les femmes » (!). Comme quoi, on peut être sélectionné pour ses capacités tout en restant ignare sur certains sujets. On peut se moquer de cette réflexion, mais elle me semble suffisamment dangereuse pour mériter d’en parler. Voici donc quelques « quick wins » pour étayer les éventuels débats sur ce sujet.

La corpulence a tendance à refléter le niveau social

D’après l’INSEE (voir ici et résumé ici): « La corpulence augmente avec l’âge et diminue avec le niveau d’études, et les variations sont beaucoup plus importantes pour les femmes. Elle diminue avec le revenu pour les femmes, mais augmente pour les hommes. Le sous-poids est essentiellement féminin tandis que le surpoids est une situation plutôt masculine. Enfin, les femmes sont dans l’ensemble moins corpulentes que les hommes, mais elles sont plus nombreuses dans les cas d’obésité les plus sévères. »

Ce serait valable aussi chez les enfants où « Le risque de surpoids, mais surtout d’obésité, est d’autant plus fort que le niveau d’études des parents est faible« .

Les raisons? Nous en parlerons certainement dans un autre article.

Le niveau social reflète-t-il l’intelligence?

Je vais citer ici un blog intéressant, Les tribulations d’un petit zèbre: « Il y a statistiquement les mêmes proportions d’enfants (T)HQI [N.D.L.R.: « (T)HQI » = (Très) Haut Quotient Intellectuel] dans tous les milieux, dans toutes les ethnies, dans toutes les cultures, tous les pays, à savoir un peu plus de 2%. Idem pour le ratio filles / garçons qui est identique !
Il est par contre plus facile de détecter un EIP [N.D.L.R.: « EIP » = Enfant Intellectuellement Précoce] dans une famille qui sera attentive au bien-être de l’enfant &/ou qui aura les moyens financiers de faire pratiquer un bilan (de même que dans les pays les plus pauvres, on peut comprendre que la priorité des familles ne soit pas à l’identification des enfants HPI) » [N.D.L.R.: « HPI » = Haut Potentiel Intellectuel].

Donc, il y aurait autant d’enfants particulièrement intelligents chez les « riches » que chez les « pauvres » mais plus de « gros » chez les « pauvres » (je mets des guillemets car la notion de richesse ou de pauvreté est ici un raccourci grossier). Puis, en grandissant, cela se complique. Aujourd’hui, on estime que la réussite scolaire est plus difficile pour les enfants de parents peu diplômés que pour les autres. Or, l’ascenseur social en dépend fortement. Par exemple, si vous êtes un enfant surdoué dans un milieu modeste, vous avez davantage de risques de quitter le système scolaire prématurément que si vous vivez dans un milieu plus confortable, comme le résume si bien l’article de Mme Adda ici. Ajoutons que si vous êtes un enfant surdoué issu d’un milieu peu aisé, vous risquez d’être un jour en surpoids (pour une femme) ou en sous-poids (pour un homme) et donc exposé aux discriminations entravant l’ascension sociale. Il ne s’agirait que d’un risque, pas d’un déterminisme.

S’il faut de réelles capacités pour faire de bonnes études, l’inverse n’est pas toujours vrai. Une personne (sur)douée peut n’avoir pas pu faire d’études et en particulier dans les filières valorisantes, pour de multiples raisons: difficulté à envisager, choisir et se faire sélectionner par les bonnes filières, nécessité de stopper prématurément les études au profit d’un travail immédiat, etc. Ainsi, elle a plus de chances d’appartenir à une catégorie socio-professionnelle plus « basse », et donc à en adopter les caractéristiques, le mode de vie et… L’apparence.

Le surpoids et l’obésité sont multifactoriels

Les préjugés et les sur-simplifications sont encore monnaie courante.

On croit encore trop souvent qu’une personne est en surpoids ou obèse seulement « parce qu’elle mange trop ». Parfois, c’est le cas, parfois, non. Et lorsque ça l’est, on oublie de se demander pourquoi l’individu mange trop. Est-ce uniquement par manque de connaissances diététiques, ou de volonté? Quant aux individus trop maigres, on croit parfois qu’il leur suffit de « faire un effort pour manger plus » pour grossir, alors que ce n’est pas toujours si facile.

On sait aujourd’hui que le manque de sommeil augmente les risques d’obésité (voir ici), à la fois parce qu’il perturbe le métabolisme et parce qu’il pousse à manger, trop et mal. Même combat avec le stress et toutes sortes de causes psychologiques (voir notamment ici et ici).

La science, depuis quelques années, met en évidence et suspecte encore de nombreuses autres causes de surpoids ou d’obésité: l’environnement -dont les perturbateurs endocriniens-, les médicaments, l’hérédité, différentes maladies, … Parmi ces causes, certaines peuvent être traitées et d’autres sont plus difficiles à gérer.

Bref, sortez une personne de sa vie habituelle et plongez-la durablement dans un milieu plus/moins difficile, plus/moins stressant, plus/moins valorisant, où l’on manque/ne manque plus de sommeil, où l’offre alimentaire ou celle des conseils et des soins est différente, soumettez-la à certains médicaments ou libérez-la de ceux-ci et… Sa silhouette risque fort de changer.

Soyons clairs: on peut mener une vie tout à fait épanouissante, équilibrée, saine et valorisante sans appartenir aux catégories sociales les plus élevées ou être mince, de même que l’on peut être un cadre haut placé et très exposé au stress, au manque de sommeil (pensez par exemple au décalage horaire pour les gens qui voyagent beaucoup), aux maladies et médicaments, aux problèmes psychologiques, etc. C’est certainement une question à la fois de chance, d’approche personnelle et de « bonne gestion de vie« . Je rappelle aussi qu’il n’existe pas deux, mais une multitude de catégories sociales.

Avant de passer au paragraphe suivant, puis-je me permettre un peu d’ironie? Je vous ai déniché ici une photo d’anciens élèves de Harvard. Regardez bien: vous les trouvez tous minces?

L’expression de l’intelligence est soumise à de nombreux facteurs

En mars 2014, l’article de Pour la Science intitulé Le handicap des enfants abandonnés décrivait le drame vécu à l’époque de Ceausescu en Roumanie. La politique et l’économie de l’époque ont généré de nombreux orphelins, accueillis dans des établissements démunis et lugubres. Cet article montrait que dans ces conditions, le développement intellectuel des enfants était littéralement étouffé. Lorsqu’ils étaient adoptés avant l’âge de deux ans, leur retard était rattrapé et leur intelligence était similaire à celle du reste de la population. Après cet âge, faute d’un environnement propice, les facultés mentales étaient définitivement altérées.

Ainsi, le développement de l’intelligence se ferait d’autant mieux que l’individu se positionne haut dans la pyramide de Maslow. Ensuite, vous avez certainement remarqué qu’elle s’épanouit plus volontiers dans un contexte qui lui est propice, plutôt que dans un climat d’insécurité, de violence, de faim, etc.

Que disent les statistiques?

Difficile de trouver des chiffres. J’ai déniché cette étude (ici) qui relève que les surdoués seraient un peu plus enrobés que la moyenne. Il en existe d’autres qui soulèvent que les surdoués seraient davantage exposés au stress, à l’anxiété, aux problèmes relationnels, à l’exclusion sociale (encore du stress). Or, comme dit plus haut, ces facteurs pourraient être à l’origine d’une variation de poids. Je n’ai donc pas trouvé d’étude sérieuse qui relie strictement la corpulence et l’intelligence.

Chers lecteurs, n’hésitez pas à en citer dans les commentaires. Je suis personnellement en train de lire Sociologie de l’Obésité, de J.-P. Poulain. C’est fort intéressant, je vous en ferai un résumé prochainement. Je recommande également le site de l’Observatoire des Inégalités, très parlant.

Conclusion

Vous pouvez avoir l’impression de voir davantage de personnes minces chez celles qui vous semblent intelligentes, parce qu’un Q.I. élevé prédispose à de bonnes études (encore que… Un Q.I. particulièrement élevé peut aussi handicaper les études) et donc à l’appartenance à un milieu aisé, lequel favorise la minceur chez les femmes… Mais la prise de poids des hommes. Ce phénomène masculin pourrait d’ailleurs être en train de changer.

Cette impression est donc à considérer avec BEAUCOUP de précautions. Il semble exister suffisamment de cas particuliers pour qu’il soit dangereux d’en faire une généralité.

Bref, on dirait bien que le petit prince de Saint-Exupéry avait raison: « l’essentiel est invisible pour les yeux« …

 

 

 

 

 

La théorie du meilleur choix

J’affectionne de les articles du magazine Pour la Science. Celui-ci, en particulier, trouve de nombreuses applications au quotidien: « Savoir quand s’arrêter« .

Par exemple, pour un acheteur, comment trouver le meilleur fournisseur d’un produit sans devoir tous les auditer? Et pour un DRH, comment dénicher le meilleur candidat pour un poste sans tous les rencontrer? L’article présente cette notion avec humour: pour une femme, comment choisir le meilleur mari? Il présente même une variante: comment s’enrichir lorsqu’on s’ennuie dans une caserne?

D’un point de vue purement mathématique, voici la méthode pour maximiser vos chances de faire le meilleur choix: vous examinez environ un tiers des cas sans en retenir aucun. Puis, parmi les suivants, vous choisissez le premier qui soit meilleur que tous les précédents. Par exemple, parmi 10 fournisseurs, vous en auditez trois sans les retenir, puis vous continuez vos audits et vous choisissez le premier qui soit meilleur que tous ceux vus avant.

Cette technique ne vous garantit pas de sélectionner la crème de la crème systématiquement, mais elle maximise vos chances d’y arriver. Ce sont des statistiques, donc cela postule bien sûr que l’on ne peut examiner qu’un cas à la fois, qu’on doit choisir au moment de sa découverte si on le sélectionne ou pas, que l’on ne dispose pas d’indices à l’avance et que la taille du vivier est connue à l’avance.

Toujours est-il que c’est amusant… Et parfois utilisable, n’est-ce pas?

 

 

Savez-vous vraiment ce qu’est un OMEGA 3?

Un OMEGA 3 est un acide gras bien particulier. On l’écrit aussi: w3. Les acides gras sont des lipides. On trouve des acides gras dans de nombreux aliments, en proportion différente selon le type d’aliment. Ce qui compte pour votre santé, c’est à la fois la quantité d’acides gras consommée, et leur nature.

Faites le test: demandez autour de vous quelle est l’huile la moins calorique. Certains vous répondront: « l’huile d’olive, bien sûr! ». Or, ce n’est pas vrai. Les huiles sont toutes composées de lipides, presque à cent pour cent, à environ 9 KCal/g. Si l’on dit que certaines sont meilleures pour la santé, c’est parce que leur composition en acides gras varie d’une huile à l’autre. C’est aussi le cas pour d’autres familles d’aliments, tels que les poissons évoqués plus haut. Certains produits sont meilleurs pour la santé, en raison des acides gras qui les constituent.

Prenons l’exemple de l’acide stéarique, qui est un acide gras. On le représente habituellement ainsi:

COOH-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH3

C’est une molécule de 18 atomes de carbone (C), auxquels sont accrochés des atomes d’hydrogène (H) et, à un bout de la chaîne, un groupement carboxyle (COOH), c’est-à-dire un atome de carbone auquel sont accrochés un atome d’hydrogène et deux d’oxygène (O). Un acide gras, en résumé, c’est ça: une chaîne plus ou moins longue d’atomes de carbone avec un groupement carboxyle au bout. On numérote les atomes de carbones à partir de celui qui forme le « COOH ». C’est toujours l’atome de carbone N°1. Le dernier, qui forme le « CH3 » ou « groupement méthyle », est ici l’atome de carbone N°18. Vous allez voir plus loin que cela a son importance.

Maintenant, compliquons la réflexion.

Il arrive que certains atomes de carbone soient reliés par une double-liaison, au lieu d’une liaison simple. Concrètement, cela veut dire qu’ils ont moins d’atomes d’oxygène autour d’eux. Au lieu d’avoir une chaîne qui ressemble à ceci: « …-CH2-CH2-… », elle ressemble à ceci: « …-CH=CH-… ». Cela change les propriétés de la molécule d’acide gras, et même son nom. Par exemple, un acide stéarique avec une double liaison au 9ème atome de carbone s’appelle l’acide oléique. On le représente ainsi:

COOH-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH=CH-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH3

Lorsqu’il y a au moins une double-liaison, on dit que l’acide gras est insaturé. Il y a les mono-insaturés, comme celui ci-dessus, avec une seule double-liaison, et les poly-insaturés, lorsqu’il y en a plusieurs. Ceci, par opposition aux acides gras saturés, qui n’ont aucune double-liaison.

Par exemple, l’acide linoléique est un acide gras à 18 atomes de carbone comme l’acide stéarique (saturé) ou l’acide oléique (mono-insaturé), mais en version poly-insaturée. En effet, il y a des double-liaisons au niveau des carbones N°9 et 12:

COOH-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH=CH-CH2-CH=CH-CH2-CH2-CH2-CH2-CH3

On s’amuse encore un peu? Il existe aussi l’acide linolénique, qui a des insaturations aux carbones 9, 12 et 15:

COOH-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH2-CH=CH-CH2-CH=CH-CH2-CH=CH-CH2-CH3

Ce petit jeu existe bien évidemment pour des acides gras aux chaînes de carbone plus ou moins longues. Je vous passe pour l’instant les détails de la notion de molécules « cis » et « trans », cela fera l’objet d’un autre article.

Il est intéressant de savoir que les double-liaisons apportent de la souplesse aux molécules, et diminuent leur point de fusion. Par exemple, l’acide stéarique a un point de fusion de 69,6°C, contre 10,5°C pour l’acide oléique, et même -11°C pour l’acide linolénique, alors que ces trois-là ont le même nombre d’atomes de carbone. Concrètement, pensez aux saumons et poissons provenant des mers froides: ils sont riches en acides gras poly-insaturés. Pourquoi? Parce que les acides gras insaturés restent « souples » à des températures plus basses que les acides gras « saturés ». Composés d’acides gras saturés, ils seraient vite paralysés! (Vue de l’esprit bien évidemment)

Vous vous rappelez que je vous ai expliqué plus haut que l’on comptait les atomes de carbone à partir du groupement carboxyle (COOH)? Eh bien, on peut aussi les compter dans l’autre sens, à partir du CH3 que l’on appelle « omega ». Dans le cas des acides gras insaturés, on peut les nommer « omega-[+ un numéro] ». Ce numéro correspond au premier atome de carbone en partant du méthyle, qui comprend une insaturation. C’est facile à retenir: « omega » est la dernière lettre de l’alphabet grec, et représente ici le dernier atome de carbone de la chaîne (le CH3 au lieu du COOH). Par exemple, « omega 3 » signifie que la molécule d’acide gras est insaturée, et que la première double-liaison se trouve au niveau du 3ème carbone à partir de la fin (c’est-à-dire à partir du CH3). L’acide linolénique est un omega 3. En suivant le même raisonnement, vous avez déjà deviné que l’acide linoléique est un omega 6.

Il se trouve que notre organisme a besoin d’acides gras pour fonctionner, mais qu’il ne sait pas fabriquer en quantité suffisante certains d’entre eux. C’est pourquoi, ceux qu’il lui manque sont appelés essentiels, car ils doivent être apportés par l’alimentation. Les w-3 et w-6 en font partie. Ils sont apportés par des aliments différents. Vous trouverez des listes plus précises sur de nombreux supports de communication de santé publique, ou sur Wikipedia.

Et ce n’est pas tout!

Les scientifiques ont découvert, il y a déjà longtemps, qu’il ne suffisait pas de consommer des w-3 et des w-6 pour être en bonne santé: encore faut-il consommer cinq fois plus d’w-3 que d’w-6. La proportion de l’un par rapport à l’autre est importante.

Nous pourrions approfondir davantage, mais vous en savez déjà assez pour frimer en société lors de votre prochaine dégustation de sushis 😉

Si vous souhaitez d’autres articles sur ce sujet, n’hésitez pas à me le faire savoir (ici).

 

 

Ingénieur agro, un bon plan à long terme?

Tous les ans depuis 27 ans, la Société des Ingénieurs et Scientifiques de France publie les résultats d’une enquête nationale sur la situation des ingénieurs en France. Réalisée en mars-avril, celle de cette année a collecté 55000 réponses, traitées en collaboration avec l’INSEE. C’est, à ce jour, l’enquête la plus sérieuse que je connaisse sur ce sujet.

Vous pouvez vous la procurer ici pour 10€, soit le prix d’un à trois magazines grand public. Je précise que ce blog n’est pas monétisé: pas d’article sponsorisé, ni de lien sponsorisé.

Elle récapitule en 41 pages des informations précieuses. Elle peut aider des étudiants à bien choisir leur formation, préparer les ingénieurs en poste à leur évolution de carrière, leur donner des arguments solides pour négocier leurs salaires sur la base de données chiffrées. Elle pourrait aussi être utile aux R.H. qui souhaitent recruter ou garder leurs ingénieurs.

Les données 2016 confirment des préjugés courants sur les ingénieurs: peu de chômage (hormis au-delà de 50 ans), des jeunes diplômés rapidement insérés dans la vie active en France comme à l’étranger, de bonnes rémunérations et un fort taux de satisfaction professionnelle en général.

Elles dévoilent aussi des tendances nouvelles: les ingénieurs sont de plus en plus nombreux, se tournent de plus en plus vers l’entrepreneuriat, les activités non salariées, le conseil. Leur profession se féminise. Leur sensibilité à l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle, ainsi qu’aux grands sujets de société (sociaux, environnementaux, engagements associatifs ou politiques) se développe.

Concernant les salairesla médiane du salaire brut est à 56K€ (contre 29K€ chez l’ensemble de nos concitoyens). Cette médiane cache 11K€ de disparités en fonction du sexe. Il y a 3,1% de chômage parmi les ingénieurs, contre 10,1% dans la population générale. Dans l’industrie agroalimentaire, le salaire médian est à 55K€. Il dépend de plusieurs facteurs, tels que l’âge ou le lieu d’exercice. Dans ce secteur, un ingénieur gagne en moyenne 35K€ avant 30 ans, 50K€ entre 30 et 39 ans, 80K€ entre 40 et 49 ans, puis 109K€ entre 60 et 64 ans. S’il travaille en Ile de France, il percevra plus de 63K€ en moyenne brute annuelle, contre 52K€ en province. Vous pourrez approfondir ce sujet dans l’étude, qui présente par exemple, pour l’agronomie et l’agroalimentaire, un graphique indiquant le taux de chômage des ingénieurs ayant déjà travaillé en fonction de leurs salaires bruts médians en France. Elle montre par ailleurs, que les ingénieurs agro ont plus de chances de réussir à quitter la région parisienne pour la province, que leurs pairs spécialisés dans d’autres activités.

Les informations sont données de façon factuelle, sous forme de résultats statistiques. L’ouvrage ne propose pas d’hypothèses explicatives, mais sa lecture donne envie de spéculer. De nombreux thèmes sont abordés, et c’est bien présenté. Par exemple, la page 4 présente une pyramide des âges des ingénieurs très instructive, complétée par les salaires, en distinguant hommes et femmes. J’ai aussi trouvé intéressante l’évolution de la profession vers les métiers de conseil, distinguant d’ailleurs le conseil technique du conseil stratégique. Cette activité est ici bien détaillée.

L’étude est plutôt rassurante sur l’évolution de notre métier, et montre que les ingénieurs sont particulièrement prédisposés aux évolutions positives. Cela me fait penser aux interventions de Philippe Van den Bulke, relatives à la conduite du changement. Il incite à penser à l’avenir, à s’y préparer plutôt qu’à le subir. C’est très motivant. Nous devons considérer que notre métier pourrait s’exercer différemment à la fin de notre carrière.

Cette étude s’intéresse encore à de nombreux autres sujets: la notion de double diplôme, la répartition géographique des ingénieurs, leur mobilité, les raisons qui poussent à l’expatriation ou qui la freinent, les facteurs de réussite. Elle approfondit les chiffres de l’entrepreneuriat: qui sont les « non salariés »? Vous découvrirez à quel point cette catégorie regroupe des profils variés. Enfin, ce document présente la façon dont les ingénieurs partent à la retraite.

Bref, A LIRE ABSOLUMENT.

Pourquoi l’alimentation d’antan n’était pas meilleure que celle d’aujourd’hui

J’aimerais attirer votre attention sur un ouvrage que j’ai beaucoup aimé: Histoire des peurs alimentaires, du Moyen Age à l’aube du XXème siècle, de Madeleine Ferrières. C’est facile à retenir: elle s’appelle Madeleine et elle parle d’aliments…

Ce livre est disponible sur Amazon, mais je précise que ceci n’est pas un article sponsorisé.

Il montre que les peurs alimentaires ne sont pas nouvelles. Elles ont seulement changé de nature au fil du temps.

L’auteure entame la question par les premières règlementations, qui légiféraient sur la viande dès le XIIIème siècle. On y apprend, par exemple, que l’on pouvait vendre du mouton, du boeuf et du porc, à condition que « leurs chairs soient bonnes, utiles, non malades » (Charte de Mirepoix), ou encore, ailleurs, qu’il était interdit de vendre des viandes de bêtes malades « à moins d’en prévenir l’acheteur » (mesure des Capitouls de Toulouse en 1184). Elle détaille des maladies que l’on craignait à l’époque, et qui ne constituent plus des préoccupations de nos jours.

Elle relève en outre une différence de concept entre le nord et le sud: au sud, les règles sanitaires sont à charge des villes, qui visent à protéger le citoyen, tandis que dans le nord, elles dépendent de corps de métiers qui se donnent des sortes de codes de bonne conduite, dans l’intérêt de se protéger surtout eux-mêmes. Ces différences ont-elles influencé les règlementations des pays européens?

Elle raconte en détails certaines exigences, par exemple la Charte de Mirepoix imposait que seuls les animaux pouvant marcher pour entrer dans la cité puissent être abattus en ville. Elle indique aussi l’évolution de l’emplacement des abattoirs: au départ en annexe des boucheries (on craignait notamment la consommation d’animaux non tués par l’homme), puis à l’extérieur des cités. Elle relate qu’il a fallu, progressivement, interdire la libre circulation des porcs dans les rues. Ceux-ci ont ainsi perdu leur fonction d' »éboueurs » et sont devenus seulement destinés à la consommation. Ce chapitre présente aussi les d’autres catégories d’aliments ayant fait l’objet des premières méfiances donc des premières réglementations: la charcuterie (par extension de la boucherie), les poissons et le pain. Elle présente les premières tentatives pour garantir un semblant de sécurité des denrées alimentaires avec les moyens de l’époque.

Elle s’intéresse ensuite à la naissance du concept de « consommateur ». Elle montre bien les différences entre citadins et campagnards, riches et pauvres, ceux qui s’inquiètent de leur alimentation et ceux qui ne s’en plaignent pas, mais qui sont victimes d’intoxications massives. Notamment, les citadins avaient déjà un circuit alimentaire plus long que les paysans et une diète de nature différente. Elle raconte la façon dont on se représentait la digestion à l’époque, les premières interrogations sur ce qu’il était sain ou malsain de manger, les premières relations entre alimentation et médecine.

Plus loin, elle aborde la néophobie consécutive à la découverte du Nouveau Monde et donc, d’une nouvelle alimentation. Elle relate l’étonnement des européens face à ce que les « indigènes » n’avaient pas (pain, vin, sel) et la crainte de consommer leurs aliments. Comment, en effet, savoir si la pomme de terre est comestible, et sous quelles conditions de culture et de préparation? Vous découvrirez les dessous du débat de l’époque.

Puis, elle s’attaque à l’histoire du pain. Dans ce chapitre, vous vous délecterez des querelles du XVIIème siècle, entre les boulangers citadins, qui fournissaient le pain quotidien, à la levure de bière, laquelle donnait un pain alvéolé, léger et tendre, et les boulangers forains, alimentant la ville plusieurs fois par semaine avec d’énormes pains au franc levain, denses, et pas chers. Il existait différentes recettes, avec du sel ou du lait par exemple. Le type de pain consommé était représentatif d’une certaine classe sociale, cet aliment représentait donc un enjeu important. Or, les boulangers parisiens étaient supposés fournir les cabaretiers (pouvant dresser le couvert, comme des restaurants aujourd’hui), mais ceux-ci s’approvisionnaient allègrement en pain forain. Les premiers se plaignent des seconds, lesquels répliquent en affirmant que le pain à la levure de bière serait plus dangereux pour la santé que celui au levain. Comment déterminer l’info de l’intox, lorsque l’on n’a pas comme actuellement, des techniques d’investigations scientifiques? Qui est légitime pour répondre? Vous découvrirez qu’ils ont trouvé une façon bien originale et tout à fait culturelle de résoudre ces questions. Personnellement, j’en ai déduit que malgré les progrès réalisés depuis, il est encore possible que nous apportions parfois des réponses « culturelles » et donc pas très rigoureuses à certaines questions sur la maîtrise de la sécurité des denrées alimentaires. Du moment qu’il y a consensus…

En tout cas, aujourd’hui, nous ne pensons plus à nous méfier du pain. Cependant, à la lecture de cet ouvrage, on comprend aisément ce qui a pu motiver des craintes dans le passé. Madeleine Ferrières vous fera découvrir le redoutable feu de Saint Antoine ou « mal des ardents », dû à l’ergot du seigle, qui a sévi jusqu’à récemment. Elle enchaîne ensuite sur toutes sortes de poisons. Moi qui me suis toujours demandée avec quoi on s’empoisonnait dans les cours royales… Ce chapitre est absolument savoureux. Au passage, dans un registre plus sain, elle raconte aussi comment est née la galette bretonne.

Elle s’attaque ensuite aux rumeurs. Elle montre comment apparaissent et se développent les légendes urbaines, ragots et autres reflets de l’imaginaire collectif ayant pour point commun de jeter le doute sur un type d’aliment ou de discréditer une profession. C’est délicieux: on réalise que ces mécanismes existent encore aujourd’hui. Elle décrit ainsi que sont apparus des aliments hâchés si fins que l’on ne reconnaissait pas leurs matières premières, ce qui laissait toute la place à des suspicions: et si l’on nous faisait manger du chat? Cela ressemble à s’y méprendre à la légende urbaine actuelle selon laquelle des restaurants asiatiques serviraient du chat à la place du lapin à Paris. Par ailleurs, lorsque vous étiez enfant, ne vous a-t-on jamais mis en garde contre les inconnus qui distribuent des bonbons empoisonnés? Vous serez étonné de constater l’ancienneté de cette légende urbaine. Plus tard, l’auteure montrera encore d’autres causes d’inquiétudes, telles que les épices que l’on suspectait d’être parfois utilisés pour masquer la détérioration de certains aliments.

Plusieurs chapitres reviendront sur le thème de la viande. Il explique comment la maladie du boeuf hongrois, avec ses premiers abattages préventifs, puis celle du boeuf anglais, ont provoqué des vagues d’anxiété. Cela ne vous rappelle rien? On dirait que cet épisode est resté dans notre esprit Aujourd’hui encore, on continue de craindre les viandes bovines importées.

Même les matériaux en contact avec les aliments sont abordés. Le livre décrit la confection des premières conserves, leur manque d’étiquetage et de sécurité. Il raconte les composants chimiques utilisés et ceux dont on se méfiait -souvent avec raison. Pour la préparation et le stockage des aliments ou boissons, que penser du cuivre, de l’argile, du fer, de l’étain? Laissez-moi vous dire que les détails racontés vous dégoûteraient d’accepter la moindre goutte de vin de l’époque.

L’ouvrage décrit aussi les maladies relatives aux carences alimentaires, à l’instar de la pellagre. Aujourd’hui, en France, qui penserait à s’en inquiéter? Par contre, nous avons gardé les préoccupations en matière de diététique qui seraient réellement apparues vers le XVIIème siècle.

L’ouvrage décrit ensuite un développement au XIXème siècle, vraisemblablement justifié, de la peur de la falsification de certaines denrées. Il se termine sur des préoccupations et craintes alimentaires que nous connaissons bien actuellement, telles que celles liées à l’industrialisation, ou à l’alimentation santé.

Cet ouvrage casse le mythe selon lequel la production des aliments, « c’était mieux avant« . On voit ici que ce n’était pas le cas. Les avantages de certaines époques, tels que l’absence d’utilisation de pesticides, la méconnaissance de l’agriculture intensive, des manipulations génétiques, les circuits plus courts qu’aujourd’hui, étaient compensés par d’autres risques tout à fait sérieux, souvent plus importants encore que ceux que nous courons en consommant actuellement les denrées disponibles en France.

Il soulève aussi des questions passionnantes. Par exemple, doit-on exiger le même niveau de salubrité pour un aliment que l’on vend et un aliment que l’on donne? Aujourd’hui, en France, la réglementation l’exige. A d’autres époques, où sévissaient de réelles famines, on aurait raisonné autrement. Or, il existe encore des famines dans d’autres régions du monde…

Bref, je recommande cette lecture dont je me suis régalée et même parfois, horrifiée. Je n’ai décrit ici qu’une partie des seize chapitres. C’est le genre d’ouvrage à lire attentivement, puis à conserver à portée de main à tout moment, histoire de pouvoir s’y référer dans les contextes anxiogènes actuels.